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FÉDÉRALISME Soucieux des compétences des cantons, les sénateurs, dont dix-sept sont d’anciens conseillers d’Etat, consultent beaucoup la Constitution, leur bible.
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Elections
La chambre des Lumières

Par Catherine Bellini - Mis en ligne le 12.10.2011 à 15:29

Le Conseil des Etats attise toutes les convoitises cet automne, et tout particulièrement celles de l’UDC. Portrait d’une Chambre haute en influence qui rend les politiciens heureux.

 

Les sénateurs ne se prennent pas pour la queue de la poire. Normal. Quand l’un d’entre eux s’exprime, posément installé dans son fauteuil, toute l’assemblée le regarde et l’écoute avec attention. Personne ne pianote sur son ordinateur. D’ailleurs c’est interdit.

LA LIBERTÉ DE PAROLE OCCUPE UNE GRANDE PLACE DANS LE COEUR DU BONHEUR SÉNATORIAL.

Pas question non plus de remonter ses manches pour taper sur la table. Ce n’est pas le genre de la maison. De toute façon, «le règlement prescrit une tenue convenable», rappelle le président du Conseil des Etats Hansheiri Inderkum, PDC uranais. On arbore toujours la cravate, on ne tombe jamais la veste.

Et quand vient le dernier vendredi de la session, chacun se lève, se sert la main avec courtoisie. Même le petit dernier, l’UDC bernois Adrian Amstutz, n’en revient pas: «J’ai été très bien accueilli par tous, y compris à gauche.» Heureux d’être là, il apprécie d’être écouté «comme une personne plutôt qu’un représentant de parti».

Il faut savoir qu’au Conseil des Etats, on ne prononce jamais la formule «au nom du parti XY…». Ici, on parle en son nom propre. Au moment de voter, on ne presse pas sur un vulgaire bouton, on lève la main, solennel comme lors d’une Landsgemeinde.

Toutes les tentatives d’introduire le vote électronique ont échoué, d’où sa réputation de Chambre obscure. Le sénateur socialiste Alain Berset (FR) contrecarre le soupçon d’opacité: «Une caméra balaie la salle quand nous levons la main. C’est transparent! Chacun peut vérifier sur l’internet.»

La liberté de parole occupe aussi une grande place dans le coeur du bonheur sénatorial. Alors que les interventions au Conseil national sont minutées, réservées aux porte-parole des commissions et des groupes, un conseiller aux Etats parle quand bon lui semble, aussi longtemps qu’il le souhaite et sur tous les thèmes qui lui chantent. Mais il n’en abuse pas, ce qui étonne aussi Adrian Amstutz.

Les sénateurs se prennent au sérieux. Normal encore: chacun des 46 conseillers aux Etats – deux par canton, un par demicanton – sait qu’il pèse quatre fois plus qu’un des 200 conseillers nationaux, ces collègues bruyants et indisciplinés qu’on regarde avec une légère condescendance du haut de la Chambre haute.

Gentiment dit par le sénateur socialiste Didier Berberat (NE), cela donne: «Le National travaille plutôt avec le coeur et les tripes alors que la raison domine aux Etats.»

Et cette raison s’impose généralement au bout du processus parlementaire. Le Conseil des Etats a souvent le dernier mot. Mais aussi le premier! Comme l’a démontré une étude de l’Université de Berne, il est plus fréquemment le premier Conseil à traiter les objets parlementaires.

Parce que plus rapide, plus rationnel et plus consensuel, on préfère qu’il donne le ton, surtout dans les affaires délicates. Ce fut le cas pour l’accord UBS avec les Etats-Unis. Le National a louvoyé, les Etats étaient d’emblée pour. Idem pour le paquet économique pour lutter contre le franc fort.

La concurrence des conférences. Le Sénat joue ainsi le filet de sécurité quand le National s’égare. Il calme ses ardeurs. C’est l’une de ses raisons d’être. «Dans une démocratie directe, nous avons intérêt à trouver des solutions qui puissent convaincre une majorité de citoyens», résume Alain Berset.

