Jean Ferrat, le poète aura toujours raison
Il avait le cœur à gauche. On l’appelait le «crooner rouge». Fidèle à ses convictions, Jean Ferrat a toujours pensé qu’une chanson pouvait améliorer le monde. Mais notre époque ne l’entendait plus guère. Il est mort dans se retraite ardéchoise.
«Pourtant que la montagne est belle»... Le refrain de La montagne a des langueurs d’églogue. Mais le titre le plus célèbre de Jean Ferrat est une chanson engagée, car l’automne auquel il se réfère est celui du monde paysan.
Voix de velours, cœur de combattant, Jean Ferrat est le premier et le plus sincère des chanteurs de gauche. Arrivé sur scène en même temps que la déferlante yé-yé, il se distingue d’emblée par une touche de réalisme social dans Ma môme, chanson d’amour dédiée à une fille qui ne vit pas le temps des copains: «Ell’ met pas des lunettes de soleil Ell’ pose pas pour les magazines Ell’ travaille à l’usine /à Créteil». Le «crooner rouge» mettait sa voix au service de la cause. Mais il a conservé son indépendance d’artiste: sa moustache légendaire ressemblait davantage à celle des Frères Jacques qu’à celle de Staline...
Toujours révolté. Sur de luxueux arrangements orchestraux, il fustige le bellicisme (Le sabre et le goupillon), rend hommage aux insurgés du Potemkine. Fils de déporté, il évoque les wagons plombés (Nuit et brouillard). Il met aussi en musique Aragon, et c’est une de ses plus grandes réussites.
En 1973, il fait ses adieux à la scène et part s’établir dans un village ardéchois, loin de l’agitation du show-business, mais toujours sensible à la chose publique, toujours révolté, fâché contre les profiteurs et les salauds. C’est à l’écart du monde, dans la montagne, qu’il s’est éteint. Il avait 79 ans.
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