D’accord, pour une famille moyenne, la facture du téléphone n’atteint pas encore celle des assurances maladie. Mais on n’en est pas si loin. Voilà pourquoi l’annonce de l’opérateur français Free a fait des vagues (et des envieux) jusqu’en Suisse. Pensez: la promesse de faire diminuer les tarifs de moitié! Du coup, on se pose la question: serait-ce possible en Suisse? Pour l’heure, la réponse est plutôt mitigée. Ce n’est pas une raison, toutefois, de se résigner.
Le marché helvétique des télécoms reste un cas particulier. Un Sonderfall révélateur. Parce que l’opérateur historique Swisscom y conserve une part de marché unique en Europe (près de 60%). Parce que les tarifs sont en moyenne plus élevés qu’ailleurs (lire en page 48). La raison? Un manque de vraie concurrence. Une occasion a sans aucun doute été manquée lorsque la fusion des challengers Orange et Sunrise a essuyé un refus de la Commission de la concurrence (Comco). Avec le recul, cette décision apparaît comme une erreur. Et met en doute les compétences (et les moyens) des gendarmes de la Comco.
Les coûts élevés s’expliquent aussi par des normes techniques plus sévères qu’ailleurs dans le monde. Un perfectionnisme qui a son prix. Sans oublier le facteur topographique, même si la Suisse n’est pas le seul pays montagneux au monde. Surtout, nous disent les dirigeants des entreprises de télécoms, le consommateur suisse exige la meilleure qualité, les offres les plus complètes... Et c’est vrai que, en moyenne, les services offerts en Suisse sont très supérieurs à ceux qu’on trouve, par exemple, aux Etats-Unis. Au point de justifier l’outrage tarifaire?
C’est clair, la question de la fusion d’Orange et de Sunrise doit revenir tôt ou tard sur la table. Pour pouvoir consentir les investissements nécessaires et tenir la dragée haute à Swisscom, les deux challengers seront contraints d’unir leurs forces. C’est la condition d’une concurrence digne de ce nom.
Il faudrait aussi que les politiques sortent de leur apathie. Y compris le Conseil fédéral qui compte maintenant parmi ses membres l’ancienne présidente de la Fédération des consommateurs, Simonetta Sommaruga. Facteur inhibant, la Confédération reste l’actionnaire majoritaire de Swisscom, les autorités comme les parlementaires sont tous peu ou prou clients. Pour le patron de Sunrise, le conflit d’intérêts saute aux yeux. Et doit être dénoncé (lire son interview en page 52). L’apparition d’une technologie disruptive pourrait-elle changer la donne? Pas impossible. On sait déjà que, dans cinq ou dix ans, la communication vocale ne devrait plus rien rapporter. Reste que les opérateurs établis auront toujours une longueur d’avance: ils restent maîtres des tuyaux et des antennes. Et sont les mieux placés pour offrir les futurs services à forte valeur ajoutée.
Quoi qu’il en soit, les consommateurs doivent faire entendre leur voix et manifester leur ras-le-bol. Pas forcément facile: quand il s’agit de steak ou de textile, la concurrence existe, et l’on peut toujours faire ses achats de l’autre côté de la frontière. Avec les primes maladie comme avec le natel, on est pieds et poings liés.
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