L'Hebdo;
1999-10-28 Elections fédérales Jusqu'où ira-t-il?
Christoph Blocher s'attendait à faire un score honorable aux dernières élections fédérales: ce fut un raz de marée. L'UDC est, depuis dimanche, le premier parti de Suisse en termes de suffrages. Fort de ce triomphe, le Zurichois ne fait plus mystère de sa boulimie.
l Raflera-t-il un second siège au Conseil fédéral?
l Si oui, qu'adviendra-t-il des dossiers chauds de la prochaine législature? Nos scénarios.
l Quels sont les Romands les plus déterminés à résister à la vague blochérienne?
l Christoph Blocher sera-t-il candidat? Notre interview.
Le déclin tragique d'une formule magique
Faire comme si la terre n'avait pas tremblé, comme si de rien n'était comme si, dimanche dernier, l'UDC n'était pas devenue le premier parti de Suisse: surtout ne rien changer à cet Etat qui «exerce même une séduction sur Dieu», comme aime à ironiser l'écrivain Peter Bichsel. C'est l'irrépressible tentation qui saisit ces jours derniers certains stratèges de partis humiliés par leur défaite. Une chose est sûre pourtant, après un séisme pareil, la vie politique ne peut éviter un vrai changement sous peine de se vider de son sens.
Preuve serait en effet établie que le Federal Circus peut prendre les plus fortes décharges sans broncher, qu'un soulèvement ne suffit pas à bouleverser ses tours de piste si bien rodés. Preuve surtout que le système permet à quelques huiles de confisquer le résultat d'un vote populaire en refusant qu'il soit suivi d'effets. Car c'est bien un vote de frustration qui a eu lieu ce week-end, face à la mondialisation, au chômage, à la sécurité intérieure. De ceux auxquels il faut répondre. Sous peine de voir fondre encore si cela est possible le taux de participation. Il y a derrière ces résultats autant de mécontents qui espèrent des changements et aux yeux de qui la politique deviendra, si elle ne l'est pas déjà, une affaire que l'on gère entre soi, loin là-bas du côté de Berne. Sans compter que «si l'on ne tient pas compte de ces frustrations, reconnaissait la radicale genevoise Françoise Saudan dimanche dernier, l'on doit s'attendre à un score encore plus important de l'UDC aux élections fédérales dans quatre ans». Dès lors, que faire?
Légitimité démocratique
Même si beaucoup de politiciens se refusent encore à accepter l'ampleur du score de dimanche, une question se pose d'emblée: un tel raz de marée n'implique-t-il pas, par respect de la légitimité démocratique, de laisser entrer un second conseiller fédéral UDC au gouvernement? «Si on veut honorer l'essence de la formule magique qui est de représenter les grandes forces du pays, il faut mettre deux UDC au gouvernement et virer Adolf Ogi», admet le secrétaire du PS, Jean-François Steiert. Après tout, ne sont-ils pas des milliers de Suisses à avoir accordé leur soutien à l'UDC, à une Suisse fermée, conservatrice et xénophobe à ses heures? Il y aurait là manière de les placer devant leurs responsabilités. «D'aller au bout de la logique», dit l'ancien secrétaire du PDC, Iwan Rickenbacher.
Ce n'est ni pour demain, ni sans doute pour le 15 décembre, car comme le note le président du Parti radical, Franz Steinegger, «il n'y aura pas la majorité pour déloger un PDC qui, de surcroît, vient d'être élu». Chez nombre de démocrates-chrétiens par exemple, on s'oppose farouchement à l'idée de laisser entrer un blochérien au Conseil fédéral au titre que si le parti est devenu le premier du pays en suffrages, il n'en reste pas moins que deux tiers des Suisses n'ont pas voté UDC. Le conseiller national Simon Epiney privilégie un programme de législature à la solution d'un deuxième conseiller fédéral UDC: «Pour cette dernière option, on verra dans quatre ans, mais pour l'instant, l'UDC n'est pas suffisamment ancrée dans toute la Suisse pour prétendre à un tel privilège.»
Mais pour Franz Steinegger en revanche, «il faudra bien que l'on finisse par rétablir la proportionnalité au Conseil fédéral face au score qu'a réalisé l'UDC ce week-end, sutout s'il se confirme dans quatre ans». Iwan Rickenbacher, lui, pense que «la Suisse a toujours fonctionné ainsi en intégrant peu à peu au Conseil fédéral les différentes forces référendaires au fur et à mesure qu'elles apparaissaient». Il est convaincu qu'il faut désormais mettre un second UDC à l'épreuve du pouvoir.
La conduite de l'Etat en serait-elle bouleversée? Voire. Qu'il s'agisse du dossier européen ou du transfert de l'or de la Banque nationale à la Fondation de solidarité, de l'AVS ou du Partenariat pour la paix, le Conseil fédéral a pris ces dernières années la majorité de ses décisions les yeux rivés sur le thermomètre des humeurs de Christoph Blocher. Celui-ci ne disposait alors que d'un coussin de 15% des suffrages. Sûr qu'aujourd'hui crédité de 23% des voix, il ne manquera pas de perturber bien plus encore le jeu confédéral. C'est d'ailleurs en agitant cette menace que l'UDC espère décrocher son second siège. Ainsi la fille spirituelle de Blocher, la conseillère d'Etat zurichoise Rita Fuhrer: «Si on ne nous le donne, nous pratiquerons une politique d'opposition encore plus intense.»
L'épreuve du pouvoir
Pas de demi-mesure. Pour Iwan Rickenbacher, dès lors que l'on décide de faire entrer un second UDC au gouvernement, il s'agira de ne pas lui confier un département «hors du cyclone» comme les Affaires militaires, mais bien de pousser la logique plus loin encore en lui donnant à diriger «le Social ou les Finances». En Suisse, dit-il, «on ne paie que quand on fait partie du pouvoir». Pour lui, tout est affaire de temps: «Qu'un conseiller fédéral UDC se voie contraint de baisser les rentes AVS et l'on verra comment il l'explique à son électorat.» A Zurich, le conseiller d'Etat Christian Huber s'est très vite retrouvé pris en tenaille entre son parti et sa fonction après son arrivée aux Finances en avril dernier. Il a fini par se présenter devant les UDC pour leur lâcher qu'il ne défendrait pas la baisse d'impôt qu'ils espéraient pourtant obtenir par son intermédiaire. «En tant que membre du gouvernement, je respecte le principe de concordance», explique-t-il. Françoise Saudan, elle, en est convaincue: «Si l'équipe gouvernementale en place est suffisamment forte - et l'actuelle l'est tout à fait - elle peut absorber un second UDC. S'il se désolidarise, qu'il parte. Au moins cela aura le mérite de la clarté.»
Mais dès lors, qui choisir pour s'asseoir sur le trône? Christoph Blocher? «Qu'il y aille, qu'il s'y frotte, qu'il entre au Conseil fédéral et qu'il voie ce que cela signifie, lançait Christiane Brunner dimanche soir dernier. Tandis que lui, badin, à quelques centaines de kilomètres de là, s'esclaffait: «Au moins, j'ai une voix pour moi et pas n'importe laquelle.» Mais pour Iwan Rickenbacher, laisser Christoph Blocher accéder au Conseil fédéral, outre qu'il possède le défaut rédhibitoire d'être soupçonné d'accointance avec des révisionnistes, «ce serait aller à Canossa. Une humiliation et une défaite totale. D'ailleurs, en Suisse, on n'a jamais élu de personnalités fortes au Conseil fédéral. On a préféré Kaspar Villiger à Franz Stein-egger par exemple. On choisit des teamplayers, pas des vedettes.»
Blocher, lui-même d'ailleurs, «bien trop malin» note Christiane Brunner, ne semble pas pressé d'y accéder, trop conscient sans doute qu'il gagne plus à rester dans l'opposition. Alors qui? La Zurichoise Rita Fuhrer. Depuis dimanche, la jeune femme prend de l'assurance. Sans s'avancer franchement, elle note qu'elle trouverait le poste «pas mal» et vante à qui veut l'entendre ses qualités de «mère», encore absentes du Conseil fédéral.