Mais il y en a d’autres. A ceux qui se demandent à quoi sert le Conseil des Etats à l’heure où les conférences intercantonales (de la santé, des finances, etc.), défendent directement leurs intérêts à Berne, le président Hansheiri Inderkum répond:

«Le Conseil des Etats veille à la construction fédéraliste de notre Etat, il n’est pas qu’une représentation des cantons. Sa tâche première consiste à faire de la politique fédérale, mais avec une optique spécifique, celle de soigner la cohésion. Entre la ville et la campagne, entre les régions, les vieux et les jeunes, les Suisses et les étrangers. Une tâche qui dépasse la simple défense des intérêts cantonaux.»

Les sénateurs entretiennent d’ailleurs de bonnes relations avec les conférences des cantons, comme avec les lobbyistes cantonaux accrédités au Palais fédéral. Même si, dans le domaine de la santé, on les sent parfois plus influencés par les lobbies des assureurs que par les cantons.

Les sénateurs ne sont pas nés de la dernière pluie. S’ils se montrent si raisonnables, c’est d’abord parce que le mode d’élection privilégie les personnalités consensuelles et connues. Hormis Neuchâtel et le Jura, les cantons connaissent l’élection à la majorité.

Les candidats doivent convaincre bien au-delà de leur parti. De plus, les sénateurs jouissent d’une riche expérience politique, soit qu’ils aient siégé dans des exécutifs – 17 sont d’anciens conseillers d’Etat – soit qu’ils aient passé plusieurs années au National, comme c’est le cas pour les deux tiers d’entre eux.

Il s’agit donc de politiciens rodés à la recherche du consensus. Et très friands de la forte influence qu’ils exercent aux Etats. Même si la charge de travail s’alourdit considérablement. Chacun siège en effet dans trois ou quatre commissions – contre une ou deux au National – et développe des compétences dans un nombre impressionnant de dossiers.

«Franchement, au Conseil des Etats, on est tous des quasi-professionnels. Il n’y a pas moyen de faire autrement», lâche Alain Berset, qui passe en moyenne quatre jours par semaine à Berne.

Cette intensité resserre les liens: ils se connaissent très bien à force de travailler ensemble dans des commissions qui comptent au maximum 13 membres (contre 27 au National), à force de partager repas (souvent) et excursions (une fois par an).

Nourrie de convivialité et de respect, l’assemblée développe un esprit de corps qui se traduit par un soutien aux «siens» quand vient le temps des élections au Conseil fédéral. «Berset fera facile 40 voix chez les conseillers aux Etats», estime l’un d’eux. Simonetta Sommaruga avait déjà profité de ce bonus, comme Samuel Schmid ou Hans-Rudolf Merz avant elle.

Elle n’est pas celle que vous croyez. Malgré son parfum d’élite, sa haute densité en «docteurs» au m2, la Chambre haute ne plane pas. Elle est même plus proche du peuple que la Chambre du peuple. Une étude, de l’Université de Fribourg celle-ci, relève que les sénateurs votent très souvent comme les citoyens de leur canton.

Ils arrivent à 69% de concordance avec le peuple, contre 60% pour les conseillers nationaux. Ils ont dépoussiéré aussi leur réputation conservatrice et font preuve d’ouverture, acceptant d’emblée l’augmentation de 5% de l’aide au développement, tout comme le droit des jeunes sans-papiers à suivre une formation professionnelle.

Mais avec son noyau dur de radicaux et de démocrates-chrétiens, l’assemblée reste de centre droit dans les questions économiques, fiscales et sociales.

Tant de bonheur et d’influence attisent le désir. En cet automne électoral, 150 candidats rêvent de se glisser entre les bras d’un fauteuil sénatorial.

L’UDC lance ses hommes les plus populaires – le stratège en chef Christoph Blocher à Zurich, le candidat potentiel au Conseil fédéral Caspar Baader à Bâle, le président du parti Toni Brunner à Saint-Gall, Jean-François Rime à Fribourg, Oskar Freysinger en Valais.

Prétendants tout en brusquerie – on ne se refait pas – ils ont commencé par bafouer cette Chambre comme une traînée, ils l’ont traitée d’obscure qui flirte avec la gauche et l’étranger. Ils l’ont accusée de toute une «liste de méfaits». Puis, tout soudain, ils ont mis en sourdine un ton décidément peu sénato-compatible.

Les sénateurs en place, eux, ne tremblent pas face à l’assaut. Ils ne croient pas à son succès: les politiciens trop marqués à gauche ou à droite peinent à se faire élire en leur cénacle. Et si par surprise certains y parvenaient tout de même, ils se fonderaient vite fait dans le moule.

