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Par Linda Bourget - Mis en ligne le 21.12.2011 à 14:21 |
A la radio comme à la télé, dans la presse, au café: impossible d’échapper à l’omniprésence de la sinistrose dans laquelle s’englue l’économie mondiale. D’un côté, la crise de la dette met l’Europe et les Etats-Unis sens dessus dessous; de l’autre, la force du franc met la compétitivité des entreprises suisses K.-O. Pour autant, tout ne va pas si mal. Après tout, à 3,1% (chiffre de novembre), le chômage suisse reste modeste. Tandis que les prévisions de croissance en 2012 demeurent globalement positives pour l’Helvétie. Si le Créa table sur un recul de 0,4%, le KOF, le Seco, UBS et Credit Suisse prévoient une progression (comprise entre 0,2% et 0,6%). C’est qu’une multitude d’entreprises déjouent l’environnement difficile pour afficher des hausses parfois vertigineuses. Un privilège qui n’est pas réservé à la construction ou à l’horlogerie (L’Hebdo du 24 novembre). Coup de projecteur sur sept business en pleine expansion actifs dans le pays. LIEBHERR: LE TRIOMPHE DE L'INTEGRATION VERTICALE +12% chiffre d’affairesLa progression est fulgurante: en 2011, «le groupe Liebherr table sur un chiffre d’affaires total consolidé de près de 8,5 milliards d’euros (10,5 milliards de francs)», soit une hausse de l’ordre de 12%, explique Winfried Böhm, membre du directoire de l’entreprise. Basé à Bulle, le spécialiste des machines de chantier Liebherr International emploie quelque 35 000 personnes. Parmi celles-ci, 800 sont actives sur le site gruérien, où sont conçus et fabriqués des moteurs et des composants hydrauliques. «En raison de l’évolution du cours du franc, la perte de marge de Liebherr Machines Bulle est de l’ordre de 15%», constate Winfried Böhm. Mais ce recul n’a aucune conséquence sur le site: l’essentiel de ce qui y est fabriqué est expédié vers d’autres unités du groupe pour y être intégré dans des engins de terrassement et des grues. Or, les ventes de celles-ci sont en plein boom. PHILIP MORRIS: LA FORCE DE LA MARQUE +16,1% bénéficeLes actionnaires de Philip Morris ont de quoi se réjouir: le bénéfice net du leader mondial de la cigarette a bondi de 16,1% à 23 milliards de dollars (21,3 milliards de francs) sur les 9 premiers mois de l’année. Et le 4e trimestre se poursuit sur la même lancée. Résultat, le bénéfice par action devrait s’envoler d’environ 20%, à près de 4 dollars 80. Une progression largement due à la force des marques du groupe, en particulier de Marlboro, juge Peter Nixon, vice-président de la communication. Philip Morris, qui emploie 3000 personnes en Suisse, où se trouve son centre opérationnel (Lausanne) et un important centre de recherche (Neuchâtel), a aussi largement profité de la demande asiatique. En dépit de sa robustesse, le cigarettier avait toutefois annoncé la suppression de 120 postes en début d’année dans le cadre d’une vaste restructuration. Un coup dur, en partie compensé par la création de 90 nouveaux emplois depuis. LESHOP: LE BOOM DU SHOPPING MOBILE +2,5% chiffre d’affairesAlors que le commerce de détail suisse encaisse un recul exceptionnel, les ventes du supermarché en ligne LeShopne cessent de progresser. De janvier à septembre, la société en main de Migros a ainsi généré un chiffre d’affaires de 113 millions de francs (+2,5%). «Le secteur est très fortement sous pression. Nous avons ainsi dû baisser nos prix de 2,5% en moyenne», explique Christian Wanner, directeur et cofondateur. Une réponse à l’exode des consommateurs suisses vers les supermarchés des pays voisins, complétée par l’accent mis sur une nouvelle tendance forte: le shopping mobile. «Notre application iPhone existe depuis 2010 seulement et aujourd’hui, elle génère déjà plus de 10% de nos ventes. L’usage de tablettes tactiles est en plein essor aussi. Le support d’achat des gens est une nouvelle fois en train d’évoluer», prédit Christian Wanner. SWISS: LE PARI DU LONG