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Mia Hansen-Love
"Je me sens proche du langage de Rohmer"

Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 03.08.2011 à 14:13

La jeune réalisatrice française Mia Hansen-Love est en compétition à Locarno avec son troisième film, l’émouvant «Un amour de jeunesse».

C’est d’abord devant la caméra que l’on a découvert Mia Hansen-Love, lorsque, à la fin des années 90 elle tourne, sous la direction d’Olivier Assayas, Fin août, début septembre, puis Les destinées sentimentales. Mais c’est surtout derrière la caméra qu’elle se fera un nom, avec Tout est pardonné (2007) et, surtout, Le père de mes enfants (2009), libre évocation de la figure du producteur qui s’est suicidé Humbert Balsan.

A 30 ans, la Française se retrouve cet été en compétition à Locarno avec Un amour de jeunesse, troisième long métrage qui confirme un talent rare. Qu’elle figure ou non au palmarès de la 64e édition du Festival du film, qui sera dévoilé le 13 août, Mia Hansen-Love est une réalisatrice qui compte dans le paysage du jeune cinéma d’auteur européen.

Un amour de jeunesse raconte dix ans de la vie de Camille (formidable Lola Créton qui, à 16 ans, possède un jeu d’une belle profondeur), de son amour passionné pour Sullivan à sa reconstruction émotionnelle dans les bras de Lorenz, son professeur d’architecture.

Récit d’apprentissage finement écrit, cette troisième réalisation jouant sur de multiples oppositions, tant thématiques (été-hiver, jeunesse- maturité) que formelles (plans courtslongues séquences), dit avec beaucoup de justesse le difficile passage à l’âge adulte. Interview de sa réalisatrice.

Après deux films centrés sur la figure du père, vous vous intéressez pour la première fois à une jeune femme. Aviez-vous en quelque sorte besoin de parler du monde des adultes avant de pouvoir mettre en scène un personnage plus proche de vous?

Je ne sais pas très bien pourquoi, mais je n’aurais pas pu faire les films dans un autre ordre, même si Un amour de jeunesse, avec son apparence autobiographique et son personnage de jeune fille, fait plus premier film. C’est paradoxalement un scénario qui me demandait, du fait de la proximité avec le sujet, plus de maturité.

Le film a donc une dimension autobiographique...

Je ne sais pas si on peut le formuler comme cela, parce que l’autobiographie, c’est lorsqu’on raconte ce qu’on a vécu de façon littérale. Or ici, si ce que je raconte est inspiré de choses que j’ai vécues, celles-ci sont réinventées et transformées par la fiction.

Lorsque je regarde Camille, je n’ai pas l’impression qu’il s’agit de moi. C’est une autre histoire, un autre personnage. C’est d’ailleurs à cela que servent les films, à parler de soi mais en transformant ce qu’on a vécu en autre chose, en se libérant.

Votre film a une dimension «rohmérienne»; on pense, face au triangle amoureux Camille-Sullivan-Lorenz, aux «Contes moraux» ou aux «Contes des quatre saisons»… L’influence d’Eric Rohmer est-elle consciente?

Oui et non... Oui, dans le sens où Rohmer est un cinéaste que j’adore, dont les films comptent beaucoup pour moi – c’est un langage dont je me sens proche et que j’ai l‘impression de comprendre, il y a chez lui une évidence, tant dans la forme que le fond, qui m’émeut beaucoup.

Et non, puisque quand j’écris, j’essaie de m’extraire de toute influence; je ne cherche pas à être dans la référence, justement parce que les cinéastes qui me hantent, je les admire à cause de leur autonomie, de leur indépendance d’esprit et du fait qu’ils ont inventé leur propre langage. Ce que j’essaie de faire à mon échelle, même s’il y a finalement très peu de films qui sont absolument hors de toute référence.

Vous jouez beaucoup sur la durée des plans: la première séquence où apparaît Lorenz est par exemple très longue, alors qu’elle n’est pas d’une grande richesse diégétique, tandis qu’ailleurs vous jouez sur des ellipses brutales…

C’est une chose qui m’amuse beaucoup, car ce qui m’intéresse, ce sont les contrastes. C’est pour cela que j’aime bien l’idée que le film ne s’installe pas dans une durée constante, mais joue au contraire sur des ruptures, des accélérations et des ralentissements.

Je peux ainsi faire durer longtemps un moment court et anodin, ou au contraire mettre beaucoup de vitesse dans des choses qui nécessiteraient beaucoup plus de place. Personnellement, cela peut m’émouvoir de voir un plan très long après une succession de plans courts, parce que, tout à coup, ça raconte autre chose, cela fait appel à d’autres sensations.

C’est quelque chose que je trouve très ludique et qui, pour moi, exprime une forme de liberté, permet de poser un regard singulier sur un scénario. Pour arriver à une certaine forme de justesse, il faut trouver son propre rythme.

Comment avez-vous travaillé avec Lola Créton pour la rendre crédible aussi bien en adolescente transie qu’en jeune adulte travaillant dans un prestigieux cabinet d’architecture?

Plutôt que de recourir à des accessoires ou à du maquillage pour montrer le vieillissement, j’ai préféré que la maturité de son personnage passe par une autre manière d’écouter, de marcher ou de parler. Ce sont des choses que Lola a comprises de manière intuitive.

Elle fait passer beaucoup de vécu dans son jeu. Quand je la regarde, j’oublie que c’est une comédienne qui joue un personnage, je vois quelqu’un qui tire sa force de ses blessures. Et elle n’a que 16 ans! C’est une actrice avec un brillant avenir devant elle.

De Mia Hansen-Love. Avec Lola Créton, Sebastian Urzendowsky et Magne-Havard Brekke. France, 1 h 50. Sortie le 10 août.




Tags: Mia Hansen-Love, "Un amour de jeunesse",

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