«Si l’Argovien Ulrich Giezendanner se mettait à crier comme il le fait parfois au National, il se ferait remettre à l’ordre. Et par ses propres collègues de parti!» prédit un sénateur.

D’ailleurs, tout le monde vous le dira aux Etats, il a suffi de deux sessions pour que l’UDC Adrian Amstutz s’adoucisse. Normal: la Chambre haute rend les politiciens influents, donc heureux et forcément enclins à la tendresse.


Force des partis

Le centre reste maître aux Etats

Comme au bon vieux temps du Conseil national, le centre fait la loi au Conseil des Etats. Sur 46 sièges, les démocrates-chrétiens en occupent 14, les libéraux-radicaux 12, suivis des socialistes (8), de l’UDC (7), des Verts (2), des Vert’libéraux (2) et du PBD (1). Les Bernois ont modifié la répartition des forces en cours de législature.

Avant l’élection de Simonetta Sommaruga au Conseil fédéral, le PS occupait un siège de plus. Quant à l’UDC, il a commencé par perdre le fauteuil de Werner Luginbühl, parti au PBD, mais l’a récupéré grâce à Adrian Amstutz.

 

Vaud

Mince espoir à droite

Principaux candidats: Géraldine Savary, socialiste (sortante, élue au second tour en 2007 avec 88 056 voix); Luc Recordon, Vert (sortant, élu au second tour en 2007 avec 86 350 voix); Fathi Derder, libéral; Isabelle Moret, radicale; Guy Parmelin, UDC (62 092 voix en 2007).

Pas moins de treize candidats se disputent les deux fauteuils de sénateur vaudois. Beaucoup ne font que de la figuration, soucieux d’assurer leur visibilité pour le Conseil national. En 2007, le tandem rose-Vert Savary-Recordon s’était imposé au second tour avec plus de 24 000 voix d’avance sur le ticket radical-UDC de Charles Favre et Guy Parmelin, Géraldine Savary comptabilisant sur son nom plus de voix (88 056) que Pierre-Yves Maillard quelques mois plus tôt (mais moins que le radical Pascal Broulis), lors de l’élection du Conseil d’Etat.

Pour la première fois de son histoire, la droite vaudoise n’avait plus aucun représentant au Conseil des Etats. Pas sûr que 2011 permette de rectifier le tir.

Les deux sortants ont fait du bon travail pendant la législature – Géraldine Savary s’est glissée avec méthode et efficacité dans son costume de sénatrice, Luc Recordon jouit d’une grande autorité morale – et ont mené une campagne de terrain minutieuse.

Affaiblis par le départ de Claude Ruey et de Charles Favre, les partis libéral et radical ont concentré leur stratégie sur le maintien de leurs sièges au National.

Le nombre de candidats en lice laisse toutefois augurer d’un ballottage. Si Géraldine Savary est élue et qu’Isabelle Moret n’est pas dépassée par Guy Parmelin, la radicale a une petite chance de s’imposer aux dépens de Luc Recordon au second tour.

L’élection complémentaire au Conseil d’Etat, suite au décès de Jean-Claude Mermoud, a brouillé les cartes. Guy Parmelin, successeur attendu de longue date, s’est désisté non sans que maints radicaux l’aient labellisé «UDC agrarien féquentable», quand bien même il fait partie du comité de la nouvelle initiative contre les accords bilatéraux.

Quel sera l’impact de ce blanc-seing sur l’électorat? Et où iront les voix recueillies au premier tour par les deux candidats PDC et Vert’libéraux, les deux représentants du Mouvement citoyen vaudois et celui de l’Union démocratique fédérale?

Cette désunion-confusion de la droite apparaît comme une répétition générale des enjeux de l’élection au Conseil d’Etat en mars prochain. La gauche sait ce qu’elle veut et parvient à surmonter les tensions entre socialistes et Verts pour l’obtenir, la droite est en panne de leadership, l’UDC récusant celui, historique, des radicaux et des libéraux, sans parvenir à imposer le sien.


Genève

Libéral pétulant versus Vert sortant

Candidats principaux : Liliane Maury-Pasquier, PS (sortante, élue avec 49 057 voix en 2007, au premier tour); Robert Cramer, Verts (sortant, élu avec 45 419 voix en 2007, premier tour aussi); Christian Lüscher, PLR.

