La catastrophe keynésienne.
Par Guy Sorman - Mis en ligne le 05.03.2010 à 18:38
|
| La crise financière et la récession de 2008, crise et récession pas encore terminées, loin s’en faut,ont porté un coups sévère à la légitimité de l’économie libre et à la réputation des marchés. La pensée économique dominante favorable au libéralisme depuis les années 1980 , a cédé aux sirènes de la théorie keynésienne ou relance par la dépense publique : la crise , nous assure-t-on de ce côté-là , aurait été causée par un recul des Etats et un excès de déréglementation. Sortir de la crise exigerait donc un retour massif de l’intervention publique : ce que, de fait, nous constatons dans toute l’Europe et aux Etats-Unis. Mais, ce qu’il faut bien appeler « L’ affaire grecque » devrait modifier radicalement l’alternative simpliste entre le marché et les Etats. Les marchés sont évidemment imparfaits, aucun économiste libéral n’en doute. Mais, de cette imperfection du marché libre , on ne peut pas décemment conclure en la perfection de l’intervention publique. On peut même envisager que la gestion publique est plus dangereuse encore que la gestion privée , la réglementation publique tout aussi aléatoire que la déréglementation: appelons cela, la preuve par la Grèce. Car la falsification de la comptabilité publique grecque et les turpitudes qu’elle révèle, ce n’est pas seulement une erreur comptable. Masquer le déficit réel du budget de l’Etat grec aura exigé un gigantesque réseau de complicités incluant toute la classe politique, la bureaucratie publique et les banques. Ce réseau de complicités n’est pas limité à la Grèce : il a nécessairement englobé ses partenaires européens, les dirigeants politiques de l’Europe, les gestionnaires de la zone euro, les dirigeants de la Banque centrale européenne ( Jean Claude Trichet en privé n’a jamais nié qu’il connaissait la véritable situation comptable de la Grèce et de l’Italie ) et la Commission européenne. On ne peut pas croire que la Direction générale des affaires économiques et financières à Bruxelles, ignorait la réalité grecque ; et on s’étonnera que l’institut statistique de la Commission européenne, Eurostat, publie depuis des années des chiffres délibérément faux à faire pâlir d’envie les fausses notations des agences privées impliquées dans la crise de 2008. Quelle pouvait bien être la raison cachée de ce mensonge d’Etat collectif? Sans doute , faire croire qu’il existe une zone euro , une monnaie commune destinée à concurrencer le dollar américain. Rappelons que la vertu théorique de l’ euro est de faire baisser les taux d’intèrêt en Europe : plus une monnaie est solide , plus les taux sont bas ce qui favorise le développement économique ( ou dans le cas de l’Espagne et du Portugal , la spéculation immobilière ). Les Européens avaient donc tout avantage à couvrir la Grèce pour protéger l’euro . Qui a révélé la supercherie ? Non pas les autorités grecques ni les autorités européennes mais les « affreux » spéculateurs privés. L’ Etat grec , à son grand désespoir , a soudain découvert qu’il ne pouvait plus vendre ses Bons du Trésor sur les marchés financiers au même cours que les Allemands : les opérateurs sur les marchés , ont décidé que l’ euro grec n’était plus l’équivalent d’un euro allemand. Devrait-on inculper ces opérateurs privés pour avoir révélé une réalité que les gouvernements occultaient ? Mais ces opérateurs privés ont le devoir professionnel de générer des profits pour le compte de leurs clients , souvent des fonds de retraite . Tandis que les opérateurs publics ont eux, en principe,le devoir de gérer l’euro selon des règles prévisibles et transparentes. Il serait donc inconvenant d’accuser les opérateurs privés d’attaquer l’euro: si l’euro était au-dessus de tout soupçon, il ne serait pas attaqué . Et par-delà l’affaire grecque ,il devient soudain évident que l’ensemble de la zone euro est maintenant fragilisée par une exécrable gestion publique dans tous les Etats concernés . Aucun gouvernement de la zone euro , le plus vertueux restant tout de même l’Allemagne , ne respecte les deux fondements de l’euro , soit un déficit public inférieur à 3% de la Production intérieure brute et une dette publique inférieure à 60%de cette PIB. Après la Gréce , les Etats les plus endettés sont l’Irlande , l’Espagne et l’Italie , suivis d’un second peloton avec la France et le Portugal. Comment la zone euro est-elle devenue aussi hétéroclite, globalement mal gérée et à terme, imprévisible ? Les traditions locales – l’Etat dépensier en France, l’Etat menteur en Grèce – n’ont pas disparu et il s’y est ajoutée la catastrophe keynésienne. Au nom de la crise , l’idéologie keynésienne a conduit à une sorte de renationalisation de l’économie . Ce retour des Etats nous aura peut-être sauvés d’une récession plus profonde : on ne saurait le prouver ni le contredire puisque cette Grande crise n’a pas eu lieu. Mais il est prouvé ou au moins très probable que le retour des Etats et l’idéologie keynésienne nous lèguent un euro fragile et des dettes publiques ingérables. On ne peut exclure des faillites d'Etat sur le modèle argentin ou au moins, une ruineuse inflation pour "faciliter" le remboursement de la dette publique au prix de l'appauvrissement général. L’èconomie est une science cruelle parfois, puisqu’elle n’obéit pas aux injonctions politiques : elle n’offre le choix qu’entre des solutions imparfaites . D’un côté , les marchés sont aléatoires , exposés à des crises spéculatives et des faillites privées : mais ils conduisent , globalement , vers le développment collectif ce qui a été amplement démontré par l’hstoire . De l’autre côté , l’intervention publique confère de la sécurité mais à court terme .Cette illusion sécuritaire engendre des risques plus graves encore que ceux du marché : dettes publiques , inflation, stagnation. En économie on ne choisit pas entre le Bien et le Mal mais entre le mauvais et le moins pire: un chemin étroit mais tout de même connu pour ceux qui veulent connaître.
| Dossier 'Crise économique' | | |
|
Les autres articles de 'Le futur, c'est tout de suite' :
| | Les russes, les chinois et autres syriens.
 Au siège de l'ONU à New-York, le représentant de la France m'explique le refus de la Chine et de la Russie, de toute condamnation du gouvernemeny syrien. Par principe, ces... [suite]
 09.02.2012 15:51:00 - Par Guy Sorman (Le futur, c'est tout de suite) |
| | Civilisations, que de crimes...
 On sait définir une civilisation, à peu prés , quand elle a disparu: la civilisation héllénistique ou Inca par exemple. Quand elles vivent , mieux vaut parler de culture, évolutive... [suite]
 07.02.2012 16:10:00 - Par Guy Sorman (Le futur, c'est tout de suite) |
| | Comment l'Europe va s'en sortir.
 L'économiste autrichien, Friedrich Hayek, ennemi juré de Keynes, dans les années 1930, disait que" les Etats n'apprenaient que de leurs propres erreurs" : les suites de la crise financière de... [suite]
 29.01.2012 16:57:00 - Par Guy Sorman (Le futur, c'est tout de suite) |
Le sexe, moteur de la croissance chinoise.
 Hong Kong, La croissance chinoise ralentit : en dessous de 8% par an, l'économie urbaine ne pourrait plus absorber les quelques trente millions de paysans qui chaque année partent chercher... [suite]
 27.01.2012 23:31:00 - Par Guy Sorman (Le futur, c'est tout de suite) | | | |
Voir les autres articles de ce blog
|