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La chronique de Jacques Pilet. De la guerre à la crise

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 12.03.2009 à 06:00

Les oiseaux de malheur ont bien le droit de croasser. Mais, ce faisant, ils ne font qu’accélérer la déroute.

Il y eut la spirale de l’euphorie. La croissance croissait. La Bourse montait. Le crédit permettait tous les rêves. L’optimisme nourrissait l’optimisme.
Il y a maintenant la spirale du pessimisme. Pour être dans le coup, il faut prédire la catastrophe. Chacun en rajoute. Les prévisionnistes rivalisent dans la noirceur.

Celui qui pousse l’horreur le plus loin s’appelle Franck Biancheri. Cet économiste dirige un institut de recherche international, le LEAP (Laboratoire européen d’anticipation politique). Il prédit la dislocation de nos sociétés. Parce que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne seront bientôt en faillite, à court de prêteurs, et leur naufrage secouera toute la planète. Au bout du chômage et de la pauvreté, la détresse sera telle que, dans les pays les plus touchés, on assistera à des émeutes sinon des guerres civiles.

Ce provocateur avance des propositions pour éviter le pire. Que le G20 d’avril prennent des décisions audacieuses. Qu’il refonde le système financier mondial. Par exemple en créant une nouvelle monnaie de référence, puisque, selon lui, le dollar va s’effondrer. Elle pourrait s’appeler le «global», un panier réunissant les devises des pays les plus puissants, Chine, Russie, Brésil et Inde compris. Et puis, bien sûr, il faudra en finir avec les paradis fiscaux. Piquant: Biancheri est Monégasque.

Cet Européen convaincu (il préside le réseau Newropeans) pourfend les dirigeants de l’Union: leurs plans de relance, d’après lui, sont inutiles. Ils ne font que prolonger des secteurs condamnés à se ratatiner, à commencer par les banques. Il faut, affirme-t-il, s’en prendre à la racine du mal, car nous vivons «une crise systémique mondiale».
A-t-il raison? A-t-il tort? Nous verrons bien.
 
En attendant, on peut se demander ce qui passe par la tête de ces sombres oracles. Que cherchent-ils au juste? Nous alerter et nous aider à rebondir? Peut-être. Beaucoup cherchent aussi à se faire mousser. Quelques-uns, notamment au FMI et à la Banque mondiale, se disent que le désastre leur redonne une raison d’être, un peu perdue de vue ces dernières années. Il y a aussi des spéculateurs pas malheureux de la dégringolade: ils parient sur la baisse des actions et des monnaies vulnérables. Il y a enfin tous ceux qui profitent du sinistre climat pour faire passer des mesures impopulaires, imposées en réalité non par la conjoncture mais par leurs fautes passées: ils trouvent un bon prétexte pour licencier, pour délocaliser, pour vendre leur entreprise.

Les oiseaux de malheur ont bien le droit de croasser. Mais, ce faisant, ils ne font qu’accélérer la déroute.
Ce qui gêne, dans leur concert, c’est la tonalité du fatalisme. Le pire est inexorable. Comme si l’avenir était enfermé dans un seul scénario. Le plus noir.

Alors que celui-ci, s’il est plausible, n’est pas certain. La suite des événements dépendra aussi des décisions, des initiatives, des idées, des révoltes, des trouvailles, des élans imprévisibles.
 
Il serait naïf d’attendre le salut d’un sursaut soudain de lucidité et de courage chez les dirigeants politiques du G20. La gouvernance mondiale n’est pas pour demain. L’éclaircie viendra par trouées disparates. Certains gouvernements sauront y faire, d’autres pas. Quelques-uns sauront montrer la voie d’une croissance réinventée, d’autres ne feront que du replâtrage. Ici, les responsables du système pourri resteront en place, là, ils seront mis hors d’état de nuire et remplacés par des figures nouvelles moins cupides. Des peuples se rebelleront, d’autres pas. La révolte sera salvatrice ici, fatale là.

Cette image d’un globe prisonnier d’une mécanique uniforme est en partie juste, mais trompeuse aussi. Le monde est plus complexe que ne le pensent les théoriciens du déclin. Oui, les Etats-Unis, d’où est partie la folie, sont promis à une longue descente aux enfers. Mais plusieurs pays, la Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres sont en train de s’armer pour s’en rendre moins dépendants et ne pas se laisser entraîner dans le gouffre. Pourquoi pas l’Europe? Elle a des atouts pour ce faire. Les Européens doivent d’abord croire en eux plutôt que de se lamenter sur quelque immaîtrisable destin.
 

www.hebdo.ch

Retrouvez les chroniques de Jacques Pilet  sur son blog.





Tags: Chronique, Jacques Pilet, Opinion,

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Réaction de Grapesagain
le 14.03.2009 à 00:08
J'aime beaucoup la tonalité de l'article: peut-être que ci, peut-être...
 
Réaction de Raider99
le 12.03.2009 à 09:33
Ce qu'oublie de préciser l'article c'est que LEAP et Biancheri...
 



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