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Par FLORENCE DUARTE - Mis en ligne le 03.10.2012 à 12:51 |
KIM KARDASHIAN 32 ans, peopleBarack Obama a du souci à se faire. Sous sa présidence, le KKK sévit plus fort que jamais. Ses filles, Malia et Sasha, sont tentées par la secte dont elles suivent les exactions en direct. Aux niveaux national et international, les résultats de l’élection du 6 novembre pourraient être occultés par une intervention télévisée du Klan. En 2012 aux Etats-Unis, une tribu californienne, friquée et liftée, joue le rôle de terroristes médiatiques autrefois tenu par le Ku Klux Klan en noir et blanc. La cheffe de bande s’appelle Kim Kardashian, physique de pornostar et emploi du temps de PDG sous Ritaline. Depuis 2007, la vie de «L’incroyable famille Kardashian» fait l’objet de trois reality shows suivis chaque semaine par des millions de téléspectateurs. En 2011, cet empire, construit et nourri par la vie privée de chacun des neuf membres, a gagné 65 millions de dollars. La smala de Los Angeles, qui accouche en direct, se fait liposucer, divorce ou congèle ses ovules devant les caméras, cumule 16 millions de followers sur Twitter. Neuvième au classement des personnes les plus suivies, trois places devant Obama. Il suffirait donc que Kim choisisse la date du 6 novembre pour épouser live son nouveau chéri, une mégastar du rap, pour qu’une partie des Etats-Unis zappe le duel présidentiel. On en est là. Ebats sexuels. Le quart d’heure de célébrité cher à Warhol dure désormais 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Comme chez Walmart ou dans un drive-in McDonald’s. On consomme tout de Kim Kardashian, 31 ans, quand on veut, comme on veut. On se couche sur elle (sa photo sur une serviette de bain), on la boit (sa bouteille d’eau à 10 dollars), on porte ses habits (sa ligne de vêtements), son parfum (le petit dernier est sorti lundi), on la mange (cupcake)... On sait tout d’elle, tout de suite, tout le temps, via Facebook et autres réseaux sociaux. Sur les plateaux télé où elle est reçue comme un chef d’Etat, en couverture des magazines, dans les pages du New York Times qui analyse et chronique le phénomène, elle est présentée comme «star de la téléréalité». Née Kimberly Noel Kardashian en 1980, «fille de» l’avocat Robert Kardashian, célèbre et enrichi grâce à l’acquittement d’O. J. Simpson au début des années 90, elle doit sa naissance médiatique à ses ébats sexuels, passés du domaine privé à internet en 2007. C’est Loana puissance dix mille, ni chanteuse, ni actrice, ni créatrice. Elle est «Kim Kardashian». Et cela suffit. Sa vie est son business, elle est sa propre vache à lait, avec des mamelles qui s’appellent amour, gloire et beauté. Adorée. Kim Kardashian a tout compris. Elle a fait sien Nietzsche: «Deviens ce que tu es.» Elle a remixé Descartes: «Je vis donc je suis.» C’est simple, c’est zen et pas méchant. C’est dans l’air du temps et plutôt bien vu. Elle est en phase avec Alexandre Jollien, notre philosophe national: elle lâche prise, elle sourit et tout vient à elle. L’univers lui répond, le cosmos comble ses vœux. A Los Angeles, elle est adorée, au premier degré. A Epalinges, à Champel, des mères de famille huppées la suivent sur internet, entre leur séance de Pilates et le cours de cuisine coréenne. Rafaela Weber, 27 ans, styliste bernoise installée à Los Angeles depuis cinq ans, créatrice de la marque La Coquine, l’a habillée ce printemps. Lorsqu’elle parle de «sa gentillesse, de son humilité, de son savoir-vivre», on croit entendre parler de Diana ou de Mère Teresa. The Guardian, le très sérieux quotidien anglais, a envoyé il y a trois semaines une journaliste sonder la célébrité, comprendre où réside son talent. Réponse de l’intéressée: «Jouer la comédie et chanter ne sont pas les seuls domaines où l’on peut être doué. C’est un vrai talent de réussir que les gens vous aiment pour ce que vous êtes, plutôt que d’être apprécié pour un personnage que vous interprétez mais écrit par quelqu’un d’autre.» Avant de poursuivre, façon Jean-Claude Van Damme: «Un ours qui sait jongler ou tenir sur une boule est doué, mais il n’est pas célèbre pour autant. Vous suivez?» Sa devise: «Sois toi-même mais surtout, sois le meilleur de toimême.» En permanence, sois vrai. Ne cache rien à tes fans. Ils t’aimeront pour ça. Toujours plus loin. Kim Kardashian a démodé le mot people. Elle a mis au chômage les paparazzis. Elle est sa propre industrie postpeople. Kate attaque Closer pour outrage à seins nus? Demi Moore protège sa cure de réhab’? Les Kardashian, eux, anticipent les envies du téléspectateur- voyeur. Et vont toujours plus loin dans la surexposition. Cet été, pour clôturer en beauté le dernier épisode de leur reality show, saison 7, Kourtney Kardashian, la grande sœur, a accouché en direct. Toute la troupe autour d’elle, en casquette et survêt, excitée comme pour une finale de Super Bowl. Le bébé a aussi glissé du vagin en direct. L’info home made fut reprise sur CNN... En 1998 dans le film Truman Show, le héros, filmé à son insu 24h/24 depuis sa naissance, décide de s’enfuir. En 2012 dans la vraie vie, une jeune Américaine ne peut imaginer respirer sans le faire savoir au monde entier. Egérie postpeople. |









