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RÉDEMPTION De retour au Quai d’Orsay, Juppé réapparaît en vedette médiatique et sauveur d’une droite en grande difficulté.
Gerard Julien / AFP

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France
Juppé, encore le meilleur d’entre eux?

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 02.03.2011 à 11:39

Après les tribunaux, après la défaite et l’exil, il fait un retour étonnant dans une Sarkozie aux abois et qui espère en lui un sursaut. Ou un recours.

A quoi reconnaît-on, sous présidence sarkozienne, un ministre tout frais et en vogue? Sans doute à un style de vague franc-parler peu raccord avec la panique ambiante.

Alain Juppé a donc pu se permettre, à l’instant de reprendre cette semaine un Ministère des affaires étrangères qui fait de lui un inédit presque vice-président, un peu de rare tendresse, par les temps qui courent, à l’égard de l’honnie qui le précédait.

Michèle Alliot-Marie, engloutie comme trouffionne bleusaille dans les sables mouvants tunisiens, a donc, a-t-il soupiré, été «prise dans une tourmente, et je suis bien placé pour savoir ce que c’est».

Sagesse nouvelle. Juppé sait, c’est vrai. A 65 ans, il porte toujours en sautoir son aura raidillonne d’ex-premier de classe, mais il veine désormais cette mine des ridules d’une sagesse, de l’ombre violacée de coups bas au corps comme à l’âme.

Juppé aurait déjà pu être mort de deux phrases qui le poursuivent, le précèdent, l’annoncent et l’accompagnent depuis plus de quinze ans.

«Il est le meilleur d’entre nous» fut la première, signée Jacques Chirac. Elle l’adoube au début des années nonante comme un dauphin. Le rôle, alors, lui sied.

Né l’été de la Libération, à Mont-de-Marsan, dans les Landes, ce fils d’une famille de métayers fait l’ENA (l’Ecole nationale d’administration) avant de devenir le collaborateur de Chirac dès 1976. Entre les deux hommes, plus qu’une amitié, une fidélité et un sacrifice.

Qui le conduiront aux basses besognes dans les coulisses de l’Hôtel de Ville, la Mairie de Paris tenue par Chirac, à l’époque où cette dernière sert d’usine à gaz et à emplois fictifs en faveur du parti du futur locataire élyséen.

Juppé demeurera le principal paratonnerre du scandale et sera finalement condamné en 2004 à la prison avec sursis et à un an d’inégilibilité.

La seconde phrase qui a failli faire succomber Alain Juppé date de 1995. L’homme est alors devenu premier ministre du président Chirac. Mais la rue déjà gronde, ça pour une surprise, devant son projet de réforme de la sécurité sociale.

Face à l’ampleur du mouvement, il se dit «droit dans ses bottes» et le mal est fait. Il ne s’arrêtera qu’avec l’aventure assez idiote de la dissolution de l’assemblée par Chirac, en 1997, et la chute du gouvernement Juppé.

Cette dureté de façade, cette tristesse de la grimace, agacement sec, cassant, si sûr de son intelligence, vaudront dès lors railleries éternelles à l’homme qui ne sourit jamais.

En 2004, après sa condamnation, il choisit donc carrément l’exil, devient professeur d’université à Montréal, commence à s’intéresser beaucoup à l’écologie, et visite un peu le Mexique. A Paris, beaucoup pensent sa carrière politique terminée.

Un mois et puis s’en va. Pourtant Juppé revient en France en 2006. Il se porte candidat à la Mairie de Bordeaux, son fief, et gagne dès le premier tour.

Nicolas Sarkozy pressent alors le danger Juppé, sa propension accélérée par l’usage d’internet, à distribuer bons et mauvais points aux ténors de son camp fait lever les sourcils. Elu président, Sarkozy fait de lui le patron d’un ministère mammouth, dit de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durable.

Il y demeure un mois. Aux législatives qui suivent, Alain Juppé perd la Gironde, 49% des voix face à la gauche. Pour le président, la règle de départ était posée: les ministres battus doivent s’en aller.

Juppé s’en va, et l’image est terrible, poursuivi par micros et caméras, ambiance de corrida et de lynchage ricanant. Excédé, il lâche aux journalistes: «Si je pouvais crever, vous seriez contents!» Ça sent de nouveau la mort.

Mais Alain Juppé est décidément dur au mal. Il relit Montesquieu et Montaigne parce qu’il les aime, cultive quelques jardins secrets, la poésie, le vin, l’architecture, publie un nouveau livre, "Je ne mangerai plus de cerises en hiver..." où il raconte les hauts et les bas de sa vie.

La tentation de Venise, en 1993, au temps de l’ascension, avait déjà laissé entrevoir failles, l’idée des doutes et des raisons de continuer. Ses amitiés à gauche (le journaliste Serge July, Michel Rocard avec qui il composa un livre d’entretiens) traduisent une ouverture d’esprit peu en cour dans les palais parisiens.

Replié sur Bordeaux, Juppé s’y déploie, grands travaux sur les bords de la Garonne, laissant affleurer sens de l’humour et proximité populaire que ses amis soulignent, et une patine de vieux médoc. Juppé fait peu à peu savoir qu’il en a marre qu’on le croie si peu sympathique. Au printemps 2008, il fait un triomphe lors de sa réélection à la mairie de Bordeaux.

Sondages dans le rouge. A Paris, la descente aux enfers a commencé pour ceux qui l’avait enterré. Elle culmine aujourd’hui avec 63% des Français qui souhaitent que Nicolas Sarkozy ne se représente pas aux présidentielles de 2012. Les sondages sont les pires qu’ait connus un monarque de la Cinquième République.

Au premier tour, les études le donnent entre 21 et 25% selon l’adversité. Et Marine le Pen, fanfaronnante à 18%, commence à faire craindre un 21 avril 2002 à l’envers: une défaite énorme, laissant le champion socialiste seul face à la fille de Le Pen.

Et si le président y parvient, au second tour, les sondeurs l’annoncent battu largement face à Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Hollande ou Ségolène Royal. Le désamour, augmenté par les impérities maghrébines, est énorme. Est-il rattrapable? Nicolas Sarkozy a toujours pensé que oui. Mais dans son camp, la question est de moins en moins taboue.

Juppé en recours. Dès lors, les solutions de secours se précisent. Jean-François Copé, à la tête de l’UMP, parti présidentiel, est ambitieux. François Fillon, premier ministre éternel, tenait la corde. Elle s’effiloche: il risque d’être entraîné par le fond par Nicolas Sarkozy, dont il dirige le gouvernement depuis quatre ans.

Reste donc Juppé, arrivé via le Ministère de la défense il y a trois mois, et déjà incontournable au point de reprendre le Quai d’Orsay au pied levé. 55% des Français lui font pour l’instant confiance, disent les études. C’est beaucoup, par rapport à ses concurrents.

Alain Juppé est-il donc toujours le meilleur d’entre eux? Est-il encore si droit dans ses bottes? Son épouse confiait il y a quelques temps en riant que, au Québec, il avait acheté des santiags.




Tags: Alain Juppé, France, Sarkozy,

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Réaction de Dietrich13
le 08.03.2011 à 06:24
Complotez les obscurantistes simulateurs! 07/03/1112:58. 21 réactions. Faut-il juger Chirac ?...
 



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