Médias
Journalistes: Les affaires qui fâchent
A l’heure où s’ouvre à Genève la Conférence mondiale des journalistes d’investigation, la profession interroge ses règles. Plainte de Charles Poncet à Genève, rumeurs Sarkozy-Bruni, affaire des «Infiltrés» à la télévision: les médias ont-ils perdu leurs repères?
Auxiliaires de police: c’est ce que l’on a entendu, lorsque des reporters français ont dénoncé récemment des pédophiles rencontrés lors d’un reportage. Pour un journaliste, c’est le genre d’insulte suprême. Car dans le romantisme associé au métier d’échotier, on adore utiliser, à l’instant de la révélation, des mots forts comme l’information, la vérité, l’intérêt public ou ses déclinaisons. Et pourtant, lorsqu’une enquête touche au cœur d’un pouvoir, il existe des conséquences. Elles peuvent être humaines, judiciaires, policières, démocratiques quand tout se passe bien: lorsqu’il est légitime qu’un dysfonctionnement éclairé par les médias finisse par faire bouger quelque chose. Mais à quel moment de l’enquête ou du scoop le glissement s’opère-t-il vers le délatoire, l’imprudence malveillante, l’info partielle ou invérifiée, carrément la rumeur colportée?
Plusieurs affaires récentes ont alimenté ces questionnements. En Suisse romande, l’avocat Charles Poncet, chroniqueur à L’Hebdo, connu pour son goût pour la presse et sa bienveillance envers la provocation, a déposé plainte contre un journal, la Tribune de Genève (lire l'article "Charles Poncet contre la Tribune de Genève", par Gabriel Sigrist). Cela en estimant que le quotidien avait franchi la frontière séparant la charge de l’agression. En France, une émission de télévision, sur TF1, s’est vue accusée d’avoir provoqué descente de police et troubles à Tremblay, en région parisienne, après un reportage sur le deal de drogue qui se pratiquait, au vu et su de tous, dans les entrées d’immeubles.
Dilemme programmé. Sur France 2, le magazine Les infiltrés (lire l'article "Infiltration: Attention, journalistes masqués!", par Michel Audétat), pose la question de l’usage des caméras cachées et du «journalisme d’imposture», destinés à montrer l’immontrable. Enquêtant sur la pédophilie, ses journalistes ont fini par signaler les noms des pédophiles, qu’ils avaient rencontrés sans dire qu’ils étaient reporters, à la police. Pour Claude Torracinta, qui fut l’âme de Temps présent, sur la Télévision suisse romande, la règle déontologique demeure: «Il faut dire qui l’on est. Je trouve gênant d’entrer dans un milieu sans signaler que l’on est journaliste. Avec une caméra cachée, on essaie de filmer ce qu’on ne peut pas filmer. Mais il est souvent aussi possible de faire de la reconstitution. Dans le cas des Infiltrés, il ne fallait pas se mettre dans cette circonstance.»
Pour Daniel Schneidermann, chroniqueur et analyste de l’information télévisuelle, le cas pose aussi question. L’homme d’Arrêt sur images, l’émission fameuse que l’on retrouve désormais sur la Toile (www.arretsurimages.net), souligne: «Partir dans une démarche où l’on sait à l’avance que l’on va se retrouver en complicité objective avec des délinquants ou criminels en puissance, amène dans cette situation. Car le dilemme – dénoncer ou pas – est programmé. Je ne dis pas qu’il ne faut absolument pas le faire: du moment que l’on reste dans le cadre légal, tout peut être légitimé. Mais ce n’est plus du journalisme. Si l’on veut parler de la réalité de la pédophilie, le journalisme permet bien d’autres façons traditionnelles de traiter cette thématique: assister à des procès, rencontrer les spécialistes, voire des pédophiles “guéris”, etc.»
L’infiltration reste cependant un genre journalistique souvent réussi, notamment depuis que le journaliste allemand Günter Wallraff se fit passer pour un travailleur turc dans son livre Ganz unten, en 1985. Ou récemment encore, lorsque Florence Aubenas, reporter au Nouvel Observateur, publie Le quai de Ouistreham où elle raconte sa plongée durant plusieurs mois dans le milieu de la précarité, se retrouvant nettoyeuse sur un ferry vers l’Angleterre. «Il existe une différence essentielle», poursuit Schneidermann. «Florence Aubenas a infiltré un milieu social, pas un milieu délinquant. L’intention de départ n’a rien à voir.»
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
Tags: Journalisme, médias, investigation,
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| Réaction de pseudo-pseudo le 23.04.2010 à 10:49 | | quand on voit l'absence de tout sens critique des médias... quand on voit l'absence de tout sens critique des médias face à des dossiers comme la "pandémie" de grippe porcine, qu'en plus ces mêmes médias se font l'écho des lobbies pharmaceutiques en traitant la majorité de la population refusant le vaccin, de demeurés, comment s'étonner dès lors, que cette même majorité aille chercher l'info sur internet? Je pense qu'aujourd'hui, vous autres journalistes avez perdu toute crédibilité! Nous ne sommes plus dupes! | |
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| Réaction de Scipion le 22.04.2010 à 23:55 | Je ne comprends pas qu'on ose encore parler de journalisme... Je ne comprends pas qu'on ose encore parler de journalisme d'investigation, depuis qu'on sait que ça consiste à attendre le cul dans un fauteuil, entre un verre de Highland Parks et un téléphone, qu'un certain Mark Felt prenne le temps d'appeler. | | |
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| Réaction de quiet please le 22.04.2010 à 19:47 | | Comme pour la TV, trop souvent la recherche du scoop,... Comme pour la TV, trop souvent la recherche du scoop, course à l'audience et au lectorat justifie tous les dérapages. L'exemple de la publication des photos de Kadhafi l'illustre parfaitement et les explications embarrassées du red en chef de la Tdg ne font que renforcer cet état de fait. En effet, prétendre qu'il a effectivement évalué les conséquences sur les otages avant de publier indique soit qu'il est totalement idiot, soit qu'il était plus intéressé à faire parler de son journal que préoccupé par les otages. Aurait-il publié les photos si son fils était l'un des otages? Enfin votre titre " photos de kadhafi, la profession divisée" ne reflète pas la réalité: malgré le réflexe corporatiste d'usage entre journalistes, l'immense majorité des journalistes, dont les plus grandes plumes, ce sont montrés très critiques vis à vis du Rédacteur en chef Pierre Ruetschi, donc la profession est quasiment unanime pour critiquer cette publication, particulièrement si l'on analysait les risques associés pour les otages. Il serait temps que l'éthique et la décence priment sur les aspects économiques et d'audimat. | |  |
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