Konrad Hummler: "L’appréciation du franc est une tendance de long terme"
Pragmatique. Ce banquier privé prône de longue date un impôt libératoire à la source et veut croire que les pays de l’Union choisiront la voie de leur intérêt financier.
Président de l’Association des banquiers privés suisses, Konrad Hummler, associé gérant de Wegelin, ne craint pas le débat. Il le suscite souvent lui-même dans son Commentaire d’investissement, dont la liberté de ton est appréciée.
Joue-t-on à se faire peur en évoquant la possible faillite de certains Etats?
Nous savons depuis longtemps que l’endettement explicite de nombreux pays est très important: 100% du PIB. Mais l’endettement implicite, lié aux futurs coûts des systèmes sociaux dans un contexte de vieillissement des populations, est une menace encore plus inquiétante. A terme, soit les Etats ne pourront pas tenir les promesses faites, soit il faudra que quelqu’un les finance.
Les fonds de pension vont devoir servir plus de rentes de vieillesse. Certains estiment que trop de prudence dans les placements ne permettra pas de tenir cet objectif. D’autres qu’il faut opter pour des placements très sûrs pour garantir les retraites. Et vous?
Dans le cadre de systèmes de financement des retraites par capitalisation, comme le sont nos caisses de pension, j’estime qu’il faudrait créer deux types de caisses. Celles dédiées à la phase de constitution de l’épargne – dont la stratégie de placement pourrait être diversifiée avec une prise de risque adaptée à la longue durée – et des caisses de retraite – qui auraient pour seul rôle de servir les rentes avec un capital placé de manière très sûre. Car, une fois attribuées, les rentes de vieillesse doivent être garanties. Je plaide d’ailleurs pour une très grande liberté pendant la phase d’accumulation du capital, y compris en offrant aux assurés la possibilité de choisir leur caisse de pension.
Il est déjà arrivé qu’un Etat ne rembourse pas ses emprunts. Cela pourrait-il se reproduire?
Je pense que cela va devenir une sorte de normalité. Il y a toujours eu des faillites d’Etats et elles n’ont pas vraiment constitué des catastrophes: rappelons-nous l’Argentine, la Russie ou, plus récemment, l’Islande. Avec la Grèce, la situation est différente. Comme pour les banques il y a quelques mois, cette faillite n’est pas organisée. Il n’existe pas de règle prévoyant une possibilité de sortie de l’euro. C’est une faute systémique dans l’organisation de l’euro. Elle crée aujourd’hui un grand problème: pas seulement à la Grèce, mais à tous les pays de la zone euro.
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