|
Comme un supermarché. Résultat, des dizaines de structures informelles, comme Amathole, ont vu le jour. «Un chômeur monte une équipe, qui s’entraîne dans la rue sans équipement, ni coach digne de ce nom», détaille Stuart Miller. Ces académies servent de bassin de recrutement pour des agents cherchant des jeunes à envoyer à l’étranger. «Ils viennent aux matchs, repèrent les joueurs prometteurs et les débauchent sans même nous consulter.»
Sipho Joyce est l’un de ces agents. Basé au Cap, il fait régulièrement la tournée des académies et des matchs à la recherche de nouveaux talents. «Lorsque je pars en prospection, je sais ce que je cherche. Souvent, les clubs m’ont pratiquement passé commande: ils me disent, par exemple, qu’ils recherchent un milieu de terrain offensif.» Sa stratégie est de chercher à devenir le partenaire privilégié d’un club étranger. «Lorsque vous leur avez apporté un bon joueur, ils vous refont confiance la prochaine fois», note le Sud-Africain, qui gère en permanence 25 à 30 joueurs.
Si les clubs étrangers forment parfois des partenariats avec des équipes locales – l’Ajax Cape Town est affilié au club hollandais du même nom et le Supersport United de Pretoria est lié à Tottenham Hotspur – ils envoient rarement leurs propres chasseurs de tête en Afrique, préférant s’appuyer sur des partenaires locaux comme Sipho Joyce, qui monnaie sa connaissance du terreau local. En échange, l’agent touche une commission de 10% sur la transaction. Le joueur retenu lui verse aussi une taxe de «management», qui peut atteindre «10 à 20% de la prime obtenue lors de la signature de son contrat d’engagement ou de son salaire».
Thulani Mapoyi, 26 ans, rêve de faire partie de ces élus. Le jeune homme au sourire timide appartient à l’écurie de Sipho Joyce. Il joue depuis l’âge de 13 ans pour les Mighty 5 Star du Cap, mais aimerait partir à l’étranger. «Je voudrais accumuler de l’expérience et de la notoriété en Europe, avant de revenir dans mon pays et de jouer pour l’équipe nationale», explique-t-il.
Pas de visa. Originaire de Queenstown dans la province de l’Eastern Cape, il a déjà tenté de quitter son pays deux fois. «Je suis parti faire des essais au Vietnam et en Indonésie en 2006, raconte-t-il. A Jakarta, je me suis entraîné avec une vingtaine de jeunes hommes de différents pays devant des responsables de clubs locaux.» Il n’a pas été pas pris. «Au Vietnam, un agent nigérian est venu me chercher à l’aéroport et m’a amené chez lui. Mais je n’ai pas pu faire un seul essai, car nous étions en période de nouvel an vietnamien et tous les clubs étaient en vacances.» Le jeune homme rentre bredouille en Afrique du Sud. Les frais de voyage sont à sa charge, puisqu’il n’a pas signé de contrat. «Bien sûr que j’étais déçu, mais cela fait partie du jeu. Il faut savoir être patient», glisse-t-il.
Tags: Football, joueurs sud-africains, trafic,
|