«Plutôt élire un Pygmée, voire même un communiste, que de faire entrer un UDC zurichois au gouvernement», c'est, selon le conseiller national UDC Hans Fehr, ce que décidera sans aucun doute le Parlement le 15 décembre prochain. Le séisme de dimanche débouchera donc selon toute vraisemblance sur un de ces scénarios que la Suisse affectionne: le statu quo. A une différence près: la droite va sans doute passer des alliances toujours plus fréquentes avec l'UDC. S'il se refuse à parler de coalition, le président des radicaux reconnaît que des compromis seront sans doute plus «incontournables». Un dossier paiera le prix fort de ce glissement: l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne.
D'ici quatre ans, lors des prochaines élections fédérales, ce ne seront peut-être pas 23% mais 25% ou 30%, ainsi que le prédit Peter Bodenmann, que Blocher se félicitera d'avoir décroché en flattant la grogne des laissés-pour-compte de la politique. Et où le fera-t-il? En Suisse romande, bien sûr, son nouveau terrain de conquête.
Béatrice Schaad Collaboration: Marie Abbet, Catherine Bellini et Titus Plattner
Double variante pour une droite conquérante Scénario 1 Le Conseil fédéral prend un léger virage à droite (Un UDC prend la place d'un PDC) Scénario 2
Le Conseil fédéral prend un grand virage à droite
(Le PSS passe dans l'opposition)
Novembre 1999
L'«idée Blocher» fait son chemin
Constat unanime: la revendication d'un deuxième siège pour l'UDC est légitime. Certains vont même plus loin: «Si on veut respecter l'essence de la formule magique qui est de représenter proportionnellement les forces politiques du pays, il faut mettre deux blochériens au gouvernement et virer Ogi», affirme Jean-François Steiert, secrétaire général du Parti socialiste suisse (PSS). Les ténors zurichois élaborent leur scénario idéal: il faut une femme, fiable politiquement (c'est-à-dire blochérienne pur sucre), avec une expérience de gouvernement. En clair, c'est Rita Fuhrer, chef de la Direction de la police du canton de Zurich, qui tient la corde. Seulement voilà: dans son propre parti, on n'est pas sûr que Rita Fuhrer ait vraiment la trempe nécessaire pour diriger le pays. Déduction: l'UDC zurichoise décide, finalement, de présenter non pas une copie, mais l'original. C'est-à-dire Christoph Blocher en personne. Avec un argument supplémentaire: la perspective de pouvoir neutraliser le tribun populiste en l'expédiant aux affaires pourrait séduire ses adversaires, et cela jusque dans les rangs de la gauche. Le seul autre candidat sérieux est Christoffel Brändli, conseiller aux Etats grison, au bénéfice d'une ligne clairement «droite économique».
Le PDC sait qu'il n'est pas maître du jeu. Etant donné leur volonté d'adhérer à l'Union européenne et leur programme censément favorable à la famille, les démocrates-chrétiens auraient volontiers accepté une coalition de centre gauche avec les socialistes et l'aile «raisonnable» du Parti radical. Vu le manque d'enthousiasme du Grand Vieux Parti, le PDC a dû adopter une attitude défensive: il doit désormais sauver ses deux sièges au Conseil fédéral. Seule tactique possible: plaider pour le statu quo.
Les radicaux décident d'obéir à la froide logique des chiffres: le PDC n'étant plus que le quatrième parti en termes de suffrages, il ne peut plus prétendre à deux sièges sur sept au Conseil fédéral.
Au Parti socialiste, on est divisé. Certains refusent de se salir les mains en favorisant l'arrivée d'un blochérien au gouvernement. D'autres, plus cyniques, voient dans l'affaiblissement du PDC l'occasion pour la gauche de s'arroger une sorte de «monopole du coeur».
14 décembre 1999
Dans les partis, les jeux sont faits
Au Parti radical, grand arbitre du débat, les tensions sont très vives. Les députés romands, à quelques exceptions près, rejettent catégoriquement l'idée de soutenir une candidature blochérienne. Trois arguments: primo, la connotation xénophobe de l'UDC est inacceptable. Secundo, l'élection d'un blochérien renverrait aux calendes grecques les adhésions à l'Union européenne et à l'ONU. Tertio: l'aile dure de l'UDC n'a encore aucun député de ce côté-ci de la Sarine.
La majorité alémanique du Parti radical, peu sensible aux objections romandes, se montre en revanche très réceptive envers les thèses du patronat - le Vorort a clairement salué les «saines options économiques» proposées par l'UDC. De plus, il y a, dans l'air, un deal aussi secret qu'alléchant: Blocher et compagnie offriront un troisième siège aux radicaux si la droite unie boute les socialistes hors du Conseil fédéral. Quant au PDC, il clame son attachement à l'actuelle formule magique; en fait, rassurés de voir maintenus leurs deux sièges gouvernementaux, les démocrates-chrétiens ont choisi leur tactique. Ils laisseront faire...
Les cinq premiers conseillers fédéraux sortants sont réélus. Le couperet tombe avec la non-réélection de Ruth Metzler. La chef du Département fédéral de justice et police n'a certes pas démérité aux yeux de la droite dure; mais elle a le tort d'être... alémanique! Contraints de sacrifier un PDC, les comploteurs ont préféré ne pas vexer les Romands. Pour l'UDC, l'opération peut se révéler juteuse: alors que son potentiel semble à peu près épuisé en Suisse allemande, sa marge de progression de ce côté-ci de la Sarine est énorme. Le rescapé Joseph Deiss est ensuite élu sans problème.
15 décembre 1999
Les ministres valsent
Adolf Ogi et Kaspar Villiger réélus sans anicroche notable, vient le tour de Ruth Dreifuss. Coup de théâtre: la ministre de l'Intérieur n'obtient pas la majorité au premier tour. Palabres, émoi... au 2e tour, Ruth Dreifuss passe la rampe. La droite musclée n'a pas osé «se faire la peau» d'un Romand au Conseil fédéral: elle n'a aucun Romand d'envergure dans sa manche! Le clash survient à l'élection suivante: c'est le Zurichois Moritz Leuenberger qui est blackboulé et remplacé par Christoffel Brändli. Le PS annonce qu'«après le putsch de la droite», il entre dans l'opposition. Ruth Dreifuss démissionne. Les autres élections se déroulent comme prévu par les putschistes: deux radicaux - Pascal Couchepin (réélu) et l'Argovienne Christine Egerszegi (nouvelle) - et les deux démocrates-chrétiens sortants, Ruth Metzler et Joseph Deiss.
Fin décembre 1999
L'UDC ne renonce pas à son initiative pour une élection du Conseil fédéral par le peuple. Emise par Christoph Blocher en 1998 à l'assemblée des délégués à Schaffhouse, l'idée est officiellement reprise par le parti. Ceux qui affirmaient avoir muselé l'UDC blochérienne en sont pour leurs frais.
L'Expo.02 ayant reçu le feu vert du Conseil fédéral, Franz Steinegger a démissionné de la présidence du Parti radical. Au sein du Grand Vieux Parti, c'est la ligne dure qui triomphe avec l'élection du conseiller national schaffhousois Gerold Bührer.
Mi-janvier 2000
Qui succédera à Franz Steinegger?
Histoire de redorer un peu son blason social et renforcer son assise romande, le PRD choisit un duo centriste: c'est la Biennoise Christine Beerli, actuelle chef du groupe, qui devient présidente du parti avec, à ses côtés, le Vaudois Charles Favre comme vice-président.
Après des tractations de marchand de tapis, le Conseil fédéral reste divisé. Ruth Dreifuss agace ses collègues de droite: en réponse à l'initiative socialiste, elle veut un contre-projet où les primes dépendraient du revenu. On aboutit à une solution minimaliste: une simple révision de la Lamal avec légère prise en compte du salaire pour le calcul des franchises.
Printemps 2000
LAMal, le tournant décisif
Le collège gouvernemental abandonne l'idée d'un contre-projet à l'initiative de la gauche. Il propose des coupes claires dans les prestations remboursées par l'assurance de base. La franchise minimale est augmentée. Toutefois, l'UDC n'arrive pas à faire passer la suppression de l'assurance obligatoire. Pour les partisans d'une politique sociale de la santé, l'initiative du PS est désormais la seule voie possible.
Malgré le non aux taxes écologiques, le Conseil fédéral met en chantier le nouveau régime financier de la Confédéra-tion. On allège l'impôt fédéral direct pour les familles, et on ne touche pas, pour l'instant, à la TVA (exception faite du financement des assurances sociales et d'une très hypothétique adhésion à l'Union européenne). En revanche, en dépit de l'opposition de l'UDC, il relance l'idée de taxer l'énergie pour alléger les prélèvements sur les salaires.
