La vidéo a fait le tour du monde en 2008. Harrison Ford entre dans un institut de beauté, ouvre sa chemise et se fait raser le torse. Rien d’esthétique dans la démarche, mais une métaphore de la déforestation. La planète applaudit l’engagement de la star hollywoodienne.
Le problème, c’est que l’increvable interprète d’Indiana Jones n’est pas si écolo que ça. Son hobby? Le pilotage. Et donc le rejet de monoxyde de carbone dans l’atmosphère. C’est peut-être un détail pour lui – et pour ses fans – mais pas pour le site américain Ecorazzi.com, qui s’empresse de publier l’information. Et de faire buzzer le web.
Créé en 2006, Ecorazzi – contraction d’écologie et de paparazzi – traitait à l’origine de l’engagement des stars pour la cause verte. Mais s’est rapidement tourné vers le green gossip – littéralement les cancans verts – à la plus grande joie du public (près de 500 000 pages vues par mois).
Green big brother. «Nous saluons l’engagement des stars, mais ne devons pas fermer les yeux sur leurs paradoxes, explique Michael d’Estries, fondateur d’Ecorazzi. Car la manière d’envisager l’écologie a changé avec le temps. Désormais, il faut que les actes soient en adéquation avec ce que l’on prêche.»
De la facture d’électricité d’Al Gore – près de 20 fois supérieure à celle d’un Américain moyen – aux semi-remorques suivant le bus écolo de Sheryl Crow, le site ne laisse rien passer, piochant ses informations parmi les innombrables dépêches et articles qui jalonnent l’internet, avant de les mettre en perspective.
Reste que l’on peut légitimement s’interroger sur l’utilité d’un tel big brother écolo. Car, si l’engagement d’une star peut sensibiliser le public à la cause, dénoncer ses écarts n’apporte pas forcément grand-chose. «C’est possible, reconnaît Michael d’Estries, mais en tant que site d’information, il est essentiel d’être aussi critique qu’élogieux.»
Fort de dix employés à pleintemps – dont cinq journalistes – Ecorazzi a réussi à imposer un nouveau modèle journalistique, en phase avec une époque toujours plus attentive aux questions écologiques. A tel point que, aujourd’hui, plusieurs sites ont recyclé la recette d’Ecorazzi pour se lancer dans le green gossip, tels Treehugger.com ou Grist.org.
Beau joueur – et attentif à la cause plutôt qu’au profit – Michael d’Estries voit dans cette émulation de nouvelles perspectives de développement pour ces véritables Wikileaks de l’écologie. «Si, au début, nous étions focalisés sur les questions environnementales, notre analyse a évolué, jusqu’à intégrer de nouvelles réflexions, des droits civils aux enjeux humanitaires.»
Des pistes qui pourraient donner une nouvelle dimension au site. Avant d’éclabousser les vedettes du Vieux Continent. Même s’il refuse de dévoiler ses intentions exactes quant au futur d’Ecorazzi, Michael d’Estries laisse entendre que son site va s’étendre au-delà des Etats-Unis. Les musiciens donneurs de leçons, les starlettes aux discours clés en main et les politiciens récemment convertis à l’écologie n’ont donc qu’à bien se tenir... en Suisse également.
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