A une semaine de l’inauguration de Baselworld 2011, le Salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie qui se tient à Bâle du 24 au 31 mars, Jacques J. Duchêne se montre à la fois confiant et prudent. Entretien avec le président du comité des exposants, riche d’une expérience de 56 ans dans la branche horlogère.
Comment se présente l’édition 2011 de Baselworld?
Très bien. Nous attendons 1892 exposants provenant de 44 pays. Je tiens à préciser que Baselworld n’accueille pas seulement des horlogers, au nombre de 627, mais aussi 736 bijoutiers et 529 représentants des branches annexes. Dans le secteur du diamant, par exemple, de très importantes affaires sont traitées à Bâle. La catastrophe en cours au Japon aura peut-être des conséquences sur le nombre d’exposants nippons. C’est trop tôt pour le dire.
L’horlogerie suisse est en pleine surchauffe. Rassurant ou inquiétant?
En 2009, les exportations horlogères suisses ont chuté de 22,3% à 13,2 milliards de francs. En 2010, elles ont grimpé de 22,1% à 16,1 milliards, un chiffre qui correspond à celui de 2007. Il y a donc de quoi se réjouir: les 17 milliards pourraient être atteints en 2011. L’an dernier, la Suisse a par ailleurs formé 113 horlogers complets; 149 autres ont entamé une formation. C’est dire si la profession demeure très recherchée.
Vous êtes donc très optimiste?
Optimiste mais prudent. En effet. Voyez ce tsunami qui va avoir de sérieuses conséquences sur l’économie japonaise. Voyez les pays du golfe Persique. Si ces derniers étaient à leur tour pris dans la tourmente, les marchés du Moyen-Orient qui visent le haut de gamme horloger seraient également secoués. Voyez enfin les dettes de la plupart des pays, dont les Etats-Unis et les Etats européens. Cumulés, ces événements ne sont pas sans effet.
Et la cherté du franc?
Pour le moment, le franc fort ne cause pas trop de problèmes à l’horlogerie. Mais si cette situation perdure, les entreprises finiront par en souffrir. D’autant plus que l’or et les métaux précieux atteignent eux aussi des sommets.
Comment appréciez-vous le rachat de Bulgari par LVMH?
Il est bon que de grandes marques restent ainsi en mains européennes. Mais, comme Nick Hayek, je m’interroge sur ces groupes qui rachètent des sociétés, investissent en publicité et en promotion tout en continuant à se servir chez Swatch Group en pièces horlogères. Lequel peut désormais mettre un terme à certaines de ses livraisons. Mais Swatch Group devra aussi veiller à ne pas assécher le marché. Tout est question de dosage.
Où en sont vos relations avec le Salon international de la haute horlogerie, le SIHH qui se tient en début d’année à Genève?
Dans la foulée de la profonde réorganisation des bâtiments du Salon en 2013, tous les stands vont être réaménagés. Dans cette perspective, nous avons demandé aux organisateurs du SIHH s’ils ne souhaitaient pas revenir à Bâle. Notre offre a été refusée au plus haut niveau du groupe Richemont, qui contrôle le SIHH.
Je regrette cette décision tout en la respectant. Nous aurions pu réunir tout le monde sous le même toit et simplifier la vie de tous les distributeurs qui doivent venir deux fois en Suisse à quelques mois d’intervalle.
La contrefaçon chinoise restet- elle préoccupante?
Les autorités chinoises ne nous aident pas assez dans la lutte contre les contrefaçons. Mais je constate néanmoins que leur conscience progresse. Il y a une quarantaine d’années, les principaux contrefacteurs n’étaient pas les Chinois mais les Japonais, avec lesquels nous collaborons aujourd’hui étroitement. Je suis convaincu que dans quelques années les Chinois suivront la même voie.
A Bâle, quels sont vos moyens de lutte?
Baselworld dispose d’un panel de sept juristes spécialistes qui, depuis vingt-sept ans, œuvre comme tribunal d’arbitrage interne pour la protection de la propriété intellectuelle. Ce panel s’est vu décerner l’an dernier à Paris le Trophée de l’authentique par le Global Anti-Counterfeiting Group. Les contrefacteurs sont amendés et exclus en cas de récidive. En 2009 et 2010, respectivement 17 et 11 plaintes ont été déposées.
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