A Genève, il suffit d’avoir un tiers des voix pour être élu, en théorie la libérale Martine Brunschwig Graf en avait obtenu suffisamment en 2007, mais elle arrivait en 3e position. Liliane Maury Pasquier devrait passer sans problème, tandis que les hommes vont s’affronter dans une lutte qui semble ouverte.

Les Genevois aiment bien la cohérence de cette sereine socialiste qui, sage-femme de profession, a accouché la moitié de la République et peut compter sur de très solides réseaux dans le milieu associatif.

Il en va autrement pour son colistier le Vert Robert Cramer. Très pris par son double mandat durant les deux premières années, l’ancien conseiller d’Etat s’est montré assez discret sous la Coupole. Et même si la qualité de son travail est généralement jugée équivalente à celle de la socialiste, il semble un peu seul cette année.

Le fait qu’il se consacre désormais pleinement à son activité parlementaire pourrait pourtant lui valoir un regain d’amour de la part de ses propres troupes, nombreux étaient les Verts à avoir préféré la socialiste il y a quatre ans. La partie sera rude, pourtant.

Surtout en face du flamboyant et hypermédiatique Christian Lüscher. A se demander s’il n’aurait pas initié l’erreur sur son prénom – Christophe et non Christian figure sur le bulletin de la liste du PLR – pour qu’on parle encore davantage de lui. Une gageure, tant il est omniprésent.

Qu’on allume la télévision, la radio ou qu’on fasse des recherches sur l’internet, impossible de passer à côté de l’ancien candidat à la succession de Pascal Couchepin. Et puis la naissance de ses petites jumelles, c’est tellement chou. Même Nicolas Sarkozy doit verdir de jalousie.

Pour l’avocat, le défi est historique: réinstaller la droite genevoise au Conseil des Etats où elle n’est plus représentée depuis 2007. Pour y parvenir, il a passé un deal avec l’UDC lors de l’élection à la Cour des comptes, mais que les électeurs n’ont pas voulu entériner.

Les deux camps ont développé une stratégie de listes multiples pour mieux capter les suffrages. Christian Lüscher figure au côté du démocrate- chrétien Luc Barthassat sur 4 listes (y compris celle de l’UDC), le tandem rose-Vert sur pas moins de 6, et Mauro Poggia et Danièle Magnin du Mouvement citoyens genevois sur 2.


Fribourg

Un combat en deux rounds

Candidats principaux: Urs Schwaller, PDC (sortant, 45 202 voix en 2007 au premier tour); Alain Berset, socialiste (sortant, 35 068 voix en 2007); et Jean-François Rime, UDC (19 782 voix).

Dans le canton de Fribourg, l’élection au Conseil des Etats ne manquera pas de piquant. Non pas par le suspense qui régnera au premier tour:

le PDC Urs Schwaller et le socialiste Alain Berset – dont le tandem est très efficace sous la Coupole – devraient logiquement être réélus dans leurs fauteuils. Mais parce que tous les objectifs seront braqués sur le duel que se livrent les deux Fribourgeois qui briguent aussi le Conseil fédéral, Alain Berset et l’UDC Jean-François Rime.

En 2007, au premier tour, le socialiste (2e) avait devancé l’entrepreneur de Bulle (4e) de plus de 15 000 voix et n’avait même pas dû disputer un deuxième tour, le radical Jean-Claude Cornu (3e) s’étant désisté.

Locomotive de la liste UDC pour le Conseil national, Jean-François Rime sait que son parti doit absolument gagner un deuxième siège à la Chambre basse et se donner un profil de vainqueur à Fribourg s’il veut avoir des chances de figurer sur un éventuel ticket UDC pour le Conseil fédéral.

Aussi se montre-t-il très combatif, s’avouant moins consensuel que par le passé et attaquant frontalement Urs Schwaller, qu’il considère comme un «homme de gauche».

Ce n’est pas le cas, tout de même. Mais il est vrai que le tandem Schwaller-Berset mène une vraie campagne commune et que le leader PDC a quasiment appelé ses troupes à voter pour le socialiste dans La Liberté. Pour Jean-François Rime, le test est capital dans l’optique de l’échéance du 14 décembre.

Son président national Toni Brunner estime que la candidature Rime serait vraiment légitimée par le gain d’un deuxième siège au Conseil national et d’un mandat au Conseil des Etats. Or, si l’UDC atteindra vraisemblablement son premier but, elle devrait échouer au Sénat.