TERME +500 employésA l’heure où les licenciements se multiplient, la nouvelle fait un bien fou: Swiss prévoit de créer 300 emplois dans le pays en 2012. «Nous allons recevoir cinq nouveaux appareils et nous aurons essentiellement besoin de personnel volant supplémentaire», précise Jean-Claude Donzel, porteparole de la compagnie aérienne. Le groupe se gonflera par ailleurs de 200 employés, issus du rachat d’activités de SR Technics (service technique), ce qui lui permettra de dépasser le cap des 7000 têtes. La société fille de Lufthansa parie ainsi sur le moyen terme, car dans l’immédiat, la progression se tasse. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher un produit d’exploitation en hausse de 5% sur les trois premiers trimestres, à 3,7 milliards de francs. LE GRUYERE: LA CROISSANCE MYSTERE +500 tonnesPhilippe Bardet n’en revient pas: les ventes de Gruyère ne se sont jamais si bien portées. Et le directeur de l’interprofession le souligne trois fois: «La progression est surtout due aux exportations.» Qu’importe la force du franc et la crise qui lamine les économies européenne et américaine, le Gruyère s’arrache. En 2011, 29 500 tonnes de fromage auront ainsi été englouties (+ 500 t.), dont plus de 6000 en Europe et près de 3500 aux Etats-Unis. «Depuis 2008, on se dit chaque année que la crise est là et qu’elle va nous frapper mais, chaque fois, nos résultats sont bons», observe Philippe Bardet, qui ne s’explique pas vraiment ce succès. Peut-être est-ce parce que le fromage AOC est positionné comme un produit de luxe à l’étranger? Ou parce que les hausses de prix liées au franc n’ont pas été totalement répercutées? Qui sait… En tout cas, le directeur est formel: «A l’échelle du marché européen, nous sommes tout petits. La marge de progression reste donc importante.» NESPRESSO: LA QUALITE A TOUT PRIX +15% chiffre d’affaires au premier semestreLes exportations suisses progressent dans un secteur incongru: celui du café. De janvier à octobre, elles ont bondi de 23%. Une envolée essentiellement due à Nespresso, qui inonde la planète de ses dosettes: la population mondiale en avale 12 300 tasses par minute. «En 2011, Nespresso devrait maintenir une croissance à deux chiffres», commente Pascal Hottinger, responsable de la marque pour la Suisse. Au premier semestre, celle-ci dépassait 15%. Loin derrière le pic de 40% atteint au cours de 2008, la performance reste impressionnante, puisque l’essentiel des ventes (85%) est réalisé en Europe. Dans cette région, hors Suisse, «le prix des capsules a augmenté de 4 à 6% en début d’année pour tenir compte entre autres de l’augmentation du coût des matières premières et de l’évolution du taux de change. Mais les consommateurs continuent de plébisciter notre café, en raison de sa qualité et de sa constance», analyse le directeur. Un positionnement entretenu avec d’importants investissements dans le service pour contrecarrer la concurrence… également combattue à coups de procès. AUTODESK: LES LECONS DE 2008 +20% chiffre d’affaires«Les effets spéciaux d’Avatar ont été réalisés avec nos outils. Tous les prototypes des chaussures Nike le sont aussi. Au même titre que les prototypes de la plupart des ponts qui nous entourent», pose Roberto Sigona, vice-président du support technique mondial d’Autodesk. Basé en Californie, le spécialiste des logiciels de design en 3D emploie 285 personnes à Neuchâtel (sur 6800), un effectif en progression. «Nous avons fortement souffert de la crise de 2008. Du coup, nous sommes devenus plus malins dans nos investissements», explique le vice-président. L’entreprise a ainsi décidé de miser massivement sur le cloud computing et la simulation 3D pour la production industrielle ou architecturale – qui permet d’économiser la réalisation physique de nombreux prototypes. Un pari gagnant: le chiffre d’affaires 2011 devrait atteindre 2,2 milliards de dollars (2 milliards de francs), en hausse d’environ 20%. |