Fin 2000
Haro sur les impôts
Dopé par le rejet de trois projets de nouvelles taxes écologiques, le gouvernement de droite entame son plat de résistance: la baisse des impôts. Dans le cadre du nouveau régime financier de la Confédération, il propose une forte diminution linéaire de l'impôt fédéral direct sans augmentation immédiate de la TVA ainsi que l'abandon de toute fiscalité énergétique.
Décembre 2000
Ogi s'en va
Au terme de son année de présidence, Adolf Ogi annonce sa démission. L'UDC veut renforcer son aile dure au Conseil fédéral et présente un nouveau candidat. Mais le Parlement choisit un modéré, le conseiller aux Etats bernois Samuel Schmid ou la maire de Thoune Ursula Haller.
Malgré les velléités de l'UDC et de Pascal Couchepin, on ne touche pas à la Poste, mais la Confédération abandonne complètement ses participations à Swisscom. L'ouverture du marché de l'électricité se poursuit à un rythme modéré, entre six et dix ans, avec des plans sociaux à la clé. La tout helvétique paix du travail survit tant bien que mal.
2001-2003
On privatise à tout crin
Pascal Couchepin trouve des alliés pour privatiser les services financiers de la Poste, abandonner la majorité des actions détenues par la Confédération chez Swisscom, ainsi que pour accélérer l'ouverture du marché de l'électricité à grande vitesse, soit dans les trois à quatre ans. Dans l'opposition, la gauche fustige la politique antisociale des privatisateurs néo-libéraux. Grèves et manifestations monstres orchestrées par l'USS et le Parti socialiste.
2003
Valable pour les deux scénarios: à l'approche des élections fédérales, le traitement de l'initiative qui veut museler le Parlement - déposée en 2000 par la Lega et l'UDC - permet aux troupes blochériennes de réchauffer la soupe qui les avait fait gagner en 1999. En clair: sus aux députés bavards et suffisants qui tardent à concrétiser la volonté du peuple!
Compromis dans une politique menée largement par la droite au Conseil fédéral, les socialistes sortent meurtris de quatre ans passés à louvoyer entre gouvernement et opposition. L'UDC, quant à elle, repart au combat comme en 1999. Quant aux radicaux et aux démocrates-chrétiens, c'est federal business as usual: «On décidera après les élections...»
Octobre 2003
Le retour du PSS?
L'UDC, tout auréolée de ce qu'elle appelle le succès d'«une juste politique économique», con-solide ses acquis, mais elle progresse beaucoup moins qu'en 1999: elle a perdu son côté frondeur. En revanche, les socialistes sortent renforcés de leur politique d'opposition et récoltent près de 30% des voix; le PS redevient, de loin, le premier parti suisse.
Printemps 2000
Lancée en juin 1999, l'initiative intitulée «Pour des votations en six mois sans intervention du Conseil fédéral et du Parlement» frisait déjà le cap des 100 000 signatures en décembre 1999. Après une mobilisation sans précédent de leurs troupes, l'UDC et la Lega dei Ticinesi ébranlent le monde politique au printemps 2000: ils déposent leur initiative avec plus de 200 000 signatures à la clé! But de la manoeuvre: soumettre les initiatives populaires sans permettre aux autorités fédérales de donner leur avis. Au moment du lancement, le Conseil fédéral avait souligné que le projet «pousse la démocratie directe jusqu'à l'absurde».
Le peuple dit oui aux bilatérales. Le soir même, l'UDC réclame un moratoire: plus question d'évoquer une adhésion à l'Union européenne avant la fin de la législature! Clash au Con-seil fédéral. Partisans de l'adhésion, les deux socialistes et la démocrate-chrétienne Ruth Metzler s'opposent aux deux UDC et aux deux radicaux. Ces derniers recyclent les déclarations de Pascal Couchepin d'octobre 1999: le «moratoire de fait» devient réalité. Pendant ce temps, le Parlement s'enlise dans l'élaboration d'un contre-projet direct à l'initiative «Oui à l'Europe»; le vote n'aura pas lieu avant 2003.
22 mai 2000
Oui aux bilatérales, halte à l'Europe!
La demande de moratoire formulée par l'UDC provoque une discussion animée au Conseil fédéral. Le PDC, minorisé, ne parvient pas à sauver les meubles: le collège décide de ne plus parler d'Europe. Dans l'opposition, les socialistes déclenchent une campagne massive dans la perspective du vote, programmé pour 2001, sur l'initiative «Oui à l'Europe». Le débat européen se rallume en Suisse.
Au Conseil fédéral, les socialistes font pression pour que les 65 000 Kosovars admis en 1999 soient renvoyés dans la dignité et sans précipitation. Mais le PS ne parvient pas à empêcher un raidissement de la politique face aux «faux réfugiés» et aux «requérants criminels». L'UDC n'est pas satisfaite non plus: elle le fait savoir en déposant son initiative contre les abus en matière d'asile.
Juin 2000
Asile, toujours plus dur
Le renvoi des Kosovars est mené tambour battant. Dans la foulée, les trois partis de droite s'entendent pour durcir encore la répression des abus en matière d'asile. On rogne une nouvelle fois sur les montants alloués aux réfugiés, ce qui braque les cantons. Impuissante à influer sur le cours juridique des choses, la gauche opte pour la résistance civile (hébergement de réfugiés refoulés, grève du zèle dans l'administration).
Orage au Con-seil fédéral: les ministres ont des positions diamétralement opposées. Après d'âpres discussions, la con-sommation de chanvre est dépénalisée, mais pas légalisée; en revanche, le gouvernement décide, à une courte majorité, de continuer à punir la consommation des drogues dures.
Septembre 2000
Le pétard mouillé
Avec deux UDC au Conseil fédéral, la légalisation du chan-vre est impossible. On renforce la politique de répression. La prescription d'héroïne est confinée au strict minimum. La gauche proteste, mais l'échec, en 1998, de l'initiative Droleg, l'empêche de revenir à la charge en faveur d'une politique plus libérale en matière de drogue.
Elections fédérales
Les trois surprises de l'UDC
Plus urbaine, plus romande, triomphant dans des zones supposées pro-européennes, la formation de Blocher n'est plus ce qu'on croyait. Portrait-robot en trois temps.
Urbaine
Yves Christen, syndic de Vevey, n'en revient pas encore. Dans sa ville, l'UDC vient de réaliser un score électoral historique en dépassant pour la première fois la barre des 8%. Et ce n'est pas la présence sur la liste d'un commerçant de la région qui explique pareille explosion. «Ici, leur campagne s'est résumée aux affiches et à une seule apparition d'un de leurs représentants venu lancer quelques slogans anti-étrangers lourdement approuvés par la frange la plus âgée du public.» A part ça, rien. A Fribourg-ville, ce fut même moins que rien. «Figurez-vous que dans le chef-lieu, nous n'avons pas de section», explique le vice-président cantonal Walter Fröh- lich. Cela n'a pas empêché le parti d'accaparer près de 10% des suffrages, six fois plus qu'il y a quatre ans. C'est ce qu'Yves Christen appelle l'«effet marque». En Suisse romande, les électeurs n'ont pas «acheté» la section locale ou cantonale mais bien le produit national, blochérien pur sucre, vendu via les médias. Sinon comment expliquer qu'à Lausanne, où l'UDC a une existence politique littéralement fantomatique, le parti accapare plus de 40 000 suffrages contre 140 000 au PS, maître de la ville depuis dix ans? Le phénomène rend du coup particulièrement absconses les prudes contorsions de certaines sections romandes, comme celle du canton de Vaud, sur leur taux relatif de «blochérisme». Ailleurs, on n'en est plus là. «Nous sommes totalement sur la ligne de l'UDC suisse majoritaire, admet Walter Fröhlich: à droite mais pas à l'extrême droite.»
