«Ce que tu fais, fais-le suprêmement.» Ainsi disait Fernando Pessoa. Le Lisboète est l’auteur préféré de José Mário dos Santos Félix Mourinho, entraîneur de l’Inter de Milan. Avant cela, au Portugal, l’homme a mené Benfica, Leiria, puis Porto: en 2003, il conduit Porto au titre, puis à un incroyable triomphe continental en Champion’s League l’année suivante. Il passe alors en Angleterre, Chelsea: le club de Londres remporte aussitôt la victoire dans le championnat national le plus dur du monde. En 2008, il part à Milan, les rayures noires et bleues de l’Inter, qui gagne le scudetto: champion d’Italie. Mourinho, dont la statue de cire trône au Musée Tussauds de Londres, est aussi détenteur d’un record sidérant: 132 matchs disputés à domicile d’affilée sans défaite, la série est encore en cours. Cela avec trois équipes différentes, dans trois championnats. La dernière fois qu’une équipe qu’il entraînait a perdu sur son terrain, c’était à Porto, le 23 février... 2002.
Il n’est pas besoin d’être amateur de ballon rond pour sentir qu’il se passe autour de José Mourinho autre chose que du simple football. Une passion moderne, une tragédie populaire, un show mondialisé dont il ne cesse de vouloir contrôler les épisodes. Un jour de gloire, en Angleterre, il s’attribua ainsi ce surnom presque bête, enfantin, asséné devant les micros avec ce petit air frondeur et buté des sales gosses: il annonça qu’il était le «Special One».
Hâbleur et bravache. Depuis, il ressort dès qu’il peut, hâbleur, ce grigri bravache. «A la fin de ce match, je serai à nouveau le Special One»: c’était mi-mars, dans Londres, avant ce match si décisif de Ligue des champions que devait jouer l’Inter à Stamford Bridge, le temple de Chelsea. Oui: le temple. Car le football est fait de ces lieux de culte mythifiés où s’entassent au présent des foules parfois nostalgiques. José Mourinho, à Stamford Bridge, revenait dans le stade d’anciennes victoires, mais cette fois, il était dans l’autre camp.
Il fit certaines choses comme d’ordinaire. Ne pas se raser. S’habiller Armani, impeccablement négligé. Embrasser un crucifix avant le match. Mais il décida aussi d’arriver sur le terrain seul, quelques minutes avant ses joueurs. L’air maussade évidemment, mains dans les poches, play-boy latino et grisonnant se vautrant dans son fauteuil en bordure du terrain, ovationné par le public anglais. L’escouade des photographes mitrailla dans l’instant. L’Inter s’imposa. Dans le secret des vestiaires, Mourinho versa des larmes.
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