De 1950 à 1990, surtout dans la gare Grand Central de New York, Kodak affichait des publicités considérées comme «les plus grandes photographies au monde» (5,5 x 18 mètres). Photo Kodak
PHOTOGRAPHIE
Kodak, une mémoire prend ses clics et ses clacs
Par Luc Debraine - Mis en ligne le 25.01.2012 à 11:46
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IMAGES. L’ex-géant de la photographie s’est mis en faillite pour se mettre à l’abri de ses créanciers. Il pourrait rebondir l’an prochain, mais sa grand-messe photosensible est dite: jamais plus il ne retrouvera son insolente domination sur la mise en boîte de la mémoire collective ou individuelle.
L’histoire n’est pas encore finie: malgré sa mise en faillite le 19 janvier, Kodak pourrait bien rebondir à l’avenir, comme vient de le faire General Motors. Mais jamais la société américaine ne revivra le siècle qui l’a vue démocratiser la photographie et le film, exercer une domination absolue sur ces pratiques, et mettre en boîte une part considérable de l’histoire récente. Car l’essentiel est là: à un moment donné de sa propre histoire, la mémoire humaine, qu’elle soit collective ou individuelle, s’est appuyée sur une technologie souple, flatteuse, surtout durable. Petits et grands moments, bonheurs et tragédies, familles et voyages, anonymes et héros, amateurs et professionnels, photographes et cinéastes ont été embobinés par une émulsion photosensible lancée par un industriel habile de Rochester, George Eastman. Le Kodachrome, aux couleurs plus vives que l’imagination, vendu sans interruption de 1935 à 2009, a donné sa palette chromatique au XXe siècle.
Mais cette domination, cette hégémonie, cette arrogance ont engendré leur propre poison: Kodak, inventeur en 1975 de l’image numérique, n’a pas su prendre le virage du pixel. Il en va ainsi des technologies disruptives: elles effacent leurs prédécesseurs. Jusqu’au souvenir la plupart du temps, mais pas ici, et pour cause.
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