L’économie valaisanne est en plein essor en ce début d’année. Avec un taux de croissance de son produit intérieur brut (PIB) de 4,9% au premier trimestre et de 4,5% au second, elle fait mieux que ses voisines. «Nous profitons du dynamisme de l’arc lémanique», analyse Jean-Michel Cina.
Le président du gouvernement valaisan et ministre de l’Economie revient aussi sur la question de la renégociation anticipée des droits d’eau. Une question à 20 milliards de francs. Interview.
«LA SUISSE VA DEVENIR LA BATTERIE DE L’EUROPE.»
Le canton de Fribourg qui vit un véritable décollage économique salué par tous (L’Hebdo du 16 septembre). Le Valais affiche une vitalité économique supérieure à la moyenne suisse. Les vilains petits canards catholiques sont-ils en train de devenir les dragons de l’économie romande?
C’est vrai que ces deux cantons connaissent un dynamisme économique réjouissant. Mais cela n’a aucun rapport avec la religion ou une quelconque revanche sur l’histoire. Ce temps-là est révolu. Fribourg, comme le Valais, profitent de la forte croissance de l’arc lémanique. En tant que cantons périphériques, nous offrons par exemple des alternatives intéressantes à des entreprises qui ne trouvent plus de place dans ce pôle de croissance.
Vous mangez donc les miettes que n’arrive pas avaler l’arc lémanique?
Non. Nous, Valaisans, nous devons accepter que des quartiers généraux de multinationale s’installent plutôt à Genève qu’à Sion. Il y a une certaine logique géographique là derrière. Ces sociétés se rapprochent des aéroports et des centres de décision. Nous ne sommes pas un grand pôle d’attraction économique.
Reste que le Valais profite pleinement de la collaboration entre les cantons romands dans le Greater Geneva Berne Area (GGBa). C’est un instrument essentiel de notre promotion économique au moment où Zurich et Bâle s’organisent déjà en tant que région métropolitaine. Raison pour laquelle la Suisse romande devait aller plus loin dans ce domaine.
Que vous rapporte le GGBa qui a remplacé les trois structures de promotion qu’étaient le DEWS (Development Economic Western Switzerland), Genève-Fribourg et Berne?
On tirera un premier bilan à la fin 2010. Mais j’espère bien que nous continuerons sur notre lancée avec 25 à 30 implantations de nouvelles entreprises en Valais par année. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, l’union fait la force, même si nous gardons nos spécificités cantonales, notamment fiscales, et qu’il y a une certaine concurrence entre les cantons. Une concurrence qui est saine en économie.
Venons-en au gros dossier de votre présidence: le dossier de l’électricité et plus particulièrement la renégociation anticipée des concessions sur les droits d’eau pour produire de l’électricité. Un pactole de 20 milliards de francs qui aiguise les appétits en Valais et qui enflamme les vallées. Quel est l’enjeu?
Le Valais se trouve à un moment clef de son histoire et de son développement économique. C’est un tournant que nous devons négocier avec une vision, celle d’un Valais, terre d’énergie, d’un canton qui doit intensifier la valorisation de son eau, surtout au moment où la demande en électricité est en forte hausse dans le monde.
La Suisse va devenir la batterie de l’Europe. Un enjeu de taille pour le Valais qui pèse 28% de la production hydraulique nationale et 16% de celle de l’électricité, mais dont la production en mains valaisannes à l’heure actuelle n’arrive pas à couvrir les besoins du canton.
En gros, vous avez le choix entre concéder pour un nouveau siècle ces droits d’eau à des sociétés en majorité étrangères au canton, comme Alpiq, Axpo ou les Forces motrices bernoises, et toucher une redevance. Ou reprendre tout le paquet en mains valaisannes et le mettre en valeur vous-mêmes. C’est ce qui s’appelle un coup de force?
