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Jean-François Beausoleil. Aujourd’hui, l’UBS est une autre banque

Par Geneviève Brunet - Mis en ligne le 28.05.2009 à 06:00

Changement. Le dirigeant de la région Suisse romande affirme le potentiel d’une banque qui ne ressemble que de loin à celle qui affichait une rentabilité de 30%

Pour l’UBS, la Suisse romande est désormais une seule région, dirigée par Jean-François Beausoleil. Le nouveau patron vient de procéder à une centaine de licenciements. Il prône la concentration de chacun sur son métier. En rêvant du jour où les clients n’évoqueront pas spontanément les problèmes du groupe. 

L’UBS en Suisse a réduit le nombre de ses régions de huit à quatre. De quoi est constituée la région Suisse romande?
Des six cantons romands, y compris les cantons bilingues que sont Fribourg et le Valais. Genève, dont j’avais la charge, y a été intégré. Nous avons également profité de cette réorganisation pour regrouper tout le Valais en une seule zone de marché. Il y a donc maintenant cinq zones de marché pour six cantons, le Jura et Neuchâtel étant réunis en une seule zone.
 
Le Corporate Center du groupe va être renforcé. Certains services de votre région seront-ils supprimés?
Pour la Suisse romande, les conséquences seront minimes, l’essentiel des activités concernées se trouvant à Zurich.
 
Toute la gestion des ressources humaines sera-t-elle centralisée?
Non, l’idée est de rester le plus proche possible de nos zones d’influence: la région, la zone de marché ou l’agence. Une équipe s’occupe exclusivement des ressources humaines de Suisse romande.
 
L’UBS prévoit 2500 suppressions d’emplois en Suisse cette année, dont 1200 à 1500 licenciements. Combien en Suisse romande?
Comme annoncé, quelque 70% de ces licenciements auront lieu à Zurich. Oswald Grübel a indiqué qu’il ne voulait pas toucher «aux muscles»: les activités du front, en contact avec les clients. Les réductions de postes concerneront donc plutôt le back-office, les activités administratives et certains projets, par exemple dans le marketing ou les IT. Pour la Suisse romande, je ne peux pas indiquer le nombre total de licenciements, car plusieurs divisions y sont représentées. Je suis responsable de la région Suisse romande pour la Swiss Bank: retail banking, gestion de fortune des clients résidents et activités liées aux PME. Dans cette entité, compte tenu des fluctuations naturelles, des retraites anticipées et des partages de postes, les licenciements seront de moins de 10% de l’effectif.
 
Quel est cet effectif?
Quelque 1400 personnes.
 
On entend dire que des gestionnaires de fortune ont été remerciés par dizaines…
Dans la gestion de fortune offshore en Suisse romande (gestion de fortune ici pour des clients domiciliés à l’étranger, ndlr), des suppressions de postes étaient prévisibles depuis juillet; après la décision de l’UBS de ne plus s’occuper en Suisse de clients domiciliés aux Etats-Unis. Par ailleurs, Genève étant la sixième place financière mondiale grâce, notamment, à la gestion de fortune offshore, il est clair que cette situation entraîne de nombreuses conséquences sur la stratégie et sur l’emploi dans nombre de banques.
 
Quel est le contenu de votre plan social?
Les mesures mises en place visent avant tout à permettre aux collaborateurs de retrouver un emploi à l’interne ou à l’externe: coaching, formation, reconversion, élaboration d’un CV performant, bilan de compétences; pour un montant de 6000 francs par collaborateur. Si aucun poste n’est trouvé au sein de l’UBS ou d’une société du groupe, le collaborateur recevra une indemnité dépendant de son âge, de sa fonction, du nombre d’années chez nous, etc. Ces indemnités peuvent aller jusqu’à un an de salaire.
 
Avez-vous eu recours au chômage partiel en Suisse romande?
Non, mais nous avons proposé à certains collaborateurs du time flex: travailler à poste partagé, avec des réductions de temps de travail de 10 à 70%. Nous avons aussi proposé, notamment à des jeunes, de suivre une formation d’une année avec la garantie de pouvoir revenir à l’UBS et de bénéficier du plan social si la situation ne s’était pas améliorée d’ici là; d’autres peuvent prendre une année sabbatique pour entreprendre un voyage ou un projet. Nous savons que la situation dans le secteur bancaire sera difficile jusqu’en 2010 et essayons de ne pas perdre des collaborateurs dont nous aurons besoin. Cela devrait nous permettre, pendant une période que nous estimons de douze à dix-huit mois où notre secteur subit une crise importante, de réduire nos coûts, tout en gardant le potentiel qui nous sera nécessaire quand la situation s’améliorera.
 
A partir de quel âge proposez-vous les retraites anticipées?
A partir de 57 ans, mais elles ne sont pas systématiquement accordées.
 
Selon votre baromètre des PME, les bénéfices et les prix de vente ont baissé au premier trimestre...
Il faudrait examiner la situation, zone de marché par zone de marché. Notre responsable des PME dans le Jura et à Neuchâtel constate que les trésoreries de ses clients sont déjà très impactées par la crise affectant l’horlogerie, alors que celui de Genève note peu de difficultés pour l’instant. Notre stratégie d’avance de crédits reste la même. Dans tous les cantons, une collaboration se met en place entre les acteurs publics et privés pour aider les sociétés viables à passer le cap difficile des douze à dix-huit prochains mois.
 
Après la crise des années 90, les banques se sont montrées prudentes dans l’octroi de prêts hypothécaires.
Craignez-vous une montée des risques sur ce marché?
Par rapport aux années 90, la situation des taux d’intérêt est totalement différente: le taux Libor est actuellement très bas et nos analystes prévoient qu’il devrait le rester jusqu’au premier semestre de 2011.
 
