Un éleveur de poules du village d’Eclagnens qui devient conseiller d’Etat, un de ces ministres dont on dit que la fonction l’a bonifié. On a peu souligné, depuis l’annonce de son décès mardi 6 septembre, à quel point la trajectoire de Jean-Claude Mermoud constitue une success story à la vaudoise, une illustration de la force du système politique suisse qui laisse une chance à n’importe quel citoyen engagé de servir son pays, là où tant d’autres nations recrutent dans des écoles qui formatent à la gestion publique.
Rétrospectivement, le chemin entre Eclagnens et le Château cantonal semble direct. Il fut pourtant contrarié. Après la démission du conseiller d’Etat Pierre-François Veillon en 1996, ce n’est pas Jean-Claude Mermoud, alors député au Grand Conseil et président du parti cantonal, qui reprit le siège mais le popiste Josef Zisyadis.
Un séisme politique dans un canton où l’UDC appartenait à la majorité gouvernementale depuis 1962. Il corrigea le tir en se faisant élire au Conseil d’Etat en 1998.
Dès 2002, il se retrouva donc doyen de fonction (titre qui échoit désormais à Anne-Catherine Lyon alors mieux élue que Pascal Broulis). Ses actuels collègues ont souligné l’extrême loyauté dont il fit toujours preuve face au collège, malgré les divergences partisanes.
Loyal et cohérent. Même s’il n’a pas toujours pris toute la distance qu’on aurait pu souhaiter face aux dérives du blochérisme, Jean-Claude Mermoud a suivi une ligne européenne rare dans son parti. En octobre 1995, il avait participé comme président de l’UDC vaudoise à une manifestation de soutien au Mouvement né le 7 décembre.
Devenu plus tard ministre de l’Economie, il estimait que si on était contre l’adhésion à l’Union européenne, alors il fallait en toute logique soutenir la voie bilatérale. La récente remise en question de la libre circulation par l’UDC l’a beaucoup agacé.
Jean-Claude Mermoud restera ainsi dans l’histoire comme le dernier UDC plus loyal envers ses collègues du Conseil d’Etat qu’envers son parti. Pressenti pour lui succéder, le conseiller national Guy Parmelin est en effet membre du comité d’initiative «contre l’immigration de masse».
Une série noire qui interpelle
Depuis quinze ans, une succession impressionnante de problèmes de santé touche le gouvernement vaudois. En 1996, le radical Jacques Martin démissionne, épuisé par son double mandat de ministre cantonal et de conseiller aux Etats (le cumul sera interdit dans la Constitution de 2003). En 2000, la radicale Jacqueline Maurer est opérée pour un anévrisme.
En 2003, le Vert Philippe Biéler s’en va «au bout du rouleau». En 2004, le socialiste Pierre Chiffelle souffre de fibrillation auriculaire doublée d’apnée profonde, il est obligé de démissionner. En 2011, Jean-Claude Mermoud succombe à un accident vasculaire, alors que ce sportif, qui prenait le temps de décompresser, envisageait de briguer un mandat au Conseil des Etats.
Malédiction du Château? Hasard? La série noire étonne, d’autant que la charge de travail est certes harassante, mais pas pire qu’au Conseil fédéral. Elle interpelle, alors que quatre conseillers d’Etat sur les six restants semblent prêts à briguer un troisième mandat en mars prochain.
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