A Fribourg, comme dans le canton de Vaud, où l'UDC était traditionnellement un parti paysan, les résultats du 24 octobre confirment une tendance déjà ancienne: le parti a élargi son électorat très au-delà de cette clientèle, accaparant désormais des déçus de la droite traditionnelle, petits artisans, commerçants, employés, jadis bataillons ordinaires du radicalisme tendance PME. En Valais, analyse le député radical Adolphe Ribordy, «la frange la plus à droite de notre électorat n'a au fond ni compris ni digéré notre alliance cantonale avec les socialistes; pour eux, c'est comme si nous avions dîné avec le Diable». Désorienté, cet électorat a donc choisi l'incartade, «d'autant plus surprenante en Valais où la fidélité politique n'est pas un vain mot, surtout chez les minoritaires», analyse Adolphe Ribordy. Le PDC aussi a ses infidèles: à Monthey, le candidat UDC Roger Morisod n'est autre que l'ancien directeur de campagne de Fernand Mariétan, président démocrate-chrétien de la ville, finalement élu. Mais le meurtre du père était presque parfait.
Vevey, Monthey, Fribourg et même Vernier dans la banlieue de Genève (11%): la poussée UDC la plus visible a eu lieu dans les petites villes ou leurs environs, là où habite aussi une nouvelle classe moyenne fragilisée par la crise et qui, comme dit Adolphe Ribordy, «est la plus sollicitée par la fiscalité». Rien là au fond de très étonnant. En Suisse alémanique, c'est aussi de ces banlieues «villas jumelles» et gardées la nuit par des vigiles privés que depuis quelques années le parti de Chrsitoph Blocher a lancé son offensive et obtenu ses premiers succès. Auteur d'un «Temps présent» sur l'UDC, Daniel Monnat confirme: «Outre-Sarine, le profil type de l'électeur UDC, c'est un employé modèle qui trime dur ou un petit artisan qui ne compte pas son temps pour son entreprise, habite une villa proprette, fier de son beau pays et qui a le sentiment que les réfugiés l'ont trompé en se muant en profiteurs de la générosité suisse.»
Dans son cabinet bardé de diplômes au centre-ville de Bâle, Jean Henri Dunant ne se lasse pas de raconter ce glorieux 24 octobre: 14% des suffrages et un siège au Conseil national. Pour cette UDC partie d'un petit comité de six personnes en automne 1998, quel triomphe! A 65 ans, ce médecin et colonel à l'armée se recycle dans l'urgence en politique.
Jean Henri Dunant, ce n'est pas précisément l'esprit de Genève exporté sur les bords du Rhin, malgré un lien de parenté éloigné avec le fondateur de la Croix-Rouge. Lui et son parti ont simplement réussi à capter les craintes des petites gens. «Nous avons su répondre aux peurs de la population. Certains quartiers sont surpeuplés d'étrangers à Bâle, par exemple ceux de Matthäus et de Pestalozzi. Combien de gens se sont plaints qu'ils étaient les dernières personnes à parler l'allemand dans leur immeuble!»
«Jamais je n'aurais cru qu'un personnage comme Blocher pût parler aux Bâlois», s'étonne l'écrivain Hansjörg Schneider. Certes, ce canton-ville compte 27,5 % d'étrangers (contre 42% en ville de Genève), il a pourtant toujours été un modèle de région transfrontalière, la fameuse «Regio basiliensis». Ici, l'abonnement écologique aux transports publics est valable à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne, mais pas à Zurich.
A Bâle, on avait fini par oublier qu'une frontière est d'abord une marque de fermeture et qu'en Alsace voisine, le Front national fait l'un de ses meilleurs scores en France. Les partis au pouvoir ont beau multiplier les discours européens, la libre circulation des personnes qu'introduisent les accords bilatéraux avec l'Union européenne fait peur.
Ces craintes se sont exprimées dans le Jura, où l'UDC a raflé 7% des suffrages aux libéraux-radicaux, notamment en Ajoie. Chaque jour, le secrétaire de la FTMH Jean-Claude Prince se bat contre des abus en matière de dumping salarial. Et il se désespère de ce terrible cercle vicieux. «Ce sont les petits patrons idéologiquement proches de l'UDC qui imposent des salaires très bas, lesquels suscitent des peurs qui font le lit de l'UDC.»
Au Tessin, l'UDC ne semblait pas en mesure de percer, tant la Lega occupe le terrain à l'extrême droite de l'échiquier politique. Là aussi pourtant, un vent de blochérisme a soufflé. En jouant sur le thème de l'insécurité due aux ressortissants étrangers, l'UDC a décroché 5,3% (+ 3,2%) des suffrages, permettant à la Lega (17,7%) de retrouver un second siège au Conseil national. «Même au Tessin, Christoph Blocher a réussi à ne pas être perçu comme un Alémanique», remarque le rédacteur en chef de «La Regione», Matteo Caratti.
Dimanche 24 octobre, au coeur du Niederdorf zurichois. Le temps d'une journée électorale, le Zunfthaus zur Schmide, siège de l'une des plus anciennes corporations de la ville, celle des forgerons, accueille le quartier général de l'UDC. Il est 14 heures tapantes et déjà les premiers partisans prennent place à une table, juste devant les écrans de télévision. Ils sont ponctuels - l'invitation précisait dès 14 heures - et ils sont surtout très jeunes. Nicole et Nadja ont 20 ans, Marcel et Stefan 17 ans à peine. Comme une partie de leurs copains, ils sont membres des Jeunesses UDC et plutôt fiers de l'être. Qu'ils soient apprentis électro-monteurs ou étudiants, la politique les passionne, parce que, disent-ils, c'est leur avenir qui s'y décide. N'était le programme politique, on croirait des enragés de 68. En rigolant, Marcel précise: «Et pourtant ce n'est pas de famille. Ma mère n'a jamais voté et mon père se trompe: il vote PS!» Pour faire honneur à leur parti, ils sont vêtus avec élégance, un rien Bahnhofstrasse: les filles en tailleur, les garçons en costume sombre et cravate. Seul un pin's à l'emblème du soleil - le logo de l'UDC zurichoise - signale leur appartenance. A 17 h 40, dès l'annonce des résultats genevois, ils seront les premiers à se lever pour trinquer à la victoire. Vieux, l'électorat de Christoph Blocher? Un cliché qu'il faut définitivement réviser. Les frais minois qui, au fil de la journée, ne cesseront d'arriver au Zunfthaus zur Schmide sont là pour en témoigner. «J'ai vu des militants heureux de l'être», explique Daniel Monnat.
Mark Kuster, le président suisse des Jeunes UDC et candidat malheureux au Conseil national, s'avoue lui-même surpris de cet engouement: «En quatre ans, nous avons doublé le nombre d'adhérents. Aujourd'hui, nous sommes 1500 et les inscriptions ne cessent d'affluer.» Le profil de ces politiciens en herbe? «De plus en plus de jeunes citadins, tout ce qu'il y a de moderne.» Modernes certes, mais aussi conservateurs. Imprégnés de culture américaine, on leur serine depuis dix ans que pour s'en sortir, il ne faut compter que sur soi. Ces individualistes, guéris des grands systèmes, trouvent chez Blocher, le milliardaire qui s'est fait tout seul, l'écho de cette leçon de vie. Ils n'ont plus honte non plus de ce qu'on pourrait appeler la ringardise: la ravissante Mélanie, pull moulant noir, minijupe grise et cheveux blonds attachés en chignon, affirme qu'elle est contre l'égalité entre hommes et femmes. Et cette écolière de 17 ans n'a qu'un rêve: devenir mère au foyer.
Ces électeurs UDC d'un genre nouveau se disent évidemment préoccupés par la question de l'asile et celle de l'adhésion à l'Union européenne, mais aussi - on croit rêver - par les questions budgétaires. Jusqu'à se pencher avec gravité sur l'état des finances cantonales et fédérales. «Ces montagnes de dettes, cela hypothèque notre avenir», explique, très sérieux, un jeune militant.
Les questions économiques ne les laissent pas danvantage indifférents: lors de la campagne électorale, une école de commerce zurichoise a organisé, pendant une semaine, des podiums contradictoires avec des politiciens de tous bords, de Mario Fehr (PS) à Rosemarie Zapfl (PDC) en passant par Mauro Tuena (UDC), suivis chaque jour par plus de 250 élèves. A la fin de chaque table ronde, ceux-ci ont pu se prononcer pour le parti qui avait réussi à les convaincre. Le résultat de la semaine: 27,73% des étudiants votaient UDC, 25,86% pour les socialistes et 21,3% pour les radicaux.