Certains emprunteurs, dont des cadres bancaires, se trouvent dans une situation qu’ils n’avaient pas imaginée de perte d’emploi ou de réduction de bonus. De quoi faire baisser les prix immobiliers?
En ce qui concerne l’UBS, lorsque nous avons consenti des prêts hypothécaires ces dernières années à des emprunteurs dont le revenu variable était important, nous n’avons retenu, pour estimer la capacité d’emprunt, que la moitié du revenu variable des trois dernières années. Cela correspond plus ou moins à ce que ces personnes perçoivent aujourd’hui, eu égard à une réduction de bonus de plus de 50%. En outre, nos taux d’avance ont été très clairement limités: jamais plus de 80% de la valeur du bien estimée par la banque, et plus généralement 65%. L’avance était même réduite à 50% pour les objets de luxe. Nous faisions également une distinction entre les prêts destinés à de l’immobilier résidentiel ou commercial.
 
La grande majorité des emprunteurs pourra donc faire face?
Cette clientèle pourrait se trouver en difficulté non pas demain, mais après-demain: si la crise au niveau des places financières et de la finance offshore devait continuer et induire un redimensionnement de la finance en Suisse. Il pourrait y avoir alors beaucoup de gens touchés à Genève, dans le canton de Vaud, où résident de nombreux pendulaires, à Zurich, sans compter les effets induits sur d’autres activités.
 
Plus de riches étrangers pourraient être tentés de s’installer en Suisse. Avez-vous constaté une hausse de cette clientèle?
Nous n’avons pas constaté une augmentation de ce type de clients au niveau de la région romande de l’UBS; mais, comme toutes les banques s’intéressent désormais à cette clientèle, il est possible qu’elle ait augmenté et qu’elle soit plus répartie.
 
 
Au premier trimestre, les clients de la division Wealth Management & Swiss Bank ont retiré 23,4 milliards de francs de leurs comptes à l’UBS. Que dites-vous à ces clients inquiets?
Aujourd’hui, l’UBS a un modèle d’affaires dans l’opérationnel qui fonctionne et dégage des revenus. C’est le cas de la banque universelle en Suisse, de la banque d’affaires dans le trading sur actions et devises et de l’Asset Management. Le modèle universel de l’UBS est capable de dégager à l’avenir du cash-flow et du bénéfice. Je le crois fortement.
 
Pour la banque universelle en Suisse romande, quels sont les domaines où vous voyez un potentiel de développement et ceux où vous allez réduire l’activité?
En Suisse romande, nous n’allons abandonner aucune activité dans notre modèle de banque universelle qui va des PME à la multinationale, du client de retail banking au family office, des tiers gérants aux avocats, notaires, fiduciaires, sans oublier la gestion pour les institutionnels. Nous avons redimensionné le marketing et le sponsoring: on ne peut pas licencier et garder la même présence dans la vie de notre région, en tout cas temporairement. Mais il s’agit de redimensionner des coûts, pas de réduire des activités. En tant que banque universelle, il convient de garder à l’esprit que le client d’une stratégie ou d’une zone de marché peut avoir besoin de toutes les solutions disponibles. Chacun doit pratiquer au mieux son métier – celui qui s’occupe d’une PME n’est pas gestionnaire d’actifs immobiliers ou de fortune –, tout en connaissant les spécialités de ses collègues pour orienter le client. Chacun doit satisfaire la demande dans sa zone d’influence, sans oublier qu’un client satisfait parle à trois personnes, mais qu’un insatisfait parle plutôt à dix… Il faudrait réussir à ce que demain, dans notre core business suisse, on nous parle spontanément de la Suisse et pas uniquement du groupe.
 
Allez-vous rembourser, comme le Credit Suisse, des clients ayant souscrit à l’UBS un produit à capital garanti Lehman Brothers?
L’UBS n’a pas vendu de produits à capital garanti de Lehman Brothers sous le label UBS.
 
 
La marque UBS a été affaiblie. Pourquoi un client suisse devrait-il vous choisir?
Je suis persuadé que nous avons en Suisse les meilleures compétences dans chaque métier et je pense que le modèle de la banque universelle fonctionne parfaitement pour la clientèle onshore dans ce pays. L’UBS ne sera jamais la meilleure banque commerciale, la meilleure banque de retail ou la meilleure banque de gestion de fortune, mais elle sera la meilleure banque qui fait les trois dans le cycle de vie du client et de l’entreprise.
 
Comment allez-vous motiver vos collaborateurs qui, en plus d’être confrontés aux questions des clients, ont perdu beaucoup sur leurs propres actions UBS?
Si on regarde le graphique du cours de l’action UBS et qu’on pense qu’il peut remonter à 80 francs ces prochaines années, on se trompe. Aujourd’hui, l’UBS est une autre banque. Lorsque le titre cotait 80 francs, l’UBS employait 84 000 personnes et avait une rentabilité des fonds propres de 30%. Actuellement, ceux qui reçoivent des actions ou des options doivent partir sur d’autres bases: l’UBS est une autre société dans une autre industrie. Les gens doivent être convaincus que dans cet environnement et compte tenu de notre point de départ, nous pouvons aller plus loin.





Tags: mieux comprendre, finances, UBS, banque, Jean-François Beausoleil,

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Réaction de
le 31.05.2009 à 16:29
Fidèle à son attitude de déni, UBS continue effrontément de...
 
Réponse du journaliste:
Jean-François Beausoleil ne dit pas que l'UBS n'a jamais vendu de produits Lehman Brothers, mais n'a jamais vendu de produits Lehman Brothers à capital garanti sous la marque UBS. C'est une nuance d'importance. G.B:



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