Faut-il obliger le Conseil fédéral à s’exprimer en bon allemand? Contingenter le suisse allemand dans les médias? L’apprendre à l’école? Initié notamment par le conseiller national Antonio Hodgers, le débat autour de l’usage du schwyzerdütsch bat son plein. Le directeur de l’Office fédéral de la culture plonge à son tour.
Vous étiez récemment sur le plateau de l’émission «Der Club» sur SF1 avec Antonio Hodgers, pour qui le suisse allemand prend trop de place. Pourquoi vous lancer dans le débat?
Je suis persuadé que c’est une chance pour la Suisse, non un problème, et qu’il faut enseigner le suisse allemand à l’école en parallèle à l’allemand, en tout cas sensibiliser les petits Romands. Nous avons eu passablement de discussions au niveau fédéral à propos de la loi sur les langues. Introduite le 1er janvier 2010, mise en place par une ordonnance d’application le 1er juillet, elle a thématisé le débat au niveau politique. Mais la loi ne dit rien sur le suisse allemand en tant que tel, elle réaffirme que nos langues sont les quatre langues nationales, ce qui, ajouté à la question de l’anglais, a poussé les gens à se poser des questions sur notre rapport à notre langue. Le problème n’est pas nouveau. Ce sera un serpent de mer tant que la question ne sera pas résolue.
La coexistence du suisse allemand et de l’allemand est une chance, dites-vous. En quoi?
Prenez mon exemple. J’ai fait mes études à Neuchâtel jusqu’à la licence de mathématiques. Puis, j’ai été nommé assistant au Poly de Zurich. Je parlais l’allemand comme on le parle au bac, et pas du tout le suisse allemand. Arrivé à Zurich, la seule chose que je pouvais faire était de l’apprendre. J’ai pris des cours dans les cabines de langues du Poly de Zurich avec des cassettes de la méthode Zwicky. En deux semaines, je le parlais.
En deux semaines!? C’est si facile, le suisse allemand?
Mais oui! C’est une langue amusante, émotionnelle, qui vient des tripes, et pas de la tête comme le hochdeutsch. J’ai eu beaucoup de plaisir à l’apprendre. Il y a une vingtaine de règles syntaxiques simples à assimiler et, ensuite, du vocabulaire, mais, une fois cela compris, le reste est facile. Il faut se lancer. Le même jour que moi, un Australien est arrivé dans mon groupe de recherche. J’ai dû maîtriser à la fois l’anglais, l’allemand avec les professeurs et le schwyzerdütsch avec les étudiants. C’est là que j’ai compris que, quelle que soit la langue, il est plus important de parler vite que de parler juste.
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