Il y a quelques mois, l’UDC et le PLR s’étaient disputé la couronne de «parti de l’économie». Une drôle de bataille, quand on y songe rétrospectivement.
COMME D’HABITUDE, L’UDC SIMPLIFIE À OUTRANCE ET PERSONNALISE.
Les conditions- cadres qui fondent la prospérité de l’économie suisse n’appartiennent pas plus à un camp qu’à un autre. Elles sont le fruit du consensus politique, de la paix du travail, et de maintes votations où le peuple s’est montré terriblement raisonnable.
Les citoyens ont donné leur blanc-seing à l’hyperconcurrence fiscale entre cantons, ils ont durci l’accès aux prestations de l’assurance chômage ou de l’assurance invalidité. Ils n’ont pas eu peur d’instaurer la libre circulation des personnes avec les Etats membres de l’UE.
Et on peut parier qu’après avoir refusé naguère d’inscrire les 40 heures dans la Constitution, ils ne s’offriront pas les six semaines de vacances que les syndicats leur proposent via une initiative.
En cette année électorale, l’étiquette de «parti de l’économie» devient d’ailleurs difficile à porter, surtout pour qui prétend agir par amour de la patrie.
Nombre de libéraux-radicaux romands y lisent une inféodation coupable aux seuls intérêts économiques et financiers, alors qu’ils rêvent encore d’appartenir à un parti qui embrasse l’ensemble de la chose publique. Et pas seulement le court terme lucratif des affaires.
Quant à l’UDC, son positionnement sur les défis économiques actuels devient grotesque à force d’incohérence.
Les blochériens se revendiquent premier parti du pays. En principe, la position de leader va de pair avec le sens des responsabilités. On ne dit pas n’importe quoi, car on se sait observé. On montre l’exemple. On assume. C’est ainsi que s’est longtemps positionné le PLR, avec sérieux, jusqu’à incarner au-delà de son poids électoral réel, la dignité de l’Etat.
Mais que fait ce premier parti si sûr d’avoir tellement raison tout le temps et d’être à lui tout seul le pays entier? Il ne cesse d’attaquer la Banque nationale, et son président Philipp Hildebrand, si ferme dans sa volonté de dompter la taille des grandes banques.
C’est là où le label de «parti de l’économie» lui colle de plus en plus mal. De quelle économie au juste l’UDC se veut-elle la meilleure défenderesse en pilonnant Hildebrand? De celle des PME ou des banques? De celle qui vit du marché intérieur (et de ses marges généreuses) ou de celle qui exporte?
Pour ce qui concerne les grandes banques, les blochériens s’en sont montrés tour à tour les pires contempteurs (au moment de la recapitalisation d’UBS), puis les meilleurs soutiens (lors de l’accord avec les Etats-Unis). Mais il y a plus grave que ce slalom: l’UDC se permet de remettre en cause l’indépendance de la BNS.
Parmi tous les coups que les blochériens assènent au pays celui-là est particulièrement dangereux. L’indépendance d’une banque nationale n’est pas un détail. L’imperméabilité d’un institut d’émission face aux injonctions des politiciens est cruciale.
La BNS a une mission, la lutte contre l’inflation dévoreuse de pouvoir d’achat. Il est sain qu’elle ne reçoive pas des ordres, et que ses choix ne soient pas un joujou dans une campagne électoraliste.
Comme d’habitude, l’UDC simplifie à outrance et personnalise. Elle refuse de considérer la complexité de la manœuvre monétaire sur des marchés interdépendants. Elle réduit tout à une question d’homme. Un homme à élire absolument en 2007, un homme à chasser en 2011. C’est toujours aussi stupide et contraire à la richesse de la Suisse.
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