La Banque nationale n’est pas la tirelire des cantons
Quelle est la mission d’une banque nationale? Son indépendance est-elle gage d’efficacité? Doit-elle être en mains publiques ou privées? Questions simples en apparence, mais dont les réponses sont plus que diversifiées à travers le monde. La monnaie reste un élément fort de l’identité nationale dans nombre d’Etats. On conçoit aisément que la Banque centrale chinoise travaille en étroite collaboration avec les dirigeants politiques du pays pour piloter le cours du yuan, dans le cadre d’un plan global de développement économique. Alors que l’indépendance de la Banque centrale européenne envers les pouvoirs politiques a été gravée dans le marbre des traités. Reste que l’Union européenne ayant choisi de promouvoir l’euro au rang de ciment d’une nouvelle identité collective, l’échec de sa monnaie unique deviendrait celui du projet politique commun. D’où les petits et gros arrangements récents avec la lettre des accords, pour donner à la BCE une mission de sauvegarde allant bien au-delà de son unique objectif officiel d’assurer la stabilité des prix. En théorie, cet ordre de mission est plus simple que celui assigné à la Réserve fédérale américaine. La Fed devant se préoccuper conjointement de limiter le chômage, garantir la stabilité des prix et permettre le maintien de taux d’intérêt à long terme peu élevés. Savoir si ces trois buts sont compatibles dans la longue durée ou - à tout le moins - non antagonistes à brève échéance, relève de savants débats académiques en économie.Par contraste, la mission prioritaire de la Banque nationale suisse est a priori limpide: garantir la stabilité des prix. Ladite stabilité étant définie comme une hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation inférieure à 2%. On a redécouvert récemment que mieux valait aussi que la progression des prix ne soit pas inférieure à 0%, sous peine de voir le pays tomber en déflation... Et qu’une mission clairement définie n’était de loin pas synonyme de choix simples en période de fortes turbulences économiques! La BNS affiche ainsi une perte de 21 milliards de francs au titre de l’exercice 2010 pour avoir tenté de freiner l’envolée du franc en début d’année, lorsque la déflation menaçait.Or, la BNS est une société anonyme, détenue aux deux tiers par les cantons. De plus, elle avait habitué ces derniers à de généreuses distributions de bénéfices qui pourraient bien se tarir à l’avenir. De là à donner de la voix pour s’en offusquer - comme l’a fait Pascal Broulis pour le canton de Vaud - ou pour reprocher a posteriori à la BNS d’avoir engagé trop de forces dans la bataille du franc - comme n’ont pas hésité à le faire un ex-employé de la Banque nationale et divers politiciens - il y a un manque évident de sens de l’Etat. A l’inverse, le silence de l’ancien président, Jean-Pierre Roth, et d’autres anciens grands commis de cette institution relève de la prise en compte de l’intérêt global du pays. Tout comme celui de gros actionnaires individuels qui savent rester discrets. A l’instar d’un homme, installé à Düsseldorf, qui possède plus d’actions de la BNS que le canton de Vaud.(Décryptages du 27 janvier 2011)
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