La chronique de Chantal Tauxe. Pays de Lâches
L’UE pourrait jouer les securitas pour nous.
Avoir été préservé des guerres, des conflits et des fureurs du monde excuse-t-il la lâcheté ou cette exception entraîne-t-elle quelques devoirs? Afin de stopper la piraterie au large des côtes somaliennes, l’Union européenne nous a proposé de participer à la sécurité des convois. Depuis plus d’un mois, le pays se déchire sur l’opportunité d’envoyer nos soldats défendre nos intérêts. Débat surréaliste. Pour une fois que l’armée pourrait démontrer ses capacités et son utilité, on préfère envisager de rétribuer les Européens afin qu’ils protègent nos bateaux. Payer pour que d’autres fassent le sale boulot, voilà bien une attitude de nantis arrogants. Comme si l’UE était disposée à jouer les Securitas pour nous. Les prisons d’exception de Guantánamo seront fermées. Barack Obama met fin à une infamie cautionnée indirectement par moult nations européennes dont la Suisse, comme l’a démontré le conseiller aux Etats Dick Marty. Micheline Calmy-Rey annonce notre disponibilité pour accueillir certains détenus relâchés faute de charges. Effroi des bonnes âmes. Certains responsables cantonaux font preuve d’une pusillanimité rare, calfeutrés dans un fédéralisme étriqué: «Laissons les Etats-Unis se débrouiller avec les problèmes qu’ils ont créés.» A quoi sert la neutralité si elle ne permet pas, notamment à l’issue d’un conflit, de venir en aide à des victimes? Avec ce genre d’attitude, la Suisse de l’après-Seconde Guerre mondiale n’aurait accueilli aucun rescapé des camps («ce sont les Allemands qui les ont affamés», aurait-on dit), aucun réfugié hongrois ou tchèque («ce sont les Soviétiques qui les ont chassés»). Notre classe politique révèle son peu de connaissance des ressorts de la politique étrangère, son manque d’envergure humaine, son incapacité à se hisser à la hauteur des enjeux. Où est passée la Suisse gardienne des Conventions de Genève? Ce pays s’arc-boute sur une souveraineté formelle. A ne pas assumer un minimum de responsabilités sur le plan international, il laisse apparaître son vrai visage, un petit satellite de l’UE, sans courage, qui revendique le droit à ne pas être dérangé. Triste.
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