LA CHRONIQUE DE JACQUES PILET
La colère des peuples

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 15.02.2012 à 12:02

Jusqu’où iront les incendies d’Athènes? La colère du peuple grec menace de déborder vers d’autres. Oubliées les fautes d’un pays qui a emprunté au-delà de toute raison, qui a laissé les riches filer, qui a épargné une Eglise nantie et puissante, qui s’est ruiné dans les dépenses militaires, qui a triché avec le fisc du haut en bas. La clameur incrimine les banques et plus encore les représentants de l’Union européenne… que des policiers menacent même d’arrestation!

Le sort tragique de la population ne trouvera pas d’issue dans les prêts en rafales. Les créanciers devront effacer la plupart des dettes: ils ont couru un risque, à eux de les assumer. Et surtout, ce peuple devra réinventer sa façon de fonctionner, faire valoir ses atouts sans pirouettes d’illusionnistes.

Cela dit, cette fureur s’étendra. Les Européens du Sud et de l’Est contraints à la rigueur, sans perspectives de rebond, pourraient être de plus en plus nombreux à se rebeller. A tort ou à raison, la question n’est plus là. La révolte des endettés change le paysage politique du continent. Non pas celle, bien gentille, des campeurs indignés, mais celle qui s’exprime dans le vote extrémiste de droite ou de gauche, qui peut éclater dans la violence.

Ce qu’il manque à l’Europe, c’est le courage politique.

La conférence internationale sur la sécurité qui vient de se tenir à Munich a abordé le sujet. Deux voix y ont fait grande impression. Celle du premier ministre italien Mario Monti qui s’est inquiété du retour des «fantômes du passé». Il eut des mots stupéfiants: se disant «perplexe» devant le fait que l’Italie ait dû faire appel pour se rétablir à un technocrate, lui-même donc. «Comme si la démocratie n’était pas le système le plus à même de résoudre les problèmes…» ajoutait-il, la mine triste.

Cet ancien commissaire européen alla jusqu’à remettre en cause le credo libéral d’hier. «Il y a de très bons arguments qui plaident en faveur d’une relance des investissements publics, fit-il remarquer. L’Espagne et l’Irlande ont été victimes du secteur privé. Cela est dû au Traité de Maastricht qui disait que les dépenses privées étaient une bonne chose et que les dépenses publiques étaient une mauvaise chose.» L’autre orateur qui secoua l’assemblée: l’Allemand Peer Steinbrück, probable candidat socialiste à la chancellerie. «Les gens, lançat- il, ont à la fois l’impression que le contribuable finit toujours par payer la facture, mais aussi que les politiques ne maîtrisent plus la situation. (…) Que la Banque centrale européenne prête à 1% près de 500 milliards d’euros aux banques et que celles-ci s’en servent pour acheter de la dette italienne à près de 5% aura un impact sur les gens.» Pour en arriver à la question qui fait mal: «Aura-t-on une crise des systèmes démocratiques? Beaucoup de gens pensent que ceux-ci ne protègent plus leur vie.»

En France, deux candidats dits «anti-système» cartonnent. A gauche, le tribun Jean-Luc Mélanchon se fait acclamer dans ses meetings par de nombreux jeunes qui rejoignent les vieux communistes. A droite, Marine Le Pen reste dans les sondages à un niveau jamais atteint par son père. Le cadre de la République finira probablement par intégrer ces courants. Toutefois c’est comme un frisson révolutionnaire qui court, contradictoire, peu visible, mais porteur peut-être de bien des surprises.

En Hongrie, le puissant Viktor Orbán met en œuvre une vision qu’il dissimule parfois, qu’il proclame cependant loin des micros européens. Il veut une société unie autour du pouvoir, affranchie des puissances économiques, axée sur les valeurs chrétiennes, rebelle au sein de l’Union européenne, dressée contre les «grands pays». Lui aussi trouve écho au-delà de ses frontières.

La machine communautaire tente de réagir. Mais elle s’est laissé déposséder par les initiatives des gouvernements nationaux et son désarroi la rend peu audible. Le temps des hommes providentiels est peut-être passé. Pourtant le jour où surgiront des chefs d’Etat d’une autre trempe que les Sarkozy et Merkel, où la Commission de Bruxelles sera dirigée par une personnalité plus forte et clairvoyante que Manuel Barroso, l’Europe aura une chance d’apaiser ses fièvres, de renouer avec la croissance. Des atouts pour cela, elle en a. Ce qui lui manque, c’est le courage politique. Face aux puissances financières, face aux démagogues qui se régalent de ses faiblesses.

-->

Mix & Remix

Voir plus »
UMP: Vainqueur, Copé propose la vice-présidence à Fillon.

UMP: Vainqueur, Copé propose la vice-présidence à Fillon.

Genève promet une police décomplexée pour les fêtes de fin d'année.

Genève promet une police décomplexée pour les fêtes de fin d'année.

Gaza: L'armée israélienne a repoussé son offensive terrestre.

Gaza: L'armée israélienne a repoussé son offensive terrestre.

Moody's dégrade la note de la France.

Moody's dégrade la note de la France.

Cia: le général Petraeus au coeur du scandale

Cia: le général Petraeus au coeur du scandale