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Quel est votre usage actuel du suisse allemand?
Il est quotidien. Je suis le premier dans un groupe à me lancer en suisse allemand, au point que, parfois, mes collègues romands râlent. Le directeur suppléant de l’Office est Alémanique mais parle bien le français: il arrive souvent qu’il m’adresse la parole en français et que je réponde en suisse allemand. A l’Office de la culture, la question des langues n’est pas un problème, c’est une solution, une richesse. J’ai dix séances par jour dans mon bureau, on change tout le temps de langue. Je n’y réfléchis plus et je pense dans les trois langues. Tout dépend du sujet, bien sûr.
Ne seriez-vous pas plus doué en langues que la moyenne des Suisses?
Je n’ai pas plus de facilité que les autres! A l’école je suais, je n’étais pas bon. Mais aujourd’hui, j’ai certainement une différence d’attitude, et cela pèse dans la capacité d’apprentissage. J’ai souvent lancé que, dans la loi sur les langues, nous devrions inscrire comme objectif d’Etat le fait que 95% de la population suisse maîtrise cinq langues. C’est une boutade, mais nous devrions au moins avoir l’ambition de faire de ce multilinguisme une richesse, non un obstacle.
Avouez que la coexistence de l’allemand et du suisse allemand ne facilite pas la communication nationale…
Peut-être, mais ce n’est pas aux Romands de régler cette situation. Le suisse allemand est la langue émotionnelle des Alémaniques, on ne va pas leur dire de l’abandonner. Ils sont déjà bilingues, c’est un avantage qu’ils doivent maintenir et c’est à eux de trouver l’équilibre entre l’allemand et le suisse allemand. Il ne faudrait pas que le hochdeutsch se perde! Il est normal que les Alémaniques défendent leur langue dialectale, qui représente leur identité et, dans la globalisation que l’on vit, les gens ont besoin de se rattacher à leurs racines, mais il y a souvent des situations où seul l’allemand se justifie. L’attitude que nous, Romands, devons avoir face aux Alémaniques est de dire: «Vous avez deux langues, O.K., on se débrouille pour connaître une langue, voire pour les apprendre les deux.» C’est un effort supplémentaire, mais il est intéressant, convivial et ludique.
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