Jakob et Harper se font un prénom
Bob Dylan et Paul Simon ont eu des fils.
Qui entrent dans la carrière de leurs aînés avec savoir-faire mais sans génie. La chanson est-elle héréditaire?
«Fils de bourgeois ou fils d’apôtre, tous les enfants sont comme les vôtres», chantait Jacques Brel. Tous – sauf les enfants des stars de la chanson qui deviennent chanteurs – à défaut d’être stars… Passons sur l’éphémère Bruno Brel, neveu de son oncle, pour prêter l’oreille aux chants qu’émettent les rejetons de deux légendes du folk américain.
Les fils de Bob Dylan et de Paul Simon relancent le débat sur l’acquis et l’inné: chantent-ils parce que la musique est inscrite dans leurs gènes ou parce qu’ils ont grandi parmi les guitares? Il est difficile de ne pas penser à leurs illustres géniteurs en les écoutant dans leurs œuvres.
Tradition américaine. Né en 1969, Jakob a connu le succès au sein des Wallflowers, un groupe qui vendait plus que Dylan père dans les années 90. Aujourd’hui, Jakob vole de ses propres ailes sous un lourd patronyme. Après Seeing Things (2008), il s’inscrit orgueilleusement dans la tradition de la musique américaine avec Women + Country. C’est T Bone Burnett, vieil ami de papa et éminence grise de la musique country qui produit. Fiddle, slide, contre-chant féminin, tous les ingrédients sont dosés à la perfection. La voix, neutre, évoque celle du père, sans les écorchures ni le bémol de cynisme. Lorsqu’il intègre les cuivres de la New Orleans et la guitare de Marc Ribot, le troubadour marche sur les plates-bandes de Tom Waits (Lend a Hand). Il chante le dur labeur rural et autres préoccupations de hobo, le pays et les femmes comme n’importe quel vieux réac de Nashville, mais ces thèmes relèvent plus de la pose de fils à papa que du credo.
«J’ai longtemps pensé que je ne voulais pas être sur le devant de la scène», confie Harper Simon qui a hérité de la timidité de son père. Il a commencé la guitare à l’âge de 12 ans, fréquenté le prestigieux Berklee College of Music. A 38 ans, il ose sortir un premier album. Avec les vieux briscards des studios de Nashville, Simon Jr. chante d’une voix de premier de classe des chansons fraîches et inoffensives, ressemblant à celles que Dad troussait jadis, sans en atteindre la limpidité mélodique. On note d’attendrissantes touches autobiographiques: «Tout le monde a un père et une mère / Mais il y a plus de vœux que d’étoiles» (Wishes and Stars) ou «Un jour tu trouveras qui tu es / Un jour tu seras plus qu’une étoile filante» (Shooting Star). Bonne chance!
Jakob Dylan. Women + Country. Sony Music. Harper Simon, Tulsi.
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