L'Hebdo;
2004-07-22 J'ai suivi la formation des gardes d'ambassade Armée Le commandant Christophe Keckeis se répand sur le malaise militaire helvétique. Le soldat Paul Ackermann a testé la formation des gardes armés.
Armée Le commandant Christophe Keckeis se répand sur le malaise militaire helvétique. Le soldatPaul Ackermanna testé la formation des gardes armés.
Comme chaque année, j'ai été convoqué au mois de juin pour un cours de répétition. Cette fois, il avait lieu à Brigels dans les Grisons. Je m'attendais aux traditionnelles heures d'attente, beuveries et, accessoirement, à quelques exercices liés à mon affectation, la défense contre avion. Mais une nouvelle formation m'attendait: la garde armée d'ambassade. Selon les déclarations du chef de l'armée Christophe Keckeis, cette mission occupe déjà 40% des cours de répétition.
J'ai donc été choisi pour faire partie de ces nouveaux citoyens, sélectionnés au hasard, qui surveillent les abords des ambassades, consulats et résidences à risques (Israël, USA, Turquie). Avec Armée XXI, la Confédération prétend former en trois jours un policier prêt à faire feu de sang-froid, à sécuriser un périmètre et des vies humaines, bref un élément engagé de la sécurité nationale... et internationale. Après moins d'une semaine de formation pour le moins ubuesque, nous devrions être prêts et efficaces, l'arme au poing en plein centre de Genève, Berne ou Zurich. Un bref récit suffit pour remarquer que ce n'est pas le cas.
première leÇon Mise en pratique dès le premier jour. Elle précède tout exercice théorique: une partie de la troupe surveille la caserne avec les mêmes consignes et les mêmes moyens (droit de police, arme chargée, etc.) que ceux prévus pour les ambassades. Banquiers, peintres en bâtiment ou journalistes constituent la troupe qui reçoit son matériel. Une distribution ponctuée, comme le reste du séjour sous les drapeaux, de parties de cartes, de siestes interminables et d'absurdes décomptes.
La première leçon dure une petite heure. On y apprend les différents dérangements que peut avoir l'arme, cartouche bloquée ou déclencheur enrayé. On passe également en vitesse sur les divers coups de semonce à donner en cas d'agression: «Halte!», «Halte ou je tire!», coup de semonce, coup dans les jambes. Le reste de la pratique est repoussé au lendemain, car il faut immédiatement passer à la séance de théorie: une mise en garde contre les dangers, non du terrorisme, mais du journalisme qui représente la principale menace dans cette mission.
La NZZ am Sonntag a effectivement fait écho de soldats abandonnant leurs armes pour uriner sur l'immeuble censé être surveillé. Selon le capitaine, cet accroc est surtout dommageable pour l'image de l'armée suisse. Et la sécurité dans tout ça? C'est une autre affaire. Il regrette que «la liberté de la presse soit en vigueur dans notre pays» (comme si elle pouvait ne plus l'être) et se résout à «faire avec» (comme s'il avait le choix). Le premier soir, l'arme chargée à leurs pieds, les nouveaux gardes se passent des joints dans la nuit grisonne. La vie militaire continue.
Comédie bouffonne Le lendemain, après une autre nuit bien arrosée, la fine équipe part pour Coire et sa place de tir. Qu'on ne se fasse pas d'illusions, ce n'est pas pour y apprendre à tirer. La matinée se passe à attendre au soleil et à rigoler en simulant des contrôles de véhicules. Au pied des montagnes, encore somnolant, un de nos caporaux, qui ne prend pas sa mission plus au sérieux que nous, montre l'exemple. Il nous apprend à être brusque avec le visiteur, à lui coincer les jambes dans la portière, à fouiller son sac, mais pas ses habits, à le regarder méchamment et à le garder en joue. Puis ce sont aux soldats de jouer au méchant policier dans une ambiance de comédie bouffonne. Les visites diplomatiques israéliennes ou turques risquent d'être surprises par l'incivilité de leurs hôtes... mais «on n'est pas là pour se faire aimer, si on veut se faire aimer, on fait pute», dixit un caporal instructeur professionnel.
L'après-midi se résume à une demi-heure, sur un rang à cinq mètres d'une cible. Le caporal simule une situation: «Un homme sort armé d'un buisson et court vers vous!» Aucune réaction des banquiers et autres peintres en bâtiment. «Mais tirez!» Exécution. Un coup. Tout le monde rigole et on reprend à zéro, avec le même enthousiasme. A chaque fois, la situation semble si irréelle que nous attendons plusieurs secondes avant de tirer, le sourire aux lèvres. L'exercice est répété entre cinq et dix fois sans convaincre personne. Ensuite, une bonne heure de rangement, et c'est la pause.
Monsieur Schmidt... Sur une semaine de formation les soldats auront tiré moins de dix cartouches sur un bout de bois, souvent en faisant exprès de le manquer, ou en en visant les pieds pour le faire tomber (on s'amuse comme on peut). On nous estimera ensuite capables, dans des situations de stress, de viser les genoux si la situation l'exige, la tête en cas extrême. Ma dernière expérience de tir s'est passée en stand, couché un dimanche matin de tir obligatoire et remonte à près d'un an.
Finalement, nous ne garderons pas les ambassades cette année, mais en 2005, promis, nous serons engagés, assure le capitaine. Trois mille hommes sont enrôlés en permanence pour de telles missions. Monsieur Samuel Schmidt, gardez l'adresse des mercenaires sud-africains. Ils pourraient s'avérer plus utiles. |
garde en faction Une semaine suffit-elle à transformer un banal citoyen en policier armé?
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