La chronique de Geneviève Brunet. Petit jeu de cache-cache avec mes biais cognitifs
Faut-il se fier à ses intuitions, forcément biaisées?
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La liberté de penser ne serait-elle qu’une illusion? Les printemps accumulés sur notre compteur de vie renforcent des ennemis aussi sournois qu’intérieurs: nos biais cognitifs. Collecter des informations vérifiées n’est que le premier pas, méritoire, sur la voie du raisonnement juste. Il convient ensuite d’analyser ces données avec le moins d’a priori possible pour en tirer des conclusions pertinentes. C’est là que les émotions ressenties lors d’expériences passées – voire la simple constatation qu’un type d’événement a déclenché plusieurs fois une même conséquence – peuvent induire lourdement en erreur. Une ruse des biais cognitifs.
A malins, maligne et demie: aux miens de se débrouiller désormais avec des questions à double formulation. Une action qui a chuté de 50% est-elle promise à un rebond violent? Une action qui doit engranger 100% de plus-value pour regagner son plus haut est-elle un titre pourri? Une déflation peut-elle être vaincue en quelques mois? Les plans de relance massifs vont-ils déclencher une inflation dans quelques mois? Le franc est-il toujours une valeur refuge? Va-t-il pâtir de l’affaiblissement des grandes banques? Les acteurs économiques retrouveront-ils rapidement leurs habitudes? La violence de la crise va-t-elle modifier durablement les comportements des entreprises et des consommateurs?
A ce stade, force est de constater que les biais cognitifs restent maîtres de la course à l’illusoire objectivité. Car, pour avoir les réponses, quel est le mode d’emploi idéal: jouer à pile ou face? Se fier à la rationalité supposée des experts? Rafistoler dans l’urgence les modèles de probabilités qui ont failli, pour y ajouter quelques données? Ou se fier à ses intuitions, forcément biaisées?
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