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La chronique de Jacques Pilet. Un pouvoir si faible.

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 26.02.2009 à 06:00

Le désastre américain de l'UBS menace toute la place financière suisse.

Partout les Etats déboulent à toute force dans l’économie. Pour les gouvernements, l’épreuve est vertigineuse: la valse des milliards bouscule tous les repères. Le coût faramineux de la relance assombrit l’avenir autant qu’il soulage le présent.

Pour la Suisse, le défi va au-delà de l’endettement. La crise met en lumière la pathétique faiblesse du pouvoir. Au sortir de la tourmente, bien des choses auront changé, dans les entreprises, dans la société. Le fonctionnement du palais devra, lui aussi, être réformé.

Qu’a-t-on vu? Un Conseil fédéral qui décide à la hâte, sans le moindre débat démocratique, d’injecter dans une banque un montant inouï: une première dans l’histoire. On s’aperçoit aujourd’hui que cela ne suffira probablement pas à sauver une UBS qui s’est autodétruite. L’affaire a été menée selon les désirs des dirigeants qui en tiraient profit. Quand on voit ceux-ci s’enfoncer aujourd’hui dans le mensonge, comment ne pas s’interroger: ont-ils vraiment dit la vérité, toute la vérité, à leurs bienfaiteurs publics?

Il y a plus grave. Le désastre américain de l’UBS menace toute la place financière suisse. Tous en conviennent maintenant. Malgré toutes les tentatives de minimiser le problème. Des banquiers et leurs amis politiciens nous ont d’abord balancé des rengaines rassurantes du genre: «Mais non, mais non le secret bancaire n’est pas en cause», «les comptes remis au fisc américain appartenaient tous à de vilains fraudeurs, les gentils épargnants n’ont rien à craindre», «l’UBS a fauté, mais sa direction ignorait tout de ces agissements coupables»... Dérisoires fumigènes.
 
Il apparaît aujourd’hui que le gouvernement n’a pas pris au sérieux les signaux multiples qui, depuis des années, annonçaient la tempête. Le ministre en charge voulut croire le plus longtemps possible que les juristes trouveraient bien le moyen de protéger l’UBS aux Etats-Unis, que d’habiles diplomates suffiraient à envoyer sur les roses les Européens remontés contre l’évasion fiscale. Ses collègues l’approuvèrent ou se tinrent coi.

Nous sommes donc tombés dans un piège tendu depuis longtemps. Comme nous sommes tombés, à l’époque, dans le traquenard des «fonds en déshérence». Dans le même aveuglement. Dans la même lenteur de réaction. Dans la même crispation défensive.

Or, il faudrait maintenant imaginer la suite. Qui définira les futures règles du secret bancaire qu’on sait promis à des révisions drastiques? Les Américains? Les Européens? Nous imposeront-ils leur loi?
 
Ou la Suisse prendra-t-elle les devants et fera-t-elle des propositions convenables pour tous? Hypothèse peu probable. Parce que la culture politique suisse est celle de la gestion, pas celle de la projection dans l’avenir. Parce que le Ministère des finances, désemparé, paraît se mettre hors jeu. Parce qu’on ne voit pas qui, dans l’entourage du malheureux Hans-Rudolf Merz, pourrait prendre les devants. Parce que la Finma, l’autorité de surveillance bancaire, dont ce serait le rôle de proposer des réformes, a perdu toute crédibilité. Son président, Eugen Haltiner, n’a qu’un souci: préserver la réputation de ses petits copains de l’UBS. La Commission fédérale des banques qui, dans le passé, témoignait d’une hauteur de vues et d’une indépendance remarquables est devenue une officine au service des magouilleurs qu’elle aurait le devoir de punir.

Un autre appareil public a connu une dérive semblable: autrefois, l’Office fédéral de l’aviation civile était dirigé par des gens si proches de Swissair qu’ils ne réagirent pas – la loi leur imposait pourtant ce devoir – quand la compagnie glissait vers le gouffre.

Dans les deux cas, les ministres responsables se montrèrent trop gentils, trop optimistes, trop peu curieux et ne surent pas anticiper. Faiblesses fort répandues: en atteste l’inertie de la cheffe de l’Economie publique, qui a si peu à dire face au grand chambardement économique.

Ce n’est pas seulement le secret bancaire qu’il s’agit de redéfinir, c’est aussi le style de gouvernement et sa structure. Par gros temps, un pouvoir aussi faible qu’aujourd’hui devient intolérable. A quand une présidence renforcée? A quand une sanction rapide en cas de somnolence ministérielle?
 

www.hebdo.ch

Retrouvez cette chronique dans «L’air du large», le blog de Jacques Pilet, enrichie de références et d’informations complémentaires.





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