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JAMES GRAHAM BALLARD L’auteur de Crash et de L’empire du soleil a su capter et anticiper les dérives de la société du XXe siècle.
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Livre
J.G. Ballard, oracle de la pop culture

Par Christophe Schenk - Mis en ligne le 01.12.2010 à 16:46

Deux livres inédits en français rappellent la puissance visionnaire de l’écrivain anglais disparu il y a une année. Et la façon dont il a imprégné la pensée actuelle.

Sur une île de la Polynésie française mettez des albatros menacés, une doctoresse qui veut les sauver et un jeune homme pas très sûr de ses convictions. Vous obtiendrez d’abord le gel d’un programme nucléaire. Puis la création d’une communauté utopiste. Et enfin une dictature écologiste, désastre humain.

Ce tableau noir, J. G. Ballard le dresse dans La course au paradis, roman publié en 1994, mais inédit en français jusqu’à cette année. Une brique de plus à l’œuvre anticipatrice de l’auteur de L’empire du soleil, décédé en avril 2009 à l’âge de 78 ans. Après le terrorisme bourgeois de Millenium People et la tyrannie de la consommation de Que notre règne arrive, portraits déformants mais lucides de nos sociétés malades que le docteur Ballard aimait à diagnostiquer plus qu’à soigner.

De l’observation à l’intrusion. Souvent présenté comme l’un des écrivains les plus importants et visionnaires de la seconde partie du XXe siècle, J. G. Ballard fut avant tout un observateur avisé de la culture populaire et de ses émanations. Et alternait à merveille futur proche et lointain, ne reniant jamais ses racines science-fictionnesques au moment d’œuvrer dans l’anticipation.

Sous sa plume, les symboles de l’empire néolibéral se sont mués en machines de guerre et de plaisirs pervers. L’automobile (Crash), le supermarché (Que notre règne arrive) ou encore les quartiers chics (Sauvagerie, Millenium People).

Sans cynisme mais avec perspicacité, fort d’un humour discret, comme larvé, le regard aiguisé, le verbe clair et captivant. Et toujours porté par une violence froide et cinglante, à l’image du monde contemporain. A tel point que la pensée de Ballard aura finalement imprégné la culture populaire dans le même temps qu’elle la disséquait.

Exemple le plus frappant de cette intrusion, le rock, pop culture par excellence, s’est emparé du vocabulaire et des thématiques ballardiens. De David Bowie (Always Crashing In The Same Car) à Radiohead (Airbag), on chante l’orgasme dans la tôle froissée, porté à l’écran en 1996 par David Cronenberg (Crash).

D’autres artistes, plus directs, baptisent selon Ballard, tel le premier album des Anglais Klaxons (Myths Of The Near Future, titre d’un recueil de nouvelles) ou les Américains Empire Of The Sun (L’empire du soleil, of course).

Mais l’émanation la plus marquante reste sans doute Atrocity Exhibitions, morceau d’ouverture du séminal Closer de Joy Division. Une référence explicite à La foire aux atrocités, work in progress romanesque de Ballard compilant toutes ses obsessions, des asiles déviants à la technologie déglinguée, en passant par un star-système idéalisé à l’heure du quart d’heure de gloire. Une œuvre-monde dans laquelle picorer au quotidien, tel un prisme appliqué à la réalité vécue.

Complète ou presque désormais, l’œuvre de Ballard reste un héritage vivace et foisonnant, traversé d’éclairs de lucidité confondants. Jamais idéologique, il aura su capter les dérives de son temps et anticiper les dominos en mouvement depuis. De La course au paradis au troisième tome de ses nouvelles complètes, un bon millier de pages le rappelle cet automne. Et donne furieusement envie de parcourir de nouveau toutes celles qui les précèdent.


Visions passées, présentes et futures

Un roman et une cinquantaine de nouvelles. Les tiroirs de J. G. Ballard cachent encore des trésors, du moins en traduction. Initialement publié en 1994, mais inédit en français, La course au paradis démontre la puissance visionnaire du romancier britannique. A une année près, il annonce la reprise des essais nucléaires par la France.

Plus près de nous, il imagine un directeur du Club Med à la stature de ministre des Affaires étrangères et le baptise Kouchner. Et pour le futur, la seconde partie du roman décrit les dérives d’une dictature de l’utopie, entre écologie et féminisme. Quant aux nouvelles publiées chez Tristram, elles rappellent le goût et le talent de Ballard pour le format court. Et dévoilent une facétieuse fin de l’humanité, où l’écrivain, seul survivant, devient le gardien d’une Terre transformée en volière géante.

La course au paradis. Denoël. 405 p. Nouvelles complètes 3, 1972/1996. Tristram. 692 p.




Tags: J.G. Ballard, pop culture,

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