La Chaux-de-Fonds possède une incroyable richesse en matière d’architecture. Plus personne aujourd’hui ne l’ignore après l’inscription, en 2009, de l’urbanisme horloger chaux-de-fonnier et loclois au patrimoine mondial de l’Unesco. A cet ensemble unique d’immeubles et de fabriques s’ajoutent un important héritage Art nouveau et bien sûr les fameuses villas de Charles-Edouard Jeanneret, le futur Le Corbusier.
Et début septembre, la ville disposera d’un atout supplémentaire: elle accueillera dans son magnifique Musée des beaux-arts, l’exposition de la Distinction romande d’architecture 2010 (DRA II). L’attribution des récompenses aura lieu le 4 septembre. Elle s’accompagnera de diverses manifestations, dont quelques visites guidées (lire encadré).
L’une d’elles conduira les visiteurs, côté ouest, à la découverte du groupe d’immeubles Numaga (1953-1954). Ainsi baptisé parce qu’il se situe à l’intersection des rues Numa-Droz et Louis-Agassiz, inspiré par les Unités d’habitation de Le Corbusier et notamment par la Cité radieuse de Marseille, cet ensemble méconnu fait partie des bâtiments chauxde-fonniers jugés «remarquables» dans l’inventaire réalisé par la commune. Il est l’œuvre d’André Gaillard qui, né en 1921 à La Chaux-de-Fonds, a réalisé l’essentiel de sa carrière à Genève où il s’est formé à l’Ecole d’architecture de l’université.
Comme le rappelaient, en 2005, une exposition et une publication des Archives de la construction moderne, André Gaillard est «un architecte emblématique des trente glorieuses». Tout à la fois bête à concours et promoteur quand il le faut, il participe à toutes les grandes aventures de l’époque moderne, création de villes nouvelles ou de stations touristiques, à la montagne comme à la mer, en Suisse ou en Espagne, et même dans les Caraïbes.
Avec son frère Francis, il se lance, dès 1962, dans la promotion et la construction de la station d’Aminona, en Valais, réalisation restée fameuses pour ses tours librement inspirées de motifs de l’architecture tibétaine. Dans les années 50 et 60, il réalise parallèlement plusieurs grands projets de logements collectifs, dont les immeubles Numaga qui font un peu figure de bâtiment fondateur dans sa démarche.
A l’époque, La Chaux-de-Fonds, en pleine expansion, se lance dans la construction de milliers de logements. L’ensemble Numaga se distingue toutefois par son inscription dans la trame urbaine. S’écartant de la fameuse grille orthogonale de la ville, André Gaillard, associé à Maurice Cailler, opte ici pour une implantation libre des masses disposées autour d’un jardin et entourées d’espaces verts.
Constitué de deux corps de bâtiments de hauteurs différentes et perpendiculaires l’un à l’autre, l’ensemble Numaga offre 133 logements économiques de diverses tailles, disposés de manière à profiter le mieux possible de l’ensoleillement et de la lumière. On y retrouve la typologie des duplex chère à Le Corbusier et même une villa installée sur le toit comme une grosse sculpture ou la cabine d’un bateau.
Pas de décoration ni de luxe inutiles. Béton brut de décoffrage, treillis et peinture, les matériaux sont simples et fonctionnels mais utilisés de manière cohérente et esthétique. L’alternance des pleins, des vides et des saillies amplifie les qualités spatiales des loggias. Jouant avec les couleurs primaires (le rouge, le jaune et le bleu), l’architecte s’en sert pour individualiser les logements tout en rythmant la façade.
L’ensemble Numaga comprenait un restaurant et quelques commerces. Dans ses premières années, il accueillera même une galerie. Bien connue des amateurs d’art, la Galerie Numaga existe toujours. Mais elle a déménagé à Auvernier, puis à Colombier. «J’ai ouvert la galerie en 1956 dans la petite villa sur le toit, se souvient Gilbert Huguenin. J’y avais aussi mon appartement et mon bureau.
Ce n’était pas immense mais je disposais de deux grandes terrasses pour exposer des sculptures. A l’époque, l’immeuble abritait pas mal d’intellectuels. L’écrivain Yves Velan y a habité, et brièvement l’artiste Carlo Baratelli. Il y avait aussi quelques ouvriers, mais pas de bourgeois. C’était pour eux trop moderne!»
DISTINCTION ROMANDE D’ARCHITECTURE 2010 (DRA II)
Exposition
Musée des beaux-arts de La Chauxde-Fonds. Du 5 au 19 septembre 2010. Vernissage le samedi 4 septembre à 17 h. La publication qui l’accompagne sera distribuée avec L’Hebdo du 16 septembre.
Visites guidées
Visites, entre autres, du crématoire, chef-d’œuvre Art nouveau, de la Maison blanche et de la Villa turque, œuvres de jeunesse de Le Corbusier, de l’ensemble Numaga le 4 septembre dès 13 h.
Conférence
Président du jury de la DRA II, l’architecte zurichois Mike Guyer évoquera les projets récents du bureau Gigon/Guyer le 7 septembre à 20 h 15 au Club 44.
Et aussi
Les 11 et 12 septembre, les Journées européennes du patrimoine ouvrent au public certains hauts lieux de l’architecture chauxde-fonnière. www.venezvisiter.ch
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