01 Une présence juive stagnante, des communautés qui se meurent
Combien de Juifs résident en Suisse? Difficile de répondre avec précision, car les statisticiens fédéraux ne publient plus de chiffres depuis le recensement de l’an 2000. Et les communautés juives restent peu au clair sur le sujet. Au mieux, il existe des données en nombre de familles, parfois en termes de membres. Raison du flou? Entre autres, la concurrence que se livrent, comme à Genève ou à Zurich, les communautés israélites traditionaliste et libérale et sur laquelle nous reviendrons. Il arrive en effet que des Juifs passent de l’une à l’autre, ou cotisent aux deux, ou encore papillonnent. Ainsi, pas facile de tenir les registres à jour.
Chose certaine, et contrairement aux élucubrations du café du commerce, la présence juive est faible. En 2000, date de l’ultime décompte fédéral, on notait 17 914 individus de confession juive (0,25% de la population, contre 0,5%, en 1910). Les Juifs, détenteurs du passeport à croix blanche, n’étaient, eux, que 13 138 (0,23%).
En 1970, les Juifs avaient passé la barre des 20 000 âmes. Or, en trente ans, les israélites de Suisse ont vu fondre leur nombre d’environ 2800 personnes, l’équivalent de 15%. Malgré un léger mieux à la fin des années 1990, la tendance semble être depuis à la stagnation.
Rien n’indique que la tendance va s’inverser. Pour la FSCI, la faîtière traditionaliste, il est acquis que la jeunesse se montre de plus en plus indifférente au judaïsme, tandis que les communautés vieillissent. Et la hausse des mariages mixtes inquiète. Sans compter l’aliyah, le retour vers Israël, bien que cela ne concerne qu’une poignée de familles et d’individus par an. En Suisse, le peuple marqué par la Shoah se dépeuple.
Au nord du pays, la communauté israélite de Bâle illustre cette lente érosion. En 1910, les Juifs bâlois représentaient 1,8% des résidents cantonaux, contre 0,7% de nos jours. Mais la chute est aussi symbolique. Au début du XXe siècle, la cité rhénane était la deuxième ville juive du pays, derrière Zurich.
Bâle, c’est la ville où Theodor Herzl appela au premier congrès sioniste en 1897. Un homme qui écrivit: «Si je devais résumer le congrès en un mot: à Bâle, j’ai fondé l’Etat juif.» Sept autres réunions suivirent au bord du Rhin jusqu’à la création de l’Etat d’Israël en 1948, ce projet sioniste relancé à la fin du XIXe siècle, à Bâle justement.
Actuellement, la communauté bâloise décline. De 2004 à 2009, elle a perdu une centaine de membres pour n’en compter plus qu’un millier. Au classement, Zurich reste en tête, mais Genève et Vaud devancent la région bâloise. En 2000, les cantons de l’arc lémanique dépassaient même légèrement Zurich (37% contre 36% des personnes de confession juive en Suisse).
Mais qu’en est-il de nos jours? «On ne dispose que d’impressions. Le constat dominant est que Genève progresse un peu, alors que Zurich et Bâle stagnent ou régressent», affirme Jean Plançon. Ses intuitions, il les cultive grâce à son activité de gardien de cimetière qui lui permettent de rencontrer beaucoup de Juifs genevois, de toutes tendances et origines.
Auprès de la FSCI, on corrobore ces impressions démographiques. «Il est juste que l’on assiste à une concentration de la population juive dans les grandes villes de Suisse, à Zurich et à Genève. D’autres de nos communautés stagnent, voire disparaissent. En Suisse romande, cela a été le cas à Delémont, à Yverdon et, plus récemment, à Montreux-Vevey», explique Sabine Simkhovitch-Dreyfus.
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