Comme l'explique Gregor A. Rutz, assistant à la Faculté de droit de l'Université de Fribourg et candidat non élu au Conseil national: «Il y a clairement un nouveau trend. Notre parti attire de plus en plus d'universitaires et de jeunes entrepreneurs qui souhaitent une véritable économie libérale et qui ne se sentent plus représentés par les radicaux.»
A la sortie du Zunfthaus zur Schmide, ce dimanche 24 octobre, trois jeunes discutent élections. Une rencontre due au hasard, eux n'étaient pas de la fête. René, bottes de cow-boy rouge et noir, n'est pas membre d'un parti, juste inscrit à l'ASIN depuis un an et demi. Il a voté UDC et Démocrates suisses, parce qu'il est contre l'UE et contre les bilatérales. Son copain Jawier, espagnol naturalisé, renchérit: «L'UE, c'est de la merde. Et quand je vois comment certains étrangers osent se comporter ici, c'est un scandale.» Au dos de sa veste en jeans, Jawier arbore un drapeau de la Confédération. Comme ont dit désormais à l'UDC, le patriotisme, c'est «in».
Marie Abbet, Michel Guillaume, Michel Zendali
Élections fédérales
Le nouveau visage du Parlement
L'UDC prend ses aises
A droite de l'échiquier politique du Conseil national, l'UDC (vert foncé) prend des sièges du côté de l'extrême droite (violet), mais profite aussi de l'affaiblissement des petits partis de droite - ADI/PEP (rose), PLS(jaune). Cette tendance aurait pu s'amorcer en 1991; mais on y avait connu une poussée de l'extrême droite (15 sièges). La véritable amorce a donc eu lieu en 1995 (+4 sièges), et la poussée décisive dimanche dernier (+15 sièges).
La progression des femmes ralentit
La proportion de femmes au Conseil national s'élève aujourd'hui à 23%; en 1995, elle atteignait 21,5%, et à la fin de la législature, elle était de 24% (trois femmes avaient alors remplacé trois sortants masculins). Mais elle varie énormément selon les partis. Premier de classe, les Verts qui comptent six femmes sur dix élus. Vient ensuite le Parti socialiste avec 39% de femmes, puis les démocrates-chrétiens et les radicaux avec un peu plus d'un cinquième de femmes dans leur groupe.
Source : NZZ
Les entrepreneurs entrent en force
La race des juristes a de longue date pris ses aises au Parlement. Cette année ne dément pas la tradition. Bien qu'en légère baisse, les professions du droit restent largement dominantes au Conseil national. On ne compte pas moins de 42 avocats, notaires ou juristes, contre 46 en 1995. Fait notoire cette année, les entrepreneurs, commerçants et autres dirigeants d'entreprise (massivement représentés chez les radicaux) ont fait un bond important et entrent en force, passant de 24 à 35. Les agriculteurs? Ils ont repris eux aussi du poil de la bête -normal puisque qu'ils sont essentiellement regrouppés au sein de l'UDC - avec 25 représentants (+4). Les enseignants et les scientifiques désertent par contre la Coupole, passant de 34 à 21. Tout comme les politiciens qui cumulent les casquettes de conseiller d'Etat et de parlementaire: ils constituent cette année une race en voie de disparition puisqu'ils ne sont plus guère que 3 dans l'hémicycle.
Source : ATS
Les Romands
du National
Extrême gauche
GE Jean Spielmann (PdT)
VD Josef Zisyadis (POP)
GE Christian Grobet (Sol)
Groupe socialiste
FR Liliane Chappuis
FR Erwin Jutzet
GE Liliane Maury Pasquier
GE Jean-Nils de Dardel
JU Jean-Claude Rennwald
NE Valérie Garbani
NE Didier Berberat
VD Marlyse Dormond
VD Michel Béguelin
VD Pierre-Yves Maillard
VD Jean Jacques Schwaab
VD Pierre Chiffelle
VS Peter Jossen-Zinsstag
VS Stéphane Rossini
Groupe vert
GE Patrice Mugny
LU Cécile Bühlmann
NE Fernand Cuche
VD A.-Catherine Ménétrey Savary
FR Hugo Fasel (PCS)
Groupe PDC
FR Thérèse Meyer-Kaelin
FR Hubert Lauper
GE Jean-Philippe Maitre
GE Jean-Claude Vaudroz
JU François Lachat
VD Jacques Neirynck
VS Jean-Michel Cina
VS Odilo Schmid
VS Maurice Chevrier
VS Fernand Mariétan
Groupe radical
FR Jean-Paul Glasson
GE John Dupraz
GE Madeleine Bernasconi
NE Claude Frey
VD Christiane Langenberger
VD Charles Favre
VD Yves Christen
VD Marcel Sandoz
VD Yves Guisan
VS Charles-Albert Antille
Groupe libéral
GE Jacques-Simon Eggly
GE Barbara Polla
NE Rémy Scheurer
VD Serge Beck
VD Claude Ruey
Groupe UDC
BE Walter Schmied
VD André Bugnon
VD Jean Fattebert
Les Romands
des Etats
(élus au premier tour)
Groupe socialiste
GE Christiane Brunner
JU Pierre-Alain Gentil
Groupe PDC
FR Anton Cottier
JU Pierre Paupe
Groupe radical
BE Samuel Schmid
FR Jean-Claude Cornu
VD C. Langenberger
GE Françoise Saudan
Elections fédérales
Ils se sont juré de résister à Blocher
Ils sont forts en gueule, à l'image de Patrice Mugny, incomparablement charismatiques tel Fernand Cuche ou prompts à ferrailler comme Françoise Saudan: dans le prochain Parlement Christoph Blocher devra se colleter avec de fortes têtes.
Hugo Fasel
(CS/FR)
Compétence plébiscitée
Serviteur modeste de la chose publique, Hugo Fasel (44 ans), du Parti chrétien-social, est pourtant obligé de l'admettre: son élection, la troisième, fut triomphale! Avec 18217 suffrages, il devance à Fribourg toutes les pointures du PDC et du PS. Hugo Fasel plébiscité, cela voudrait-il dire que le peuple récompense la compétence? Car Hugo Fasel fut élu meilleur conseiller national par le «Beobachter», magazine des consommateurs alémaniques. Président de la Confédération des syndicats chrétiens, Hugo Fasel, qui lança une initiative parlementaire pour une caisse maladie unique, se bat pour une Suisse sociale et ouverte. Il s'attend aujourd'hui à une législature plus dure, plus agressive que celles qu'il vient de traverser: «Sur les questions de la fiscalité, des assurances sociales, de la politique salariale, de l'écologie, il faudra se montrer plus combatif pour contrer l'UDC.» Une UDC qui devrait, selon lui, quitter l'exécutif national: «Du moment que l'UDC n'a plus aucun point commun avec la politique du Conseil fédéral, elle n'a plus rien à faire au gouvernement.»
J. A. Liliane Chappuis
(PS/FR)
L'engagement d'une vie
Ce fameux sixième siège volant, volage et volatil est revenu pour cette fois à la socialiste Liliane Chappuis (44 ans). Elle l'a ravi de haute lutte à quelqu'un qu'elle considère comme «tragiquement nul»: Elisabeth Leu-Lehmann, députée UDC et présidente du Grand Conseil, que les pointages donnèrent longtemps en tête. Conseillère communale, députée depuis 1990, syndique de Corpataux-Magnedens depuis 1996, présidente du Parti socialiste fribourgeois depuis décembre 1996, Liliane Chappuis refuse à l'UDC toute prétention nationale: «Un parti qui ne compte que deux élus en Suisse romande ne peut pas prétendre à une dimension nationale. Il y a déjà un représentant de l'UDC au Conseil fédéral, c'est suffisant.» A 15 ans, Liliane Chappuis militait pour la cause tiers-mondiste; à 20 ans, elle adhérait au Parti: le socialisme est chez elle l'engagement d'une vie. Aujourd'hui, elle vient d'éviter «un cauchemar» au canton de Fribourg: «La seule idée que l'UDC fribourgeoise ait pu retrouver un siège à Berne me fait frémir.»
