La chronique de Jacques Pilet. Triste pape
C’est la plus haute autorité de l’Eglise qui donne le ton: celui du retour au passé, celui de l’autisme face aux autres confessions.
S’il y a un front mondial qui se durcit, c’est celui des religions. Dans le monde musulman – chez les sunnites comme chez les chiites – ce sont les mouvances les plus intolérantes, les plus rétrogrades, qui progressent. Chez les juifs, en Israël et ailleurs, l’heure est au durcissement du discours plus qu’à l’ouverture. Chez les protestants, ce sont les sectes évangéliques qui essaiment partout, dans une vraie croisade planétaire. Avec, à la clé, une foi intégriste et une morale étroite. Et chez les catholiques? Là, c’est la plus haute autorité de l’Eglise qui donne le ton: celui du retour au passé, celui de l’autisme face aux autres confessions. La décision du pape Benoît XVI de réintégrer les évêques dissidents de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X est d’une portée spirituelle et politique qu’éclipse le vacarme autour de Mgr Richard Williamson. Vacarme d’ailleurs justifié. Ce pape qui, adolescent, traîna ses culottes dans les jeunesses hitlériennes, a poussé l’inconscience jusqu’à annuler l’excommunication d’un évêque révisionniste! Un prélat qui, il y a quelques semaines, déclarait: «Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz. (...) Je pense que 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz.» Dans la communauté juive, on le comprend, c’est le tollé. De nombreux catholiques ne sont pas moins offusqués: des cardinaux, des évêques trouvent même le courage de protester auprès du Vatican. Quant aux fidèles, ils inondent les blogs de leur colère. «Que se passera-t-il si Williamson pose une bombe dans une synagogue, écrit l’un d’eux. Le pape le nommera-t-il cardinal?»
Mais, au-delà de ce sulfureux personnage, il est question d’intégristes dont on ferait bien de ne pas oublier les convictions. L’un d’eux, l’abbé Régis de Cacqueray, dimanche dernier à la grand-messe de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, pourfendait la liberté religieuse, le «regard démagogique» sur les autres religions, déplorant le «souffle démocratique» de l’épiscopat, rappelant que «l’Eglise est une monarchie dont le monarque est le pape». Un autre représentant de cette «fraternité», l’Allemand Franz Schmidberger, de Stuttgart, écrivait récemment: «Avec la crucifixion du Christ, le rideau du Temple s’est déchiré, l’ancienne alliance défaite. Ainsi les Juifs de nos jours ne sont pas seulement nos anciens frères dans la foi. Ils partagent plutôt la culpabilité de l’assassinat de Dieu, aussi longtemps qu’ils ne se distancient pas de leurs ancêtres en reconnaissant la divinité du Christ et l’absolution par le baptême.» Et ce sont ces gens-là, empêtrés dans leur univers moyenâgeux, que le pape vient de réhabiliter.
Joseph Ratzinger est un coutumier de la gaffe. A chaque fois, il essaie ensuite de la corriger. Sans y parvenir vraiment. Donnant le sentiment qu’il parle et décide trop vite, trop seul. Mais tous ces propos que l’on dit simplement maladroits ont une cohérence. Il a ainsi affirmé que «les protestants ne constituent pas des Eglises au sens propre»... Parce que, à ses yeux, il ne peut y en avoir qu’une: Ecclesia est una, sancta, catholica et apostolica. Il a osé dire que les Indiens d’Amérique du Sud attendaient l’arrivée de l’Evangile... porté au bout des sabres conquérants. Il a provoqué la colère des musulmans en citant les jugements insultants d’un obscur intellectuel du Moyen Age. Il ne manque pas une occasion de pourfendre les libéraux, qualifiés de «relativistes». Mais il se tait devant les outrances des excités réactionnaires et antisémites de Radio Maryja, en Pologne. De maladresses en omissions, le fil apparaît: celui de l’intolérance, du retour à une Eglise fermée sur elle-même. Cela s’explique: ce triste pape n’a connu que les séminaires, les couvents, les palais du Vatican. Il a si peu abordé la vie réelle. Sa connaissance du monde n’est pas celle de la rencontre, c’est celle des livres, des livres poussiéreux dont il s’est gavé. Bien qu’elle fasse souffrir nombre de catholiques, cette dérive passéiste ne serait pas trop grave si elle ne rejoignait pas des évolutions comparables dans les autres grandes religions. Quand tairont-elles leurs vénéneuses ardeurs?
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| Réaction de ythetaz le 10.02.2009 à 14:58 | | Monsieur Pilet,
Est-ce volontaire? Faites-vous exprès? Ou est-ce que tout simplement... Monsieur Pilet,
Est-ce volontaire? Faites-vous exprès? Ou est-ce que tout simplement vous ne savez pas?
