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Gabi Huber
La candidate non déclarée

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 03.03.2010 à 10:53

OUTSIDER. Agée de 54 ans, la cheffe uranaise du groupe libéral-radical Gabi Huber a fait sa place à Berne. Et pourrait bien briguer un siège au Conseil fédéral prochainement.

Serez-vous un jour candidate au Conseil fédéral? Soudain, pour la première fois après une heure d’entretien, la conseillère nationale uranaise Gabi Huber quitte son masque de joueuse de poker. Avant de concéder qu’elle n’aime pas du tout cette question: «Elle ne se pose pas pour l’instant.»

Gabi Huber est presque une inconnue en Suisse romande. Et pourtant, cette juriste de 54 ans a réussi un parcours presque sans faute depuis son arrivée sous la Coupole fédérale en 2003. Elle y a pris la tête du groupe libéral-radical (PLR) des Chambres et fait partie de la garde rapprochée du président Fulvio Pelli. L’an dernier, c’est elle qui a dirigé le groupe d’évaluation des candidats à la succession de Pascal Couchepin au Conseil fédéral. Pas étonnant dès lors que certains la voient comme une candidate potentielle pour le gouvernement lorsque le ministre des Finances Hans-Rudolf Merz démissionnera. «C’est une vraie libérale au sens étymologique du terme. Oui, elle peut sans aucun doute briguer le Conseil fédéral», s’enthousiasme Christian Luscher (PLR/GE).

Son itinéraire est celui d’une femme décidée. Etudiante au gymnase, elle appartient à un comité d’étudiants qui, un jour, rédigent un pamphlet contre un rectorat jugé trop autoritaire. Puis, à 20 ans, elle s’oppose à un projet de dépôt de déchets radioactifs sur le territoire uranais.

Première, toujours pionnière. Mais Gabi Huber abandonne vite cette posture d’opposante pour passer à l’engagement politique au sein du PLR. Elle parvient plutôt vite au pouvoir, même si elle doit constamment jouer les pionnières à Uri, ce petit canton catholique de 35 000 habitants.

Elle y est une des premières femmes à ouvrir un cabinet d’avocat en 1982, à une époque où le bâtiment du tribunal n’a pas encore de toilettes pour dames. En 1996, la voici première femme au gouvernement, puis première Frau Landammann (présidente) et, enfin, première Uranaise à siéger au Conseil national lorsqu’elle y remplace un certain Franz Steinegger.

Pas facile de succéder à ce monument de la politique suisse qui a dirigé le Parti radical durant douze ans (1989-2001). Mais Gabi Huber s’en sort sans problème. Femme d’exécutif dans l’âme, elle bûche ses dossiers loin de la fureur médiatique. Elle préfère le travail en coulisse des commissions, là où s’ébauchent les solutions concrètes au gré de compromis âprement négociés.

L’efficacité du brise-glace. Discrètement, cette fille du Gothard – elle a même donné son prénom à deux tunneliers de la future NLFA – creuse son trou dans la capitale fédérale également. Lorsqu’elle préside la Commission des affaires juridiques, de 2007 à 2009, son professionnalisme fait l’unanimité. «Elle est excellente dans sa manière de mener les débats. Elle avance avec l’efficacité d’un briseglace», relève Yves Nidegger (UDC/GE), visiblement impressionné. «Elle maîtrise ses dossiers jusqu’au bout des doigts. Elle a l’étoffe pour devenir conseillère fédérale», ajoute Carlo Sommaruga (PS/GE), autre membre de la commission.

Sauf qu’il y a un «mais». Souvent, son style insupporte. Presque tous ses collègues parlent de son masque impénétrable, de sa voix métallique, de son attitude distante.

Face à Blocher. Ce n’est pas Christoph Blocher qui dira le contraire. Lorsque, en décembre 2008, après la démission de Samuel Schmid, il tente de reconquérir son poste au Conseil fédéral, il n’est pas auditionné plus de cinq minutes par le groupe PLR: le temps que Gabi Huber lui signifie qu’il a fait son temps et qu’il était exclu que le PLR le soutienne. «Elle a fait cela à la manière d’un dirigeant du Parti communiste soviétique», raconte un témoin de la scène.

Ces critiques ne touchent pas l’intéressée. «Ce sont des propos de gens qui ne me connaissent pas personnellement», note Gabi Huber, qui dit aimer l’humour. Jusqu’au point de rire de la caricature de son personnage que fait l’émission de la TV alémanique des humoristes Viktor Giacobbo et Mike Müller? «Il y a du vrai dans cette caricature. Je suis quelqu’un de très rationnel qui ne fait pas dans l’émotionnel en politique.»

Son amie Ruth Wipfli Steinegger, compagne de l’ex-président des radicaux, le confirme: «En privé, je vous assure qu’elle est une femme sensible qui sait écouter les autres.» Mais alors pourquoi ce cliché si tenace de dame de fer intransigeante? «Beaucoup de politiciens ont encore des problèmes avec des femmes qui ne jouent pas la carte du charme et de la coquetterie», répond Ruth Wipfli Steinegger.

Sur l’échiquier politique, Gabi Huber évolue sur l’aile droite de son parti, bien dans la ligne du président Fulvio Pelli, dont elle partage l’ardente volonté d’un PLR s’exprimant d’une seule et unique voix.

Ce n’est pas toujours possible, ainsi que le débat sur l’avenir de la place financière suisse l’a prouvé. Des voix dissidentes, comme celle de l’Argovien Philipp Müller qui réclame une stratégie de l’argent propre, ont été étouffées par les tenants de l’orthodoxie du secret bancaire.

Ospel et Spuhler. «Non, je ne veux pas interdire ce débat. Mais je constate que cette stratégie de l’argent propre n’est pour l’instant qu’un vague slogan», souligne la cheffe de groupe. Ce faisant, elle prend le risque que son parti soit accusé de complicité avec des banquiers peu scrupuleux. «Lorsque UBS a commis toutes ses erreurs sous l’ère de Marcel Ospel avec Peter Spuhler (UDC/TG) au conseil d’administration, cette banque était plus proche de l’UDC que de nous», réplique-t-elle. La tête plongée dans ses dossiers, Gabi Huber peine à développer de vraies visions pour la Suisse. En matière de politique européenne, elle ne décèle pas le moindre essoufflement de la voie bilatérale. «Je ne vois aucune raison de changer une stratégie qui a l’appui du peuple.»

Si elle veut accéder à de plus hautes fonctions, l’Uranaise devra commencer par traverser la Sarine plus souvent. S’exprimant laborieusement en français, elle connaît encore mal la Suisse romande et ses actualités. Elle avoue tout ignorer de l’inauguration du Learning Center de Rolex à l’EPFL. Didier Burkhalter, le nouveau conseiller fédéral qu’elle a contribué à faire élire l’automne dernier, ferait bien de l’y inviter en mai prochain.

 

PROFIL: GABI HUBER

1956 Naissance à Schattdorf (UR).

1982 Ouverture de son propre cabinet d’avocat.

1996 Election à l’exécutif d’Uri.

2003 Election au Conseil national.

2007 Cheffe de groupe du PLR.

«JE SUIS QUELQU’UN DE TRÈS RATIONNEL QUI NE FAIT PAS DANS L’ÉMOTIONNEL EN POLITIQUE.»
Gabi Huber, cheffe du groupe PLR





Tags: Gabi Huber, parti libéral-radical,

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