La crise est finie ?
Par Guy Sorman - Mis en ligne le 26.09.2009 à 16:35
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| New -York, 25 septembre, "La crise est finie . Elle l'est grâce à nous" . Je résume , à peine , le communiqué triomphaliste des vingt chefs d'Etat réunis ce jour , au sommet de Pittsburgh. Chantecler fait lever le soleil : le triomphalisme est la grammaire universelle de la politique. Au G20 , on ne parle que cette seule langue : par delà les régimes et les civilisations , les chefs d'Etat communiquent dans cet esperanto du pouvoir . Essayons de traduire le communiqué fanfaron dans une langue quelconque : La crise est finie : oui , la grande crise du capitalisme, redoutée ou espérée , n'a pas eu lieu . Le débat économique a réintégré son écurie. Les moteurs de la croissance n'ont pas été atteints : certaines nations redémarrent plus vite que d'autres , sans rupture dans le système capitaliste . Quand on tracera une courbe du développement humain, disons depuis un siècle, la panne de 2008 , apparaitra à peine- au contraire de 1930 - un hoquet relativement bref , qui n'aura pas affecté le Trend de croissance longue . Ceci qui est globalement et macro- économiquement exact ne nie pas les souffrances individuelles : leur prise en charge nécessaire ne relève pas tant de la politique économique que de la solidarité organique , publique ou privée. Grâce à qui ? Oui , les gouvernments n'ont commis aucune des erreurs majeures qui auraient pu transformer un accident de parcours financier en une récession majeure : le libre échange a été maintenu, le marché n'a pas été bridé , la destruction créatrice - hormis les banques - s'est poursuivie. Ne pas nuire est ce que l'on attend de la médecine et de la science économique : merci au G20 de n'avoir pas nui, ou modérément. La croissance future devrait absorber les dettes créées par des stimulations publiques superflues et nous épargner l'inflation . Au-delà de cette heureuse abstention, le G20 aurait-il apporté une solution positive à la crise ? Cette querelle occupera les économistes pour les années à venir de même que l'on dispute encore du New Deal de 1930 . Il eut été possible de laisser choir les banques : les plus mal gérées auraient disparu, d'autres les auraient rachetées , de nouvelles se seraient créées . Cette solution radicale fut avancée par des monétaristes intransigeants comme Ana Schwartz . Trop risqué sans doute , ce pari a été écarté : les banques centrales ont préféré sauver les incompétents que l'on connait déjà plutôt que de leur substituer des inconnus. Rien ne sera-t-il plus comme avant ? Un refrain lancinant en début de crise et qui maintenant s'atténue. Des bouleversements à attendre ? On ne voit pas. Les nouvelles règles de gestion des placements et des prêts sont déja appliquées dans les institutions financières qui avaient bel et bien perdu tout sens de la mesure du risque. Le grand retour de l'Etat ? Les Etats n'avaient jamais disparu ( le capitalisme sans Etat régulateur n'existe pas ) : ils ne peuvent donc pas opérer un retour en force. Les banquiers au pilori ? Shakespeare avait proposé en son temps ( Henri VI) , de "tuer tous les avocats , pour commencer" : on cherchait déja des boucs émissaires . L'économie est complexe mais la politique requiert de la simplicité : le trader dans le rôle , fait l'affaire. La science économique bouleversée ? En partie : l'école Behavioriste qui met l'accent sur les passions plus que sur la rationalité des marchés est à la mode . Mais elle ne propose pas de modèle d'action : au mieux , et c'est excellent , le principal enseignement théorique et politique de la crise ( finie ou pas ) est que les Etats doivent contraindre les entreprises à mieux informer le public . Les bulles spéculatives, les abus de rémunérations , les abus de position dominante , s'expliquent en grande parie par les trous noirs de la connaissance : ceux qui savent ou pensaient savoir , ont abusé de ceux qui savaient moins ou rien. La clé d'une bonne économie est une information compléte et transparente .L'après- crise valide aussi la loi de Benoît Mandelbrot : les marchés financiers sont dangereux et imprévisibles par définition . Enfin, on attend avec impatience quelle sera la prochaine innovations scientifique et technique qui tirera l'économie vers l'avant ? Sans innovation, pas de progrès . Au pire de la crise des années 1970 , fut créé Microsoft . Ce qui s'est créé pendant la crise de 2008 , on ne le connait pas encore : mais cette innovation inconnue sera certainement l'événement le plus décisif de la période . Qui se souvient , hors les économistes , de la crise de 1974 ? Mais nous savons tous que l'informatique de masse et internet ont changé le monde . Souhaitons que 2008 entre dans l'Histoire pour une meilleure raison qu'une bulle spéculative éclatée.
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