J. A. Patrice Mugny
(Vert/GE)
Le fort en gueule
«Un parti dont le discours confine au fascisme n'a pas sa place au gouvernement.» Qu'importe pour Patrice Mugny si l'UDC est devenue le premier parti du pays en pourcentage: ses prises de position xénophobes le bannissent d'emblée du Conseil fédéral. Avec l'arrivée au National de ce fort en gueule, Christoph Blocher est sûr de trouver un adversaire infatigable. Ancien rédacteur en chef du «Courrier», chantre de la cause des requérants d'asile et plus largement des laissés-pour-compte de la mondialisation, Patrice Mugny entend bien dénoncer un peu plus fort encore qu'il ne le faisait dans les colonnes de son journal les effets délétères de la globalisation et l'égoïsme forcené des «millionnaires du genre de Blocher». Pour lui, certaines choses sont trop peu dites à Berne, notamment que les requérants d'asile ne sont pas tous des profiteurs. «A force de laisser le terrain libre sur ce thème-là, la droite s'est faite complice de l'UDC.» Et de conclure: «J'aurai l'air d'un petit nain en m'opposant seul ou pres-que au tribun zurichois? Qu'à cela ne tienne, répond-il, parfois les nains ont leur utilité.»
B. S.
Françoise Saudan
PRD/GE
L'infatigable bucheuse
Pas franchement tentant, mais sans doute la moins mauvaise solution: intégrer Chris- toph Blocher au Conseil fédéral est le meilleur moyen de limiter son influence, selon Françoise Saudan. «Impossible dès lors pour lui de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement quand ça lui chante. Il devra travailler avec les autres. S'il s'avère qu'il n'en est pas capable, qu'il parte.» Reste à savoir au détriment de qui il faudrait laisser le loup entrer dans la bergerie. «Ceux qui sont en place n'ont pas démérité», estime-t-elle. Avec cette acharnée des assurances sociales, qui connaît jusqu'à la moindre virgule les textes de l'AVS, Blocher qui commence à s'intéresser de près à ces thèmes aura fort à faire. Mais Françoise Saudan reconnaît toutefois que: «Durant cette campagne il nous a pris de vitesse en posant les bonnes questions sur l'asile notamment. A nous de trouver aujourd'hui les bonnes réponses.» La radicale croit en une plate-forme commune des partis gouvernementaux. Utopique? «La politique balance toujours entre le mythe et l'utopie. Alors admettons que le mythe, c'est Blocher, et que l'utopie, c'est que l'on peut dépasser nos différences.»
B. S.
On n'apprend pas à un séparatiste jurassien le sens du mot «résistance». C'est une notion qu'il a dans ses gènes, dût-elle s'accompagner de sacrifices. Jean-Claude Rennwald ne veut exclure aucun scénario après le raz-de-marée de l'UDC. Surtout pas celui de la sortie des socialistes avec fracas du gouvernement.
«Nous devons poser certaines conditions au PDC et au Parti radical pour composer une coalition de gouvernement: une relance rapide de la demande d'adhésion à l'Union européenne et la garantie du financement d'une retraite flexible par exemple. Si ces conditions ne sont pas remplies, autant quitter le gouvernement», tranche-t-il sans cacher son embarras.
Jean-Claude Rennwald ne voit pas son parti travailler dans un exécutif composé de deux démocrates du centre. Si c'était le cas: «Nous devrions accepter les compromis du compromis. Notre politique ne serait plus compréhensible par la base, celle dont nous ne nous sommes pas coupés dans le Jura.» Et de cela, pas question.
M. G.
Philippe Receveur
PDC/Jura
L'anti-Suisse
Il est jeune (37 ans) et déjà brillant rhétoricien, ambitieux et encore frondeur. Philippe Receveur, l'actuel secrétaire général du PDC jurassien, a failli brûler la politesse - il s'en est fallu de 90 voix - au sortant Pierre Paupe dans la course au Conseil des Etats, mais il devrait lui succéder en cours de législature. Il se dit prêt à enterrer la formule magique et prône une coalition de gouvernement PS-PDC-radicaux. Le meilleur moyen selon lui de reléguer l'UDC dans l'opposition.
«Ayons le courage d'être moins suisses», s'exclame Philippe Receveur. Ce pays est malade de ses certitudes inébranlables qui ne peuvent remplacer de vraies idées. Celui que d'aucuns voient déjà ministre dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas dans son parti, du moins en Suisse romande. «Une telle coalition aurait le mérite d'obliger ses membres à une politique cohérente après s'être mis d'accord sur une plate-forme de gouvernement. Il faut oser prendre ce pari, même s'il comporte le risque de voir l'UDC multiplier les référendums.»
M. G.
Michèle Berger-Wildhaber
PRD/NE
L'avocate de la famille
En ballottage favorable pour le Conseil des Etats, l'ex-présidente du Grand Conseil, si elle est élue le 7 novembre, entend défendre à Berne contre Blocher une vision volontariste pour répondre aux craintes explicites - requérants d'asile, ouverture à l'Europe - qu'implique la foudroyante progression de l'UDC: «Bien sûr que ce phénomène est effrayant dans l'instant; mais il tient essentiellement à la personnalité de Christoph Blocher. Lorsqu'il sera parti, l'UDC retombera.» Cela dit, les angoisses des citoyens devront être «prises en compte, mais il est exclu d'intégrer des pans entiers du programme de l'UDC». En clair, si le grand vainquer des élections entend démanteler le filet social il trouvera sur sa route celle qui s'est profilée dans son canton comme l'avocate acharnée des familles. Le 15 décembre prochain, si elle siège à la Chambre des cantons, Michèle Berger votera pour le statu quo au Conseil fédéral: un siège et un seul pour l'UDC. «Même si aujourd'hui le parti de Blocher est le premier du pays, l'UDC est une mode... et il ne faut pas céder aux modes!»
P.-A. Jo Fernand Cuche
Verts/NE
L'antidote au fatalisme
Il aurait pu continuer à briguer un siège au Conseil des Etats; il se concentrera sur son mandat au Conseil national. Elu à la Chambre du peuple avec un score spectaculaire, le secrétaire de la remuante Union des producteurs suisses a focalisé sur sa personne et son style très chatoyant le vote compact des paysans, lassés par les discours fatalistes des radicaux et des libéraux. Il a également bénéficié d'un apport massif des électeurs de gauche et d'une forte quantité de votes protestataires: «Si l'UDC ou les Démocrates suisses avaient un leader charismatique à Neuchâtel, ils m'auraient pris des voix», constate Fernand Cuche. Qui rappelle que, sur des sujets pointus, la xénophobie n'épargne pas le canton: «En 1990, les Neuchâtelois avaient refusé le droit de vote aux étrangers sur le plan cantonal.» Son activité à Berne? Elle sera à l'image de son engagement en faveur du monde rural: à la fois moderne et solidaire. «Il faut jeter un pont entre les idéologies, se garder de tout positionnement tactique...» Alors? Statu quo au gouvernement, le 15 décembre? Trop tôt pour les jugements définitifs. En revanche, une certitude: «Les "valeurs" défendues par l'aile droite de l'UDC me donnent froid dans le dos. Il est exclu que je vote pour un blochérien au Conseil fédéral!»
P.-A. Jo Stéphane Rossini
PS/VS
Le chahuteur des conservateurs
«Je suis heureux que le Valais n'ait pas donné un élu UDC à la Suisse.» Figure emblématique de la modernité valaisanne, Stéphane Rossini, 36 ans, nouveau conseiller national socialiste, se console ainsi de la forte poussée du parti de Christoph Blocher dans son canton (près de 9% des suffrages), sans se faire toutefois de grandes illusions: «Ils ne peuvent que progresser au fur et à mesure de leur implantation dans les communes.» Mais Rossini, qui s'est fait les dents avec succès sur le PDC, semble taillé sur mesure pour résister au conservatisme blochérien. Pour lui, le PS doit désormais «durcir le ton sans tomber dans le simplisme». Ce chargé de cours en travail social de l'Université de Neuchâtel prône la pédagogie: «Nous devons trouver le langage qui fasse comprendre aux gens aussi bien nos propres options que les conséquences d'une politique UDC.» Et le professionnalisme: «De ce point de vue, l'UDC nous donne des leçons que nous ne pouvons pas ignorer.» Pas question pour lui de changer la formule magique «sous le coup d'un résultat électoral. Mais je ne voterai jamais pour un représentant de l'aile blochérienne au Conseil fédéral.»
