En cette année de la biodiversité, elle va être sur tous les fronts. Pas de quoi inquiéter cette femme superactive, habituée à «jongler continuellement avec mille ballons», qui depuis 2007, dirige l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), dont le siège est à Gland.
Jongler. Le terme résume bien la vie de cette Franco-Américaine, née en Hongrie, exilée avec sa famille aux Etats-Unis en 1957 et qui a depuis travaillé aux quatre coins du monde. Après avoir étudié l’histoire et l’écologie, à une époque où cette dernière discipline faisait ricaner la communauté scientifique, elle a entrepris une brillante carrière internationale. Son parcours l’a conduite – entre autres – au Programme des Nations Unies pour l’environnement, à la direction du Conseil international de la science à Paris ou au rectorat de l’Université de la paix au Costa Rica. Scientifique et humaniste, elle n’a cessé de défendre la nature, mais aussi le développement, sans jamais perdre de vue l’importance du «bien-être des êtres humains». Cette femme chaleureuse à l’intelligence pétillante, cette passionnée d’opéra et de sport – elle aime à traverser en été le Léman à la nage – est, de par ses fonctions à la tête de l’UICN, une femme de réseau par excellence. «Le mien est tellement grand que, parfois, j’arrive à m’y rencontrer», note-t-elle avec humour.
SES REFUGES
SA FAMILLE
Lorsque ses fonctions lui en laissent le loisir, elle aime passer du temps avec sa famille, dispersée entre l’Europe et les Etats-Unis. Elle apprécie tout particulièrement la compagnie de ses deux fils et de son petit-fils, âgé de quelques mois. Prenant très au sérieux son rôle de grand-mère, elle souhaite pouvoir transmettre à cet enfant «ses connaissances et sa joie de vivre».
SA MAISON
Située au sud de la France, dans le Languedoc-Roussillon, «La Taillede» est un mas datant du XVe siècle. La nature de tous côtés et, au loin, la vue sur la Méditerranée. «C’est l’un des rares endroits d’Europe où l’où trouve un silence total.»
SES INSPIRATEURS
FRANÇOIS BOURLIÈRE
Lorsque, très jeune, elle a pris la direction du Conseil international de la science, elle s’est retrouvée être «une femme parmi de très nombreux hommes». Certains d’entre eux l’ont soutenue, comme ce «médecin français passionné par l’écologie», qui a présidé l’UICN dans les années 60. C’est en pensant à ce professeur, «qui possédait une grande sagesse et un sens de l’humour incroyable», qu’elle a accepté de diriger à son tour cette ONG.
ABDUS SALAM
Prix Nobel de physique en 1975, le Pakistanais a créé un centre de recherche à Trieste, en Italie, «pour permettre à des scientifiques des pays en développement de venir travailler dans un laboratoire de première classe». Parallèlement, en 1983, il a fondé l’Académie des sciences du tiers-monde (TWAS), afin de valoriser la science des pays en développement qui, «jusque là, n’était pas reconnue».
JOKE WALLER-HUNTER
Cette Néerlandaise était une «femme d’exception» qui a fait une «grande carrière dans la diplomatie environnementale internationale». Première femme directrice de l’environnement à l’OCDE, et ex-responsable de la Convention sur les changements climatiques, «elle a exercé son leadership avec calme, gentillesse, sans jamais se prendre au sérieux.»
MAURICE STRONG
«Nous avons fêté ses 80 ans ici, à Gland, l’été dernier.» Elle ne cache pas son admiration pour ce Canadien qu’elle considère comme «le père du mouvement environnemental». Il a été le secrétaire général de la première Conférence internationale sur l’environnement, à Stockholm en 1972 puis, vingt ans plus tard, de celle de Rio où sont nées les Conventions sur le climat et la biodiversité. «Il a su s’entourer de jeunes intelligents et peu connus et s’est construit un réseau incroyable. Tous ceux qui occupent aujourd’hui des postes clés, y compris moi-même, en faisaient partie.»
