L’immobilier de luxe ne connaît pas la crise: à Genève, Londres, Paris, New York, Megève ou Gstaad, les très riches continuent d’acheter à prix d’or les appartements, villas et chalets les mieux situés offrant un très grand confort. La Lex Koller, qui n’autorise l’achat aux étrangers que s’ils sont domiciliés en Suisse, freine à peine l’engouement pour les biens haut de gamme avec vue sur le Léman: de nombreuses personnes aisées s’installant ici soit pour placer leur argent à l’abri du fisc de leur pays d’origine, soit pour poursuivre en Helvétie leur activité professionnelle.
L’EREN (European Real Estate Network) regroupe des agences immobilières de différents pays spécialisées dans le haut de gamme. Une activité qui n’a rien à envier à la gestion de fortune pour la confidentialité assurée aux clients. Acheteurs ou vendeurs, ces millionnaires et milliardaires tiennent à se rencontrer en toute discrétion.
Selon José Ribes Bas, président d’EREN, la demande pour l’immobilier de luxe va encore se renforcer ces prochaines années; sous l’effet de l’arrivée en Europe d’acheteurs asiatiques titulaires de fortunes récemment constituées. Les prix ne devraient donc pas baisser de sitôt.
A partir de quel prix un appartement ou une villa entrent-ils dans le segment de l’immobilier de luxe?
José Ribes Bas: L’immobilier de luxe ne se définit pas seulement par le prix, mais aussi par la rareté des biens offrant une telle qualité de vie. Vous pouvez avoir un petit pied-à-terre luxueux qui vaut 250 000 euros parce qu’il est unique. La demande pour les logements exception nels étant soutenue, les prix peuvent atteindre des niveaux très élevés; comme ici à Genève où le prix moyen des appartements haut de gamme est de 17 000 euros le m2 (20 400 francs le m2).
A 30 000 francs le m2 pour un appartement très bien situé à Genève, ne doit-on pas parler de bulle immobilière?
J.R.B.: Les prix à Genève ont toujours été élevés et dans certains quartiers très prisés l’offre est peu abondante.
Charles Spierer: A Monaco et à Londres, le m2 avait atteint les 100 000 francs il y a trois ans. Les biens de luxe sont chers parce qu’il y a très peu d’appartements à la vente quai Gustave-Ador ou de villas à céder à Cologny.
Genève est-elle vraiment très chère ou les prix sont-ils encore plus élevés à Paris, Londres ou New York?
C.S.: Paris est encore un peu plus cher que Genève et à Londres les prix sont plus élevés qu’à Paris ou Genève. Dans le même temps, les biens immobiliers de luxe en Allemagne restent bon marché par rapport à leurs équivalents ailleurs.
J.R.B.: La demande pour le centre de Londres reste très élevée et soutient les prix. A New York, qui a probablement été la dernière ville américaine atteinte par la crise de l’immobilier, on a constaté des baisses de prix ces deux dernières années. Mais il y a aussi eu des ventes records: comme ce penthouse (appartement de luxe au dernier étage, ndlr) cédé à 45 millions de dollars.
Constatez-vous actuellement une demande d’investisseurs pour acheter de l’immobilier de luxe à Genève, en misant sur le franc suisse comme refuge?
C.S.: Je ne dirais pas d’investisseurs, mais de riches étrangers souhaitant s’installer à Genève. La loi ne permet d’ailleurs pas d’acheter un bien immobilier résidentiel en Suisse si l’on n’a pas l’intention de l’habiter et de se domicilier dans le pays. Les acheteurs sont certes prêts à payer très cher leur logement, mais c’est pour pouvoir vivre dans un cadre luxueux.
J.R.B.: En ce qui concerne l’effet refuge, il s’agit moins de miser sur le franc suisse que sur l’immobilier de luxe comme on le fait pour les œuvres d’art de grande qualité. Depuis le début de cette crise, l’effet refuge concerne tous les biens immobiliers haut de gamme dans le monde. Les gens ne savent pas comment investir leur argent de manière sûre à long terme et redécouvrent les atouts de l’immobilier qui leur paraît plus sûr que d’autres placements.
Y a-t-il des différences sur les marchés de l’immobilier de luxe selon les pays?
J.R.B.: La clientèle de l’immobilier de luxe est constituée des mêmes personnes qui achètent dans plusieurs endroits. Ils peuvent avoir une villa à Genève et un appartement à New York, Londres ou Paris et un chalet à Megève ou Gstaad. Ils recherchent partout la qualité du bien et un environnement correspondant à leur mode de vie habituel.
Quels sont les rues ou les quartiers les plus recherchés au monde?
J.R.B.: Beverly Hills aux Etats-Unis. C.S.: A Genève, la demande est très forte pour Cologny.
Avez-vous des exemples de prix records?
J.R.B.: Je pense à une vente à 135 millions de dollars pour une propriété à Jackson Hole aux Etats-Unis, ou encore à un penthouse dans la Hide Park Street à Londres, vendu 175 millions de livres sterling.
Avez-vous une forte demande pour la Suisse?
J.R.B.: Nous avons une très forte demande actuellement pour l’immobilier de luxe en Suisse. Et elle ne devrait pas se tarir. D’ici peu, l’immobilier haut de gamme en Europe sera confronté à un véritable tsunami d’acheteurs venant d’Asie: les titulaires de nouvelles fortunes. Ils sont attirés par la diversité des lieux et des cultures offerte par l’Europe et l’internet accentue ce phénomène.
Profil
José Ribes Bas
Président du réseau européen EREN qui fédère des agences immobilières haut de gamme. Propriétaire et directeur de Rimontgó, entreprise familiale créée en 1959 en Espagne.
Charles Spierer
Président de CB Richard Ellis-PI Performance, No 1 mondial du conseil en immobilier d’entreprise. Administrateur de CGI Immobilier. Président de la Chambre genevoise immobilière.
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