1 m 89, gilet noir sur un torse nu et musclé, jeans à trous et grosse montre blanche, tête de lion tatouée sur l’épaule gauche, David Abrams entre dans la loge du Stadtcasino, vaste salle de spectacle au centre de Bâle. A voir la taille des biceps, on craint la poignée de main. A tort. Elle est douce et le regard bleu produit un certain effet. L’homme est à l’aise dans ses baskets et ses chaussettes de tennis blanches.
Cette tenue d’été, c’est pour montrer ses muscles? «Ce sont mes habits de scène. Le spectacle commence dans une heure et demie. Avant, les neuf Chippendales et le chanteur mangent ensemble. Notre cuisinier voyage avec nous. Il prépare des plats sains: riz, poulet, légumes, pâtes. Personnellement, j’ai besoin de 5000 à 7000 calories par jour.»
Il détaille son régime: le matin, de 6 à 8 œufs, un grand bol de céréales, du pain, du beurre de cacahuète, du miel, de la viande, du fromage, quatre tasses de café. Et des suppléments de protéines. Quotidiennement, deux heures de bodybuilding et quarante-cinq minutes de jogging lui permettent de se maintenir en forme.
A 39 ans, le Canadien est le senior de la troupe des Chippendales, fondée en 1979 aux Etatœunis. Huit mois par année, il parcourt le monde – 22 pays – pour exhiber son corps devant des salles remplies de plus d’un millier de femmes. «Chaque année, elles sont 2,6 millions à voir notre spectacle. L’an prochain, elles seront 3 millions.»
Les plus déchaînées? «A Riga. Nous nous sommes produits devant une salle de 5000 spectatrices. Et des centaines attendaient dehors. De la folie! En Suisse, elles sont assez discrètes.» A entendre celles qui, vendredi soir à Bâle, hurlaient à se décoller les cordes vocales, il est impossible d’imaginer Riga.
Fils de profs. Né dans un village canadien de 350 habitants, fils d’un directeur d’école et d’une enseignante qui s’occupe d’enfants handicapés, David avoue être le mouton noir de la famille. «Ma petite sœur travaille dans une banque et mon grand frère dans une entreprise pharmaceutique. Moi, j’ai toujours su que je voulais faire quelque chose de fou. Je rêvais de travailler à la télévision.» A 16 ans, il remporte un concours de beauté.
Très vite, il travaille pour une agence de mannequins de Toronto, puis de Miami. «J’ai voyagé pendant dix ans dans toute l’Europe, de Zurich à Milan en passant par Paris. Puis un jour, j’ai rencontré Kevin Cornell, un Chippendale. C’est lui qui m’a convaincu de rejoindre leurs rangs en 2005.» A l’entendre, il exerce le plus beau métier du monde. Et ça rapporte bien? Le Canadien refuse de donner des chiffres.
«Mais je peux vous dire que tous les Chippendales ont une très belle maison. J’habite à Las Vegas. J’y ai une Cadillac, une Jeep Cherokee et je vais m’acheter une Porsche. Deux mois par année, nous nous produisons encore dans la région de Las Vegas.» Et quand il ne travaille pas? «Je suis un gars simple, je lis, je me promène, je nourris les pigeons et les canards. Je passe aussi deux semaines par année chez mes parents.»
Cœur à prendre. Evidemment, chaque médaille a son revers. Côté sentiments, le beau David avoue le... néant. Comme ses autres collègues de la tournée, il est «single». C’est donc vive les filles après chaque spectacle? «Pour certains, oui, ils sortent tous les soirs avec les femmes qui les attendent, mais je suis différent. Mes parents m’ont transmis d’autres valeurs. Je n’arrive pas à coucher le premier soir.
J’ai besoin de mieux connaître une femme. Je suis vieux jeu et romantique. Par exemple, j’ouvre la portière lorsqu’une femme monte dans une voiture.» David Abrams dit n’avoir eu que quatre ou cinq amies dans son existence. «J’attends de rencontrer la perle rare, une femme qui aurait de bonnes valeurs, une bonne éducation et une bonne famille. Je la traiterais alors comme une princesse.» Un Chippendale qui mène une vie de moine...? «Non, je vais aux “parties” après le show. Je bois des verres, discute avec nos fans, les serre dans mes bras, mais je ne vais pas plus loin...»
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