Jean-François Rime n’aurait de chances que dans le scénario d’une élection d’Urs Schwaller au premier tour, en comptant sur une forte mobilisation de l’électorat du centre droit dans un duel avec Alain Berset au second tour.

Or, l’entrepreneur bullois n’a guère été convaicant auprès de ces milieux durant sa campagne, ratant ainsi complètement sa prestation lors d’une manifestation de la Chambre du commerce fribourgeoise.

Il semble avoir été déstabilisé par la déclaration de Christoph Blocher privilégiant une candidature de Caspar Baader au Conseil fédéral par rapport à la sienne.


Dans les autres cantons romands

Peu de suspense en Valais et à Neuchâtel, une surprise toujours possible dans le Jura et à Berne

VALAIS. En Valais, les deux démocrates-chrétiens seront probablement réélus. Jean-René Fournier est intouchable et René Imoberdorf pas franchement menacé.

Certes, les autres partis présentent tous leur poids lourd: Stéphane Rossini pour les socialistes, Jean-René Germanier pour le PLR et Oskar Freysinger pour l’UDC. Mais en 2007, les deux PDC avaient totalisé plus de 20 000 voix d’avance sur leurs rivaux. Un confortable viatique qui devrait suffire cette année encore.

NEUCHÂTEL. A Neuchâtel, qui élit ses sénateurs à la proportionnelle, il ne devrait pas non plus y avoir de surprise: les deux partis héritant d’un siège sont connus d’avance: le PLR et le PS.

Quant au nom de leurs représentants, il faudrait un petit cataclysme pour qu’ils ne s’appellent pas Raphaël Comte (PLR) et Didier Berberat (PS). Certes, ces deux sortants viennent d’arriver à la Chambre haute (respectivement en 2010 et 2009), mais ils y ont désormais pris leurs marques.

JURA. Dans le Jura, on sait que l’électorat peut connaître des sautes d’humeur imprévisibles. En 2007, la PDC sortante Madeleine Amgwerd avait dû céder son siège à sa colistière Anne Seydoux-Christe.

Quatre ans plus tard, celle-ci a abattu un bon travail, mais sans grande visibilité. Est-elle menacée par sa colistière, la paysanne ajoulote Anne Roy? Pas vraiment. Anne Seydoux-Christe et le socialiste Claude Hêche devraient passer l’épaule.

BERNE. Dans le canton de Berne, c’est en revanche la bouteille à encre. Une grosse bataille fait rage entre les deux sortants, l’UDC Adrian Amstutz et le PBD Werner Luginbühl d’une part, et le socialiste Hans Stöckli d’autre part.

La logique voudrait que dans ce canton dont 60% de l’électorat vote à droite, les deux premiers s’imposent. Mais, avec sa bouille joviale de paysan roublard, l’ancien maire de Bienne a toujours su ratisser large. Il mène une campagne très active et pourrait bien faire mieux que sa camarade Ursula Wyss voici six mois, qui avait échoué de peu pour succéder à Simonetta Sommaruga.


Saint-Gall

Le sacre de la reine

Candidats principaux: Eugen David, PDC (sortant, 59 488 voix en 2007 au premier tour, élu avec 80 484 voix au second tour); Toni Brunner, UDC (61 648 voix au premier tour en 2007, non élu avec 68 667 au second tour); Karin Keller-Sutter, PLR.

Alors qu’elle n’est vraiment connue sur la scène politique nationale que depuis l’an dernier, Karin Keller-Sutter, en laquelle certains voient déjà une future présidente du Parti libéral-radical, est une étoile qui n’a rien de filante dans son canton: conseillère d’Etat depuis 2000, elle a réalisé le meilleur score du gouvernement lors de ses réélections en 2004 et en 2008.

Dans les sondages, la libérale-radicale fait figure de personnalité suisse la plus compétente sur la sécurité. Après que Johann Schneider-Ammann a pris sa place au Conseil fédéral, sa tentative de s’installer aux Etats se nimbe d’émotion: les Saint-Gallois auront à coeur de réparer l’affront dont son talent et son charisme furent victimes.

