A Münchenstein, aux portes de Bâle, l’ancien site industriel dédié au laminage de l’aluminium ne paie pas de mine. Qui se douterait que là, dans deux grandes halles (1500 m2) combinant atelier et fonderie, sont fabriquées des œuvres d’art? Développés, peaufinés et parfois même en partie conçus sur place, ces sculptures, installations et objets de toutes tailles utilisent les matériaux les plus divers, du bronze classique à l’assemblage d’oranges en plastique, en passant par le bois, la cire et le béton. Des travaux dont certains feront, sans doute, la une de l’actualité culturelle cette année, notamment lors de la prestigieuse foire Art 41 Basel qui s’ouvre au public le 16 juin. Inspirée par une expérience similaire développée à Saint-Gall depuis une trentaine d’années, l’entreprise Kunstbetrieb AG Münchenstein a été créée en 2006 par Michèle Elsener, Martin Hansen et Annina Zimmermann. Spécialisée dans «la transformation d’idées créatives en œuvres tridimensionnelles», elle réunit aujourd’hui treize personnes, dont un apprenti qui se destine à la profession rare et très spécialisée de technicien en fonte. Les membres de l’équipe viennent, eux, d’horizons et de pratiques très divers, historienne de l’art, designer textile, relieuse et typographe, fondeur, restauratrice, sculptrice sur bois et taxidermiste, peintre. On y trouve même un spécialiste en maquettes techniques qui était employé préalablement chez Vitra et s’avère un as dans la confection du latte macchiato.
Ghostwriters de l’art. «Pour travailler dans notre entreprise, il faut avoir une base technique très solide, doublée d’un certain goût pour l’expérimentation, explique Annina Zimmermann, en charge de la communication, de l’administration et des finances. Nos collaborateurs doivent par ailleurs être capables de développer une relation de dialogue et de confiance avec l’artiste, qu’elle soit verbale ou plus intuitive. Il faut que celui-ci se sente compris et écouté. Nous cherchons avec lui – ou elle, car les femmes sont bien sûr les bienvenues, même si elles restent encore minoritaires dans le domaine de la sculpture – des solutions techniques inventives pour concrétiser ses idées, mais bien évidemment, c’est lui qui décide. A certains égards, nous sommes un peu les ghostwriters de l’art.»
Et, quand les multiples compétences réunies dans l’équipe ne suffisent pas, on sous-traite. En quelques années, l’entreprise s’est ainsi constitué un précieux carnet d’adresses qui lui permet de motoriser une chaise en bois ou de dénicher l’accessoire le plus insolite, le matériau le plus improbable. Elle sous-loue en outre une partie de ses impressionnants espaces au souffleur de verre Matteo Gonet qui collabore notamment avec le plasticien français Jean-Michel Othoniel. Un voisinage fructueux pour le Kunstbetrieb et ses artistes qui, parfois, se découvrent un intérêt insoupçonné pour le fragile matériau. On les comprend sans peine en voyant le spécialiste ajuster avec une extrême minutie des grosses perles de couleur irrégulières sur une tige métallique.
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