Sur scène, c’est un oiseau majestueux. Coloré, maquillé, lumineux, Jonsí tresse des mélodies aériennes, riches en envolées lyriques. Farfadet tribal à la voix de fausset, l’Islandais imprime une folie douce, voisine des sabbats de sa compatriote Björk, pleine d’une mélancolie fiévreuse qui rappelle Antony and the Johnsons.
En coulisse, le cygne redevient pourtant canard. Frêle, malingre, l’œil droit désespérément aveugle et immobile, Jón Þór Birgisson ressemble à un oisillon tombé du nid. Sa parure remisée, le musicien de 35 ans a des airs d’éternel adolescent, timide, un brin maladroit, que la musique seule transformerait en diva extraterrestre.
«J’ai commencé à faire de la musique vers l’âge de 13 ans, raconte-t-il, lorsqu’on l’interroge sur l’univers qu’il s’est bâti. Mais il ne s’agissait pas de devenir célèbre. J’avais juste besoin de faire quelque chose qui me rende heureux.» Une thérapie nécessaire dans un pays où la mélancolie rôde durant les mois d’hiver, très pauvres en lumière naturelle (moins de 3 heures de soleil par jour en janvier).
Reste que jusqu’à cette année, la musique de Jonsí frappait par sa tristesse brumeuse. Longues, lentes, presque atmosphériques, les chansons de Sigur Rós évoquaient des plaines glacées et désertiques, propices à la méditation. Contre toute attente, ces mélopées cotonneuses ont su s’exporter et séduire un large public. Et faire du groupe de Reykjavík une star rock atypique.
Chaud-froid musical. Lassé de jouer les pythies électriques, Jonsí a choisi de tourner le dos à ces sonorités figées au moment de se lancer en solo. Sur Gó, sorti ce printemps, flûtiaux et tambourins remplacent les nappes lancinantes de l’archet qui frotte sur les cordes de la guitare. «J’avais envie de plus de rythmiques et de battements de cœur, explique-t-il. Et de quelque chose de plus joyeux, d’une certaine manière.»
Sans renier quelques intermèdes plus hypnotiques ou oniriques, la musique de Jonsí évoque désormais un monde de légendes, peuplé de lutins rieurs, d’elfes magiques et de bêtes fantastiques. Jusqu’à prendre par instants des allures de carnaval primitif, renouant avec quelques rites ancestraux, entre culte païen et danse pour le soleil.
Entouré de ses musiciens, Jonsí se mue en un Monsieur Loyal surprenant, plume dans les cheveux, visage redessiné. Une personnalité exacerbée qu’il attribue à l’état d’esprit qui caractérise les artistes de l’île: «Ici, les gens n’ont pas peur de tenter des choses, ni d’être eux-mêmes.» Musicien atypique, né dans un petit village islandais, Jonsí déploie ses ailes aujourd’hui. L’enfant brimé des premiers vidéoclips, mis à l’écart pour avoir embrassé un de ses camarades, a laissé place à un cygne multicolore, maître d’une euphorie pop aussi originale que captivante. A l’image d’une île hors norme, qui n’a pas fini de révéler ses secrets musicaux.
For Noise. Pully. Du je 19 au sa 21. www.fornoise.ch
Disque: Gó. Parlophone/EMI.
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