X. P. Jean-Michel Cina
PDC/VS
La mouche du coche
Elu-surprise du PDC valaisan, le président de Salquenen Jean-Michel Cina, 36 ans, ne veut pas aller à Berne pour faire de la figuration: «Je suis un lutteur et je me réjouis de me battre au Conseil national.» Ambitieux, libéral dans l'âme, porte-parole de l'économie privée, il n'est pas de ceux qui renâclent devant la mondialisation et a fortiori l'intégration européenne. Il a donc toutes les raisons de croiser le fer avec les nationalistes: «Le centre ne peut plus collaborer avec une UDC qui veut tout freiner, voire revenir en arrière et qui souhaite jouer la carte de l'opposition tout en restant au gouvernement.» S'il n'a rien contre la présence d'Adolf Ogi, il exclut de voter pour un membre de l'aile blochérienne au Conseil fédéral. Les leçons du scrutin: «Nous devons être plus à l'écoute des préoccupations des gens et avoir un langage plus clair.» Comme le Montheysan Fernand Mariétan, son futur collègue PDC, Jean-Michel Cina est persuadé que l'UDC ne peut être contrecarrée que par un centre droit fort, qui passe par une collaboration très étroite entre démocrates-chrétiens et radicaux.
X. P.
Pierre-Yves Maillard
PS/VD
Le puriste de gauche
«Former un gouvernement de centre gauche sans l'UDC est la seule solution crédible pour faire avancer ce pays», affirme depuis plusieurs semaines Pierre-Yves Maillard. Le néo-promu au Conseil national avait déjà dressé ce scénario au congrès de son parti à Bâle. On lui avait ri au nez. Aujourd'hui, même si cette éventualité n'est en réalité caressée que par certains membres du PS, elle est devenue «Salonfähig». Et si l'UDC emportait un second siège? «Mon parti devrait alors partir», explique le Vaudois qui renierait un gouvernement écartelé à ce point. «Nous devons à nouveau nous profiler sur les thèmes sociaux, analyse Pierre-Yves Maillard en grognant contre la frange alémanique de son parti, trop soucieuse des classes moyennes et des indépendants.» Dans son canton, il n'hésite d'ailleurs pas à torpiller ses camarades de parti qui flirtent trop avec la droite. Cela ne l'a pourtant pas empêché d'accéder à 26 ans à la présidence du PS lausannois, puis à la vice-présidence cantonale, devenant, à 30 ans, le mentor de son parti en terre vaudoise.
Quant à la présidente du PS qui s'interroge sur une éventuelle démission? «Ce n'est pas de sa faute, il faut qu'elle tienne le cap, nous n'avons pas besoin d'une Madame Koch qui se regarde le nombril au second tour!», persifle celui qui pourrait voir le sien siéger un jour au Conseil fédéral.
T. P.
Jacques Neirynck
PDC/VD
Le geyser à idées
Alors qu'ils ont tous peur de Blocher, lui s'en moque. «Vous parlez d'une tempête, d'un ouragan, mais c'est d'une marée dans une cuvette qu'il s'agit», pondère Jacques Neirynck, l'exotique joker gagnant du PDC vaudois. Né à Bruxelles en 1931 dans une famille francophone d'origine flamande, il a quitté son pays au début des années 70, ne supportant plus de le voir s'entre-déchirer. En Suisse, en revanche, il se sent bien. Si bien qu'après vingt-cinq ans d'une vie oscillant entre l'émission radio Cinq sur cinq aux côtés de son prédécesseur au national Jean-Charles Simon, un poste de conseiller dans l'émission télé A bon entendeur, un roman par an et sa chaire à l'EPFL, il décide de vivre une retraite active en se lançant en politique. Sa voix, iconoclaste au propre comme au figuré, est l'une des seules à ne pas s'affoler de la percée de l'UDC. «C'est la reproduction d'un phénomène qui a lieu dans l'Europe entière; c'est normal et c'est bien moins grave qu'en Autriche ou en Flandre où ce sont de véritables nazis», analyse froidement le Belgo-Suisse. Le soupçonnerait-on de complaisance envers l'UDC de Blocher? Balayé! Jacques Neirynck veut exclure et l'aile ogienne et l'aile blochérienne du gouvernement: «Il y a ici trois partis qui forment une large majorité qui satisferait n'importe quel autre pays en Europe, mais on hésite et on se laisse paralyser par le chantage systématique d'un parti qui ne représente que le quart du Parlement.» Pour que cela change, le «Ziegler du centre» jure qu'il s'époumonera s'il le faut pour convaincre ses futurs camarades de parti.
T. P.
«La formule magique disparaîtra dans quatre ans»
Vainqueur des élections, Christoph Blocher révèle sa stratégie pour le Conseil fédéral. Il est sûr que son parti n'obtiendra pas le fauteuil de ministre qu'il réclame.
L'UDC revendique un deuxième siège au gouvernement. Etes-vous candidat?
Non, je ne suis pas candidat. En revanche, j'ai toujours dit que j'accepterais ce mandat si j'étais élu. Mon but n'est pas de devenir conseiller fédéral. Mais je suis persuadé que je pourrais bien remplir cette fonction, à défaut de la remplir volontiers.
Vous n'êtes pas très logique. Vous avez gagné. Si vous voulez respecter la volonté populaire, c'est à vous d'aller au gouvernement.
Ce n'est pas moi qui ai gagné, c'est mon parti. A Berne, ce n'est pas nous mais le Parlement qui décide de qui doit être conseiller fédéral. Je n'ai pas envie de me porter candidat, parce que je sais d'ores et déjà que je devrais faire campagne. Il s'agirait d'être gentil avec les parlementaires pendant des mois. Je devrais donner raison à tout le monde, dire aux socialistes qu'ils ont raison, répéter la même chose aux radicaux, puis aux démocrates-chrétiens. Je devrais faire en sorte d'arrondir les angles. Je représente ma politique, mais si je me porte candidat, je dois me comporter en candidat. Et franchement, cette idée ne me fait pas envie. Mais si le Parlement dit: «Blocher doit aller au gouvernement», je le prendrai sur moi et j'irai.
Si vous n'êtes pas candidat, qui donc briguera ce deuxième siège?
Je crois que cette question vient trop tôt. Vous devez vous rendre compte que si les autres partis ne veulent pas nous donner ce deuxième siège - ce dont je suis convaincu - nous devrons présenter quelqu'un qui soit prêt à ne pas être élu, d'une certaine manière à se sacrifier. Vous ne pouvez pas, par exemple, envoyer au casse-pipe la conseillère d'Etat zurichoise Rita Fuhrer, qui serait une candidate valable, en sachant d'avance qu'elle ne sera pas élue. Elle ne peut pas se permettre de perdre, parce qu'elle a une fonction dans un gouvernement cantonal. Dans mon cas, cela n'aurait aucune importance.
Vous porter candidat, en sachant pertinemment que vous ne serez pas élu, ne serait-ce pas un peu votre idée?
Vous savez, nous avons encore d'autres candidats prêts à se sacrifier. Je ne suis pas le seul.
Qui par exemple?
Chacun des treize conseillers nationaux UDC zurichois serait prêt à le faire. Notre parti a l'habitude de faire des sacrifices.
Donnez-nous des noms.
En ce qui concerne Ueli Maurer, je pense que ce ne serait pas très judicieux, puisqu'il est président du parti. Walter Frey ou Toni Bortoluzzi seraient prêts.
Autrement dit, si on vous accorde un deuxième siège, le choix des candidats sera différent?
Exactement. Dans ce cas, nous essayerons de voir qui pourrait défendre au mieux nos idées tout en remplissant les conditions nécessaires pour une telle fonction.
Dans ce cas de figure, Rita Fuhrer serait-elle une candidate possible?
Je suis convaincu que Rita Fuhrer aurait le format. Et je suis aussi convaincu qu'elle représenterait bien nos idées. Ce que je n'accepterai pas, c'est que l'on élise n'importe qui sous le prétexte qu'il porte l'étiquette UDC mais qu'il affiche des opinions différentes de celles de notre parti.
Supposons quand même que les partis puis le Parlement vous accordent ce deuxième siège. Qui doit s'en aller?
Si on conserve la formule magique, c'est le PDC qui doit céder la place...
Qui, Ruth Metzler ou Joseph Deiss?
Je crois que c'est à Mme Metzler de s'effacer...
Pourquoi elle? Vous l'aviez pourtant soutenue...