Non. Nous sommes à un moment où nous devons commencer à renégocier ces concessions avec ces entreprises qui ont effectivement pris des risques au siècle dernier. Elles ont investi dans des installations au moment où les collectivités valaisannes n’en avaient pas les moyens. Mais elles ont aussi gagné de l’argent.
Il est logique aujourd’hui que nous, le canton du Valais et les communes valaisannes, reprenions la main sur l’eau et l’électricité. Mais faut-il pour autant que nous la commercialisions nous-mêmes de A à Z? Que nous assumions seuls les risques liés à la construction et à l’entretien des installations? Tout cela est encore à l’étude. Et notre stratégie définitive sera décidée au printemps 2011.
Pour l’instant nous avons créé des groupes d’experts pour étudier les différentes variantes qui peuvent aller de la voie solitaire au statu quo.
Vous n’avez pas peur de vous lancer dans une guerre de l’eau avec les géants suisses de l’électricité qui exploitent une bonne partie des barrages valaisans et transforment l’or bleu en électricité?
Personne n’a intérêt à ce qu’on arrive à un conflit ouvert. Il faut que nous négociions un partenariat intelligent, si cela est possible, et que nous sachions partager le gâteau. Si nous devons changer la répartition de la distribution des richesses générées par l’électricité, tout le monde doit y gagner. D’autant que la Confédération pourrait avoir l’intention de nationaliser les droits d’eau.
Sur le papier, tout cela paraît très appétissant. Et pourtant, il y a déjà de la friture sur la ligne entre les petites communes de montagne concédantes qui pourraient toucher le pactole et les localités de plaine qui ne recevraient quasiment rien. Comment allezvous gérer ce qui pourrait se transformer en guerre de tranchées?
En dialoguant. C’est essentiel. Actuellement, l’électricité rapporte en moyenne 350 millions de francs à l’économie cantonale et emploie 800 personnes. On peut raisonnablement tripler ce montant si les collectivités reprennent en main ce secteur.
L’avantage?
Nous serions beaucoup moins dépendants des subventions venant de Berne. Nous sommes assis sur une mine d’or et nous devons réfléchir: comment en faire profiter tout un canton de façon durable?
N’empêche, Pascal Couchepin ainsi que les socialistes Peter Bodenmann et Thomas Burgener sont montés au créneau sur ce dossier. L’ancien conseiller fédéral vous propose de créer un fonds cantonal pour éviter que les communes jettent l’argent par les fenêtres, tandis que l’ancien président du Parti socialiste suisse et l’ancien conseiller d’Etat n’hésitent pas à brandir l’arme d’un moratoire et d’une initiative cantonale pour bloquer le dossier.
Je prends note des remarques de ces personnes et nous écouterons leurs points de vue le moment venu. Cela dit, je m’étonne que des politiciens régionaux qui auraient pu lancer le débat de l’électricité quand ils étaient aux affaires ne l’aient pas fait avant. Pour moi, ce sujet est trop important pour devenir le jouet des partis et des politiciens.
Ceci dit, si l’eau du Valais revient aux Valaisans, est-ce que les Suisses vont payer plus cher leur électricité?
Cela dépendra du marché. Pas des Valaisans.
Né le 2 juillet 1963, le démocrate-chrétien Jean-Michel Cina est avocat et notaire. Conseiller national de 1999 à 2005, il a été élu au Conseil d’Etat valaisan en 2005 et réélu en 2009. Il dirige le Département de l’économie et du territoire et présidera le gouvernement jusqu’au 30 avril 2011.
Profil
Jean-Michel Cina.
Né le 2 juillet 1963, le démocrate-chrétien Jean-Michel Cina est avocat et notaire. Conseiller national de 1999 à 2005, il a été élu au Conseil d’Etat valaisan en 2005 et réélu en 2009. Il dirige le Département de l’économie et du territoire et présidera le gouvernement jusqu’au 30 avril 2011.
| Dossier 'Canton du Valais' | | |
Tags: Valais, électricité, Jean-Michel Cina, concessions, production de courant,
|