D’autant plus que les attaques de la Weltwoche – qui lui reproche d’avoir aidé une famille turque à rester en Suisse – fissure son profil de dame de fer d’une brèche humaine, digne de rafler des voix à gauche. Car le candidat socialiste, le syndicaliste Paul Rechsteiner, est inoffensif dans ce canton conservateur. Karin Keller-Sutter a de bonnes chances d’être élue au premier tour.

C’est le sortant Eugen David qui risque de pâtir de l’assaut UDC au premier tour. A 66 ans – vingt-quatre à Berne dont douze aux Etats –, le démocrate-chrétien s’accroche. Certes, comme président de la Commission de politique extérieure, il compte parmi les élus respectés à Berne. Mais il pourrait lasser les électeurs.

Le challenger UDC qui n’est autre que le président de parti Toni Brunner (son parti avait atteint 35,8% en 2007 et lui-même avait obtenu le meilleur résultat au premier tour) se présente donc pour la seconde fois.

Son score de 2007 promet de grimper: il empochera d’emblée les votes des démocrates suisses, qui ne présentent pas de candidat.

Par ailleurs, il pourrait bénéficier de la lutte sans merci que se livrent le PLR et le PDC: face à la perspective de perdre leur conseiller fédéral Schneider-Ammann s’ils tombent au niveau du PDC, les libérauxradicaux seront très tentés d’écrire plutôt le nom de l’UDC aux côtés de celui de Karin Keller-Sutter.

Quant au duel que se livreront Eugen David et Toni Brunner au deuxième tour, son issue reste incertaine, mais l’UDC risque de plafonner à nouveau.


Zurich

Blocher, le retour, épisode 3

Candidats principaux: Felix Gutzwiller, PLR (sortant, élu en 2007 avec 182 533 voix, au premier tour); Verena Diener, PVL (sortante, 100 418 voix au premier tour en 2007, élue avec 199 594 voix au second tour); Christoph Blocher, UDC.

Un combat de titans s’annonce à Zurich. La tête de l’UDC, Christoph Blocher, tentera de bousculer les deux élus sortants, qui se représentent sous de bonnes étoiles. Certes, Felix Gutzwiller est issu d’un Parti libéral-radical menacé, qui n’a atteint que 13,2% au Conseil national en 2007 et pourrait perdre encore un siège (sur quatre).

Cependant, le professeur de médecine est populaire. Etroitement connecté aux assurances (maladie), ce notable chéri des milieux économiques avait été plébiscité dès le premier tour en 2007. Cette année, il peut ajouter à son palmarès l’interdiction de fumer dans les lieux publics au niveau suisse, un des thèmes de société phare de la législature.

A ses côtés mais non apparentée, Verena Diener jouit d’une popularité plus transpartisane. Ancienne conseillère d’Etat en charge de la Santé, c’est une politicienne compétente et respectée, auréolée d’une classe certaine, qui semble parfois planer très au-dessus de la mêlée.

La «grande dame» a cofondé le Parti Vert’libéral en 2004 et voit aujourd’hui son schisme récompensé: le PVL aligne les succès en Suisse alémanique et pourrait à Zurich dépasser les Verts traditionnels. Verena Diener comptera assurément sur les votes de la gauche, dont les candidats devraient s’effacer au deuxième tour.

En effet, le PS n’a pas jugé utile d’envoyer un poids lourd et se contente du peu connu Thomas Hardegger, maire à Rümlang et député au Grand Conseil.

Pourtant, dans sa tentative de prendre pied dans la Chambre haute, Christoph Blocher risque bien de se casser les dents une nouvelle fois comme ce fut le cas contre l’indépendante Monika Weber en... 1987.

Et comme ce fut aussi le cas pour Ueli Maurer qui, bien que l’UDC ait caracolé à 33,9% au National en 2007, avait fini à 30 000 voix derrière Verena Diener au second tour, alors qu’il faisait 50 000 voix de plus qu’elle au premier. Par ailleurs, l’effet repoussoir de Blocher pourrait mobiliser les électeurs de gauche pour voter utile au deuxième tour: un ticket PLR-Verts’libéraux.

L’ancien conseiller fédéral manquerait donc lui-même le grand abordage de l’UDC au Conseil des Etats qu’il avait annoncé en fanfare ce printemps. Pour assurer son retour au Parlement (où il fut élu la première fois en 1979), il se présente donc aussi au National.





Tags: élections fédérales, Conseil des Etats, portrait, sénateurs,

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