J'avais le choix entre Rita Roos et Ruth Metzler. Pour moi, il n'y avait pas de quoi hésiter. Cette fois, la situation est différente. Ce n'est pas que j'aie quelque chose contre Mme Metzler mais Joseph Deiss est Romand et, pour cette raison, il doit garder son siège. C'est une question de principe, et vous savez bien que nous n'avons pas de bons candidats romands. Malgré notre extraordinaire percée chez vous, nous n'en sommes qu'au début. Dans quatre ans, cela sera différent. Semer la philosophie de l'UDC en Suisse romande est désormais notre objectif prioritaire.
Cela dit, je vous rappelle que nous avons critiqué l'attitude des démocrates-chrétiens qui a consisté à faire élire leurs deux ministres six mois avant les élections. Ils ne veulent pas respecter la volonté des électeurs!
Mais au fond, on ne fait là que tirer des plans sur la comète. Je le pensais déjà avant les élections. Après avoir entendu cette semaine les présidents de parti, j'en suis tout à fait sûr: la formule magique ne sautera pas. L'UDC a beau être le premier parti de Suisse, ils ne nous donneront pas de deuxième siège.
Est-ce que cela vous contrarie?
Pas du tout. Vous verrez: c'est dans quatre ans que la formule magique disparaîtra.
Finalement, ne pas avoir de deuxième siège vous arrangerait bien...
Vous avez raison. En tout cas, nous serions légitimés à faire davantage d'opposition.
Vous allez encore dire non à toutes les propositions du gouvernement?
Nous ne dirons certainement pas non si le Conseil fédéral baisse les impôts, renonce à la taxe sur l'énergie, abandonne l'idée de la Fondation de solidarité. Mais nous sommes un parti qui a été élu sur un programme clair. Chaque fois que nous estimerons que l'opinion populaire n'est pas respectée, nous userons du référendum ou nous lancerons des initiatives. Après tout, depuis le week-end dernier, nous sommes le plus grand parti de Suisse.
Bref, vous gagnez à tous les coups...
Exactement. Nous sommes prêts à faire face à tous les cas de figure. Soit nous avons un représentant UDC de notre tendance et cela va forcément infléchir la politique générale du gouvernement vers la droite. Soit on nous met carrément dehors, et là, nous ne ferons plus que de l'opposition.
Dernière solution: le statu quo. Dans ce cas-là, nous serons, comme jusqu'ici, avec la moitié de notre coeur au gouvernement et avec l'autre dans l'opposition.
Vous gagnez d'autant plus que vous avez ce projet d'une initiative qui réclame l'élection du gouvernement par le peuple. Comptez-vous la lancer fin décembre si vous n'avez pas de deuxième siège?
Je pense qu'il faut la lancer dans tous les cas mais je dois encore convaincre le parti.
En fait, vous ne perdez que si c'est vous, Christoph Blocher, qui êtes élu?
A titre personnel, certainement. Mais ceux qui pensent qu'on pourrait ainsi me museler se trompent. Ce n'est pas que je sois contre le principe de la collégialité. Je la pratique d'ailleurs au sein de l'association de l'industrie chimique. Mais cela ne m'empêche pas d'y exercer aussi fortement que possible mon influence. Arrêtez de croire que je suis un opposant de profession. J'ai aussi des idées et j'essaie de les faire passer. Parfois d'ailleurs, cela ne réussit pas. Les conseillers fédéraux actuels pensent peut-être pouvoir me circonvenir si j'étais l'un des leurs avec l'idée: «Blocher dit non, mais on est six à dire oui.» Cela ne marchera pas comme ça.
En fait, si le statu quo l'emporte, ce n'est pas un siège que vous aurez mais zéro. Après tout, Adolf Ogi ne partage pas votre avis sur des questions essentielles. Qu'allez-vous faire de lui?
Nous le soutiendrons. C'est vrai qu'il a des vues différentes sur l'ONU, sur la neutralité ou sur l'intégration européenne. Cela dit, en privé, il reconnaît qu'il n'est pas un «euro-turbo». Mais s'agissant des transports, de la fiscalité, de la Fondation de solidarité, il est tout à fait dans ma ligne.
N'empêche. Sur des questions que vous jugez fondamentales, il n'est pas d'accord avec vous. Vous allez lui poser des conditions?
Sur la question de la neutralité, je vais lui dire qu'il doit changer de position. Avec lui, j'ai toujours été loyal, mais il doit comprendre qu'il est encore plus important d'être loyal avec les électeurs de notre parti qui ont choisi mes options politiques plutôt que les siennes.
En êtes-vous si sûr?
Mais regardez les résultats dans le canton de Berne. Je ne suis pas content du tout. L'UDC n'y a pas progressé. De plus, ce sont les candidats de ma tendance qui ont fait les meilleurs scores tandis qu'Albrecht Rychen n'a pas été réélu. Il faut qu'Adolf Ogi en tire la leçon.
Un autre scénario envisageable, c'est que l'on vous accorde un des deux sièges socialistes?
Oui et c'est d'ailleurs ce que j'ai dit aux responsables radicaux. S'ils estiment que le PDC doit garder son deuxième siège et qu'ils sont prêts à faire une politique de centre-droite, c'est cette solution qu'ils doivent choisir. En fait, la décision ne nous appartient pas. C'est aux partis du centre de savoir s'ils veulent faire une politique bourgeoise ou de centre-gauche. Cela doit être difficile d'être radical, vous ne trouvez pas?
Quel conseiller fédéral socialiste sacrifieriez-vous?
Puisque Ruth Dreifuss passe pour une Romande, ce serait à Moritz Leuenberger de partir.
Mais tout cela n'arrivera pas. Les radicaux préfèrent continuer leur politique orientée à gauche. Il est vrai qu'il est tellement plus confortable de distribuer l'argent public que de dire aux gens qu'il faut économiser.
Economiser? Sur le dos de qui?
Les gens qui en ont vraiment besoin doivent être soutenus. Nous, nous avons une solution pour l'AVS: vendre l'or de la Banque nationale et ainsi assurer les rentes de tout le monde à 65 ans. Ce n'est pas détruire l'Etat social, ça.
Revenons à votre victoire. Vous attirez des racistes, des fascistes, des révisionnistes. Cela ne vous gêne pas d'avoir gagné avec ces gens-là?
Vous faites allusion au livre de ce révisionniste que j'aurais loué. Je n'ai pas lu ce livre et je ne connaissais pas Jürgen Graf, son auteur. Je l'ai reçu peu après m'être exprimé contre les pressions qu'exerçait sur la Suisse le Congrès juif mondial, de la part d'un membre de l'ASIN qui, cela dit, a aujourd'hui quitté l'organisation.
Mais pourquoi ne vous distancez-vous pas plus clairement de ces tendances-là. Dire que les révisionnistes ont des idées absurdes, n'est-ce pas un peu léger?
J'ai dit que c'est une idée absurde parce que, pour moi qui suis né en 1940, qui ai visité Buchenwald, je ne peux même pas imaginer qu'on puisse la soutenir. Mais c'est une idée absurde, immorale et qui plus est pénalement punissable. Si vous y tenez, je le répète: je ne suis pas révisionniste, ni xénophobe, ni antisémite. Je suis pour le droit d'asile, mais contre ses abus.
Vous qui aimez les campagnes provocantes, pourquoi ne l'affichez-vous pas sur tous les murs du pays?
Si l'extrémisme de droite, l'antisémitisme devenaient objectivement un problème en Suisse, je le ferais. Mais ce n'est pas le cas. Je l'ai déjà dit au moment du débat sur la loi antiraciste: il y a un danger à attirer l'attention sur ces gens-là. En voulant leur interdire la parole, on leur offre paradoxalement une tribune.
Vous arrivez à vivre avec l'idée qu'il y a des salauds dans votre parti?
Adolf Ogi aimerait bien qu'on radiographie les opinions des membres de l'UDC. Mais pratiquement, comment faire? Je l'ai dit: dès que quelqu'un exprime de telles opinions, il doit être exclu. D'ailleurs, si Pascal Junod avait été élu à Genève, nous l'aurions exclu de notre groupe parlementaire. Il y a des gens douteux dans tous les partis. Pourquoi sommes-nous les seuls à devoir nous en justifier publiquement? Il faut vivre avec l'idée qu'on peut voter pour vous pour de mauvaises raisons.
Propos recueillis par Marie Abbet et Michel Zendali
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«Je n'ai pas envie d'être candidat au Conseil fédéral parce qu'il s'agirait d'être gentil avec les parlementaires pendant des mois. Je devrais donner raison à tout le monde.»
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