Appuyé sur sa bêche, Abass désherbe un grand carré de terre rouge devant l’école secondaire de Klipspruit West, au cœur de Soweto, l’énorme township qui jouxte Johannesburg. Avec une dizaine de camarades, le jeune Ghanéen de 18 ans s’affaire pour construire un terrain de football destiné à l’Académie Amathole, une structure de formation privée mise sur pied en 2006 par Stuart Miller, un exprofesseur d’anthropologie de l’Université de Johannesburg. «Si nous réhabilitons le terrain de foot, nous pourrons l’utiliser gratuitement», explique ce dernier.
Abass rêve de devenir footballeur professionnel. Il est même venu en Afrique du Sud pour cela. «Je jouais dans une équipe de seconde division au Ghana, racontet- il. J’ai quitté mon pays, tout seul, en août 2009.» A son arrivée, il rejoint l’Académie Amathole, qui compte une soixantaine de joueurs, dont un autre Ghanéen et deux Zimbabwéens. Stuart Miller dit recevoir de nombreux coups de téléphone de joueurs étrangers – surtout d’Afrique de l’Ouest. «Ils voient l’Afrique du Sud comme une terre d’opportunités. Notre football bénéficie d’une bonne image sur tout le continent, en raison de la télévision satellitaire (DStv) qui diffuse régulièrement nos matchs.»
Pour l’heure, les équipes d’Amathole (moins de 13, 15, 17 et 19 ans) s’entraînent sur un terrain de foot municipal, à moitié envahi par les mauvaises herbes. «Parfois, les habitants de Soweto s’en servent comme d’une décharge», soupire l’anthropologue. Le week-end, ils affrontent d’autres équipes locales. Mais celles qui les font rêver s’appellent Chelsea, Manchester United, Inter de Milan.
«J’aimerais partir en Grande-Bretagne pour faire des essais dans un club», note Abass. Ezekiel, 19 ans, rêve, lui, de «jouer cinq ans à l’étranger, en Espagne de préférence», avant de se faire engager par une équipe de la première ligue (PSL) sud-africaine. Pourquoi cette envie d’ailleurs? «Les standards du football européen sont bien plus élevés qu’ici», répond Solly, 19 ans. Pour Sihle, 16 ans, l’exil représente même «la seule manière de faire carrière. Les équipes sud-africaines ne sont pas assez bonnes.»
«Ces gamins devraient déjà tenter de percer ici, avant de songer à partir en Europe», enrage Stuart Miller. Il comprend pourtant l’attrait: «Ici, un joueur professionnel peut espérer gagner 40 000 rands (6000 francs) par mois au maximum. Plus souvent, son salaire ne dépasse pas 10 000 rands (1500 francs). En Europe, il recevrait 10 fois plus.» Mais le vrai problème, selon lui, c’est le manque de structures de formation locales. Les équipes de première ligue ont chacune leur académie, mais elles coûtent cher (90 francs par mois) et sont réservées à un très petit nombre de jeunes.
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