Mardi 7 décembre, Julian Assange s’est livré à la justice britannique. Sans résistance. Bien décidé à prouver son innocence dans une sordide affaire de mœurs. Mais le fondateur de Wikileaks se méfie. Les Etats-Unis pourraient bien profiter de l’aubaine pour le faire extrader. Et museler leur nouvel ennemi numéro un.
Malgré son nom et son visage presque sans traits, l’Australien de 39 ans n’a rien d’un ange. Et se décrirait plutôt comme le poil à gratter nécessaire à toute démocratie. Depuis 2006, il s’emploie à révéler les secrets d’Etat que l’on nous cache, partisan de la transparence à tout prix.
Même s’il peine à appliquer ce principe à sa propre organisation. Héros ou voyou, Julian Assange divise. Certains médias marchent avec lui, d’autres critiquent ses méthodes. Zorro contemporain, il a pris des allures de messie. Avec tous les excès que cela implique.
Reste que si ses détracteurs sont légion, ses soutiens sont nombreux également. Certes, quelques compagnons de lutte ont pris leurs distances, mais de nouveaux idéalistes les ont remplacés sur le navire. A tel point qu’il ne suffira pas de faire taire Assange pour réduire Wikileaks au silence.
Sa famille
SA MÈRE

Comédienne ambulante plusieurs fois mariée et divorcée, Christine Assange a offert à son fils une enfance digne de Tom Sawyer. Suite à une dispute pour la garde de son second enfant, elle a dû fuir à maintes reprises. A tel point que le petit Julian a changé 37 fois d’école. Reste que c’est grâce à sa mère qu’il a attrapé le virus de l’informatique, lorsqu’elle lui a offert son premier ordinateur, un Commodore 64.
SON FILS

Même s’il n’a plus parlé avec son père depuis plus de 4 ans, Daniel Assange le défend, tant dans son action que face aux accusations de la justice. Le jeune homme de 20 ans s’est même exprimé à l’occasion sur ce père très médiatisé, qu’il décrit comme «très intelligent, mais pouvant s’énerver vite face aux gens qui ne sont pas capables de travailler à son niveau».
Ses relais en Suisse
LE PARTI PIRATE

Dépouillé de son nom de domaine WikiLeaks.org par son fournisseur américain, Julian Assange a trouvé un relais auprès du Parti pirate suisse, qui héberge le site depuis une semaine à l’adresse Wiki-Leaks.ch. Même s’il n’a pas eu de contact direct avec Assange, le parti assure l’Australien de son soutien, par la voix de son président Denis Simonet, «au nom de la liberté d’expression et de la presse».
IIPJDH
Début novembre, Julian Assange a donné une conférence au Club suisse de la presse à Genève, sur invitation de l’Institut international pour la paix, la justice et les droits de l’homme. Une ONG qui aurait des ramifications au Qatar et auprès de personnalités iraniennes proches de l’islam chiite.
BRUNO GIUSSANI
Collaborateur de L’Hebdo, producteur du Forum des 100 et responsable de TED pour l’Europe, le journaliste tessinois a invité Julian Assange à participer à une conférence à Oxford ce printemps, quelques semaines avant la publication des documents sur la guerre en Afghanistan.
Ses alliés
SON ÉQUIPE

Techniciens et éditeurs œuvrent pour le bon fonctionnement de Wikileaks, assurant la maintenance des serveurs et la mise en ligne des documents. Assange peut également compter sur l’Islandais Kristinn Hrafnsson, journaliste free-lance et porte-parole du site depuis 2009.
BIRGITTA JÓNSDÓTTIR

Membre du Parlement islandais depuis avril 2009 – élue pour le parti Movement – Birgitta Jónsdóttir collabore avec Wikileaks tout en militant pour faire de l’Islande un refuge pour la liberté de la presse.
SES AVOCATS

Accusé de viol en Suède et menacé de poursuites par la justice américaine, Julian Assange peut compter sur plusieurs avocats. En tête les Britanniques Mark Stephens et Jennifer Robinson du cabinet Finers Stephens Innocent LLP, ainsi que le Suédois Björn Hurtig.
LA PRESSE INTERNATIONALE
Après avoir fait cavalier seul durant plusieurs années, Wikileaks travaille désormais avec quelques grands médias internationaux. Der Spiegel, The Guardian et The New York Times ont été les premiers à collaborer avec le site, en juin de cette année, rejoints cet automne par Le Monde et El País.
Le partenaire
BRADLEY MANNING

Si Wikileaks n’a jamais confirmé que le soldat américain lui a transmis des documents confidentiels – notamment la vidéo du raid aérien à Bagdad le 12 juillet 2007 – il est actuellement détenu en Virginie et accusé par l’armée américaine d’avoir communiqué des données confidentielles à une source non autorisée.
LE PUBLIC
Wikileaks protège ses sources et les whistleblowers qui l’approchent. Difficile donc de les répertorier avec exactitude. Reste que la force du site réside dans cet anonymat qui lui permet de profiter d’un réseau d’informateurs extrêmement large, puisque chacun peut soumettre des documents qui lui semblent intéressants avant que Wikileaks ne les trie.
Ses détracteurs
DANIEL DOMSCHEIT-BERG

ncien numéro 2 de Wikileaks – il était alors connu sous le nom de Daniel Schmidt – ce hacker de 32 ans a pris ses distances avec Assange cet automne. Selon lui, le site s’est détourné de son objectif d’informer à force de trop prendre parti. Et se heurte à un dangereux paradoxe: plaider pour la transparence sans être transparent luimême.
LA PRESSE
Si plusieurs grands médias collaborent avec Wikileaks, l’action du site divise la presse internationale. Un fossé qui s’est agrandi encore avec la publication de télégrammes diplomatiques fin novembre, amenant de nombreux journalistes à critiquer Julian Assange, dans sa démarche comme dans sa tendance à ne s’attaquer qu’aux Etats-Unis.
AMNESTY INTERNATIONAL
L’ONG a plusieurs fois reproché à Wikileaks de mettre en danger des vies humaines en dévoilant certains noms dans les documents mis à disposition sur son site. Une critique également énoncée par Reporters sans frontières. Amnesty International a toutefois salué les précautions prises par Wikileaks lors de la récente divulgation de télégrammes diplomatiques.
Ses ennemis
LE PENTAGONE

Déclaré «menace pour l ’armée», Wikileaks est dans le viseur du Pentagone depuis plusieurs mois. Ce printemps, un plan pour contrer le site s’était d’ailleurs retrouvé sur… Wikileaks. Depuis les dernières révélations publiées, le Pentagone a mis sur pied une équipe de 120 personnes pour combattre la plateforme créée par Assange.
LES GOUVERNEMENTS
A chaque nouveau document publié sur Wikileaks, la liste des pays critiquant ou menaçant le site s’allonge. Jusqu’au dérapage. Ancien secrétaire du premier ministre canadien, Tom Flanagan a récemment déclaré que Julian Assange devrait être assassiné pour avoir mis en danger la sécurité de plusieurs pays. Avant de se rétracter.
SARAH PALIN

Bien avant ses révélations sur les conflits en Irak et en Afghanistan, Wikileaks s’était illustré en publiant des captures d’écrans des correspondances e-mail de Sarah Palin, alors gouverneur de l’Alaska. Une affaire qui a fait de l’Américaine l’une des plus virulentes adversaires de Wikileaks, avant d’utiliser les dernières actions du site pour critiquer l’administration de Barack Obama.
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