SES BÊTES NOIRES
Ego démesurés et individualistes. Elle ne supporte pas «les personnes qui sont tellement hantées par leurs insécurités qu’elles ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs». Celles qui agissent «plus pour valoriser leur ego que pour réaliser une mission». Elle avoue aussi sa «hantise» des individus qui ne savent pas travailler en équipe, «alors que nous ne pouvons pas réaliser seuls les défis qui sont devant nous». Il n’y a rien d’abstrait dans ses propos; des gens de ce genre, elle en connaît; mais en bonne diplomate, elle ne livrera aucun nom.
SES AMIS SCIENTIFIQUES
JAMES DOOGE
Elle a côtoyé ce spécialiste irlandais en hydraulique au Conseil international de la science dont il était alors président. «C’était idéal car il était à la fois un très bon scientifique et un excellent homme politique. Il a su communiquer la science – ce qui est l’une de mes préoccupations – et il a été ministre des Affaires étrangères dans son pays. Une situation assez rare.»
LUC HOFFMANN
Le fondateur et président de la Fondation suisse Mava, qui promeut la protection de la nature, est «passionné par la science et par l’écologie. Il soutient de nombreuses organisations écologiques, notamment en Afrique, et a toujours beaucoup inspiré le travail de l’UICN.» «Ce qui frappe tout de suite chez Mme Marton-Lefèvre, constate Luc Hoffmann, c’est la cordialité de son accueil, l’intérêt qu’elle témoigne d’emblée a votre démarche. Vous n’avez pas besoin d’aller vers elle, elle vient vers vous. Cette spontanéité n’a pu être acquise que par des études approfondies des dossiers compliqués de l’UICN. Elle est donc le fruit d’un long et profond travail.»
ASHOK KHOSLA
Le physicien indien, actuel président de l’UICN, considère que «la préservation des écosystèmes, pour laquelle il lutte depuis cinquante ans, n’a pas de sens si elle ne contribue pas au développement durable et au bien-être des personnes. Je travaille main dans la main avec lui et cela rend ma vie plus sympathique et intéressante.»
RICHARD DARWIN KEYNES
Physiologiste britannique, il est l’arrière-petit-fils du naturaliste anglais et le neveu du célèbre économiste John Keynes. «Un beau pedigree!» C’est avec cet homme qui, lui aussi, «ne s’intéresse pas seulement à sa science, mais également aux problèmes de développement», qu’elle a créé, dans les années 1980-90, le Réseau international des biosciences.
LE MONDE POLITIQUE ET ASSOCIATIF
QU GEPING
Lorsqu’elle dirigeait, à Londres, le programme LEAD de la Fondation Rockefeller destiné à identifier de jeunes leaders de talent, elle a fréquenté nombre de ces derniers qui «occupent maintenant des postes clés dans leurs pays». Y compris en Chine où elle a «eu la chance», en 1992, d’être nommée membre d’un comité chargé de conseiller le gouvernement en matière de développement durable, le China Council. C’est là qu’elle a rencontré Qu Geping (au milieu sur la photo, assis à côté de Maurice Strong). «Père du mouvement environnemental chinois», c’est un homme politique important puisqu’il a notamment été membre du comité du Congrès national du peuple.
MINISTRES DE TOUS PAYS
Elle connaît «dans tous les pays, les ministres ou personnages politiques clés dans le domaine de l’environnement». Elle les rencontre fréquemment lors des réunions du G8 et du G20 et elle les a retrouvés lors de la conférence de Copenhague à laquelle elle a assisté.
CLAUDE MARTIN
Elle considère comme «un ami» cet exdirecteur général du WWF international, qui a d’ailleurs fait partie lui aussi du China Council et avec lequel elle a eu maintes occasions de collaborer puisque son ONG est membre de l’UICN.
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