Les quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X n'ont nullement été "réintégrés" ou "réhabilités", comme vous le dites. Rome a simplement levé l'excommunication qui pesait sur ces quatre personnes. Parlez-vous sciemment de "réintégration" ou de "réhabilitation"? Vous êtes-vous réellement renseigné sur la signification de la levée des excommunications? Savez-vous que, pour informer vos lecteurs, il faut d'abord que VOUS vous informiez?
Alors permettez-moi de faire votre travail à votre place et de vous informer tout d'abord de la signification d'une excommunication. On pourrait dire que c'est une mesure disciplinaire visant à faire prendre conscience de l'erreur dans laquelle se trouve une personne. Le but d'une excommunication est donc d'interpeler une personne et de lui signifier qu'elle fait fausse route. En effet, tant qu'une brebis perdue ne sait pas qu'elle s'est perdue, elle ne peut pas faire un effort pour revenir au troupeau!
Ainsi, si une excommunication n'est pas levée, c'est qu'elle n'a tout simplement pas atteint son but. Dans notre cas, les quatre évêques ont demandé à plusieurs reprise la levée de l'excommunication, affirmant la douleur qu'elle leur causait. Benoît XVI, dans un geste de paternelle miséricorde, a accédé à leur demande. Cela ne signifie en aucun cas que ces évêques sont "réintégrés" ou "réhabilités", comme vous le dites, mais qu'ils ont pris conscience de leur état et qu'ils souhaiteraient, à l'avenir, engager un dialogue constructif avec l'Église pour, à terme, en faire à nouveau partie.
Voilà pour une première erreur. Pour la suite de votre article, je constate avec horreur qu'il mérite malheureusement une foule de rectifications. Je me suis permis de vous en faire une en bonne et due forme et je me permets de vous signaler quelques autres erreurs indigne d'un hebdomadaire qui se veut de qualité: « Là, c’est la plus haute autorité de l'Église qui donne le ton: celui du retour au passé, celui de l’autisme face aux autres confessions. » Vous ignorez sans aucun doute tout le travail œcuménique entrepris par l'Église catholique avec les orthodoxes (qui sont très attentifs à la manière dont l'Église catholique traite ses propres fidèles attachés à la Tradition), les anglicans (à leur intention, un geste fort sera très prochainement posé par le Saint Père) et les protestants. Vous semblez aussi ignorer que le geste de Benoît XVI a été posé durant la semaine de prière pour l'unité des chrétiens, et que ces quatre évêques sont chrétiens...!?! « Ce pape qui, adolescent, traîna ses culottes dans les jeunesses hitlériennes, (...) » A plusieurs reprises, Benoît XVI a parlé de cette période de sa vie. Je vous laisse lire la page suivante (http://www.zenit.org/article-17775?l=french) qui saura vous convaincre de son dégoût du nazisme. « Joseph Ratzinger est un coutumier de la gaffe. A chaque fois, il essaie ensuite de la corriger. Sans y parvenir vraiment. Donnant le sentiment qu’il parle et décide trop vite, trop seul. » Le temps dans lequel évolue l'Église, le temps long, n'est décidément pas le temps dans lequel évoluent les journalistes (le temps ultra-court). Vous n'y comprenez rien? Alors lisez ceci: http://www.lenouvelliste.ch/fr/news/economie/a-hauteur-du-temps_0-129861 « Il a ainsi affirmé que «les protestants ne constituent pas des Eglises au sens propre»... » Là, c'est un problème de vocabulaire: catholiques et protestants n'ont pas la même compréhension de l'Église. Dès lors, ce que les protestants considèrent comme « église » ne l'est pas pour un catholique. Et réciproquement! C'est donc faire honneur aux fidèles protestants de ne pas les assimiler à ce qu'ils ne veulent pas être. « Il a provoqué la colère des musulmans en citant les jugements insultants d’un obscur intellectuel du Moyen Age. » Personnellement, je pense que ce sont les médias qui ont provoqué la colère de certains musulmans en n'expliquant pas la signification de cette citation et en la sortant de son contexte. Il est à noter également que nombre de personnalités musulmanes ont remercié et félicité le Pape pour son discours de Ratisbonne... « ce triste pape n’a connu que les séminaires, les couvents, les palais du Vatican » Erreur! Avant d'être prêtre, il a connu la guerre, le travail obligatoire, un camp de prisonniers, et j'en passe. Après son ordination comme prêtre, il a exercé son ministère dans une paroisse de Munich avant de devenir professeur à l'école supérieure de Freising puis à l'université de Münster, puis à Tübingen, puis à Ratisbonne. Il a œuvré pour le Concile de Vatican II. Sans compter son travail pastoral comme archevêque...
J'espère, avec ces quelques mots, avoir pu éclairer votre lanterne. J'espère aussi, je suis un peu idéaliste, que vous aurez l'honnêteté intellectuelle d'ajouter un correctif à votre prochaine édition. Il permettrait de corriger une information fausse qui circule sous votre propre responsabilité et, pour une fois, un journaliste chercherait plus à informer qu'à discréditer.
Avec mes meilleures salutations! | |  |
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