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Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 17.10.2012 à 14:10 |
«On s’était rencontré à Winterthour, non?» Joint dans son fief de Baltimore, John Waters a toujours ce débit de mitraillette entrecoupé de virulents éclats de rire. A l’autre bout du fil, son interlocuteur a parfois du mal à suivre. Mais l’Américain a aussi, apparemment, une bonne mémoire. Ou d’excellents attachés de presse... En 2004, on s’était en effet entretenu lorsqu’il était venu présenter une exposition que consacrait le Fotomuseum de Winterthour, en première européenne, à son travail d’artiste: des collages et montages réalisés à partir de photographies de films. Après une visite guidée haute en couleur, le cinéaste à la fine moustache noire – qu’il dessine lorsqu’il se rate au rasage – nous confiait, tout en mâchonnant un cure-dent, avoir tenté une fois de plus d’arrêter de fumer. On lui rappelle l’anecdote. «Je suis toujours non fumeur, coupe-t-il. J’en suis à mon 3546e jour sans fumée! La cigarette est le seul vice que je ne n’aie jamais eu.» Venant de la part d’un cinéaste aussi iconoclaste que lui, l’affirmation prête à sourire. Blagues suisses. Waters est de retour en Suisse. A l’invitation du Lausanne Underground Film Festival, il présente, jusqu’au 21 octobre, quatre de ses films. Et un one-man-show intitulé This Filthy World. «Ce spectacle parle un peu de moi, mais pas tant que ça, explique-t-il lorsqu’on lui demande s’il s’agit d’une sorte d’autobiographie live. The Filthy World parle aussi de politique, de mode, de crimes, de drogue et de délinquance juvénile... C’est un monologue de septante minutes extrêmement varié. Et il évolue tout le temps, ce que vous allez découvrir est très différent de la version qui a été éditée en DVD aux Etats-Unis. Il y aura même des blagues suisses...» Aussi loin qu’il s’en rappelle, l’Américain a toujours voulu être dans le show-business. A 12 ans, il avait déjà monté son propre spectacle de marionnettes. «Je le présentais dans des anniversaires et me faisais 25 dollars par représentation. A 13 ans, j’ai écrit une histoire d’horreur que j’ai lue, chaque soir, durant un camp scolaire. Mais des parents ont téléphoné pour se plaindre... Toutes les écoles où j’ai passé ont voulu me décourager.» Heureusement, en vain. Années folles. Dès son premier long métrage, Mondo Trasho en 1969, Waters a fait preuve d’un goût immodéré pour la provocation et le mauvais goût – c’est William Burroughs en personne qui le premier l’a qualifié de «pape du mauvais goût», ce qui lui donne l’impression d’avoir été adoubé par Jésus. «A la fin des sixties, tout était en train de changer, c’étaient des années folles, sur lesquelles soufflait un vent révolutionnaire. On était au sommet du mouvement hippie, et moi j’amenais une imagerie punk, avant même que ce mot ne soit inventé. Dans Multiple Maniacs, Divine (un célèbre travesti avec lequel Waters tournera à de nombreuses reprises, ndlr) tue des gens puis les mange. Le cannibalisme, ce n’est pas très peace and love... Mais ce n’est pas l’establishment que l’on visait avec nos films puisque de toute façon, les gens de ce milieu ne les voyaient pas. On faisait ça pour choquer les hippies, même si d’une certaine manière on en était aussi des hippies. L’humour et l’extravagance ont toujours été une façon de me protéger et de garder ceux que je n’aime pas à distance. Le but de mon travail est d’amuser les gens tout en les faisant réfléchir sur le monde afin, peut-être, de les amener à changer d’avis sur certains sujets.» Vers la fin des années 80, Waters est soudainement devenu un cinéaste grand public, ou presque, avec des films comme Hairspray, Cry-Baby, Serial Mom puis Pecker. Un peu comme s’il avait eu deux carrières, avant et après Hairspray, ce film qui deviendra, à Broadway, une comédie musicale à succès. Mais pour lui, cela n’est qu’un accident. «Dans la vie, je prends tout avec humour», se contente-t-il de glisser au moment de prendre congé, dans un nouvel éclat de rire. Lausanne Underground Film Festival, jusqu’au 21 octobre. www.luff.ch |









