«Si certains ont été blessés par mes mots, je m’en excuse.» Ces paroles, Christophe Darbellay, président du Parti démocrate-chrétien, les a prononcées lors d’un débat public organisé par la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), la faîtière des juifs traditionalistes. C’était le 13 mai 2010. Fin 2009, le politicien avait en effet remis en cause l’octroi de cimetières aux minorités religieuses. «La sortie de M. Darbellay nous a étonnés. Surtout venant d’un parti comme le sien, habituellement tourné vers le respect des croyances et des libertés», dit poliment Sabine Simkhovitch-Dreyfus, vice-présidente de la FSCI. Mais chez d’autres Juifs suisses, la «sortie» du dirigeant démocrate-chrétien fait toujours hocher les têtes. En signe de désapprobation.
A l’évidence, Christophe Darbellay et sa façon de faire de la politique tel un slalomeur ne sont pas seuls en question. «Depuis deux ans, indique Sabine Simkhovitch-Dreyfus, la situation des libertés religieuses nous préoccupe beaucoup. Il y a eu l’initiative antiminarets, puis la remise en cause des cimetières ou celle de la circoncision par les écologistes. A gauche, comme à droite, il existe une tendance à vouloir faire de la religion un danger et, donc, d’en limiter son exercice. Nous le déplorons. Notre expérience montre que l’on peut très bien être un juif pratiquant et un bon Suisse», conclut cette avocate, également vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme.
La très grande majorité des Juifs suisses sont intégrés à ce pays dont la Constitution fédérale bannit l’abattage rituel, ce qui contraint les israélites pratiquants à importer la viande casher au prix fort. Une interdiction, rappelons-le, imposée après l’approbation de la première initiative populaire par le peuple suisse le 20 août 1893 et lancée sur fond d’antisémitisme. Mais, au reste, les communautés juives de Suisse jouissent d’une reconnaissance officielle. En 1973, Bâle fut la première à obtenir un statut équivalent aux Eglises, financement public inclus. Un statut presque similaire acquis par les israélites vaudois en 2007.
Les Suisses marquent aussi de l’intérêt pour leurs compatriotes juifs, leur histoire et leur culture. Gardien du cimetière juif de Veyrier et historien de cœur, Jean Plançon se passionne pour la communauté du bout du lac depuis quinze ans. «Le premier volume de mon histoire des Juifs de Genève s’est surtout écoulé auprès de non-Juifs», avoue celui qui publiera bientôt un deuxième tome. L’énorme succès du Melnitz de Charles Lewinsky, confirme cet intérêt des deux côtés de la Sarine.
Mais alors qui sont ces Juifs? Doit-on craindre comme s’en attriste Roger Reiss, écrivain juif zurichois installé à Genève, que «je vis le crépuscule, l’effritement d’une identité juive telle que je l’ai vécue»? Qu’est-ce qui a changé dans ces communautés? Et que dire de leurs divisions? L’Hebdo y répond.
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