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La dernière bataille des postes restantes

Par Philippe Le Bé - Mis en ligne le 09.04.2009 à 06:00

Restructuration. La publication d’une liste de 305 bureaux de poste promis à la fermeture suscite l’émoi dans les villages concernés.

Il y a quatre ans à peine, les habitants du village de Montsevelier (JU) se rendaient encore nombreux à leur bureau de poste. Ils se disaient que, en y faisant notamment leurs paiements, ils contribueraient à consolider son chiffre d’affaires. C’était pour eux la meilleure manière de sauver ce coeur de la convivialité, menacé par le rouleau compresseur de la rationalisation, de la restructuration et de la globalisation. Tous ces mots parfois cruels qui se terminent par «tion».

Les Chauves-Souris, surnom donné aux villageois, se rassuraient: «On n’est pas sur la liste noire!» Et puis, un jour, le buraliste a pris sa retraite. Remplacé par un facteur. Lequel a hélas eu bien du mal à s’adapter à son nouveau métier. Du coup, la moitié des quelque 520 habitants ont déserté «leur» Poste pour aller à Mervelier ou à Vicques, situés à respectivement 2 et 8 kilomètres de chez eux.

Aujourd’hui, la Poste de Montsevelier figure sur la liste des 305 bureaux menacés de disparition, catalogue funèbre diffusé par le Syndicat de la communication. Mais plus personne ne se battra vraiment pour son maintien. «La venue du facteur inexpérimenté, c’était peut-être un coup monté pour nous préparer au pire». Marcel Chételat, le maire, se fait ainsi l’écho d’une population résignée. «Dans nos villages, le magasin, le bistrot, l’agence Raiffeisen et le bureau de poste, tout finit par disparaître. C’est surtout un problème pour les personnes à mobilité réduite». Les autres, à défaut de ronger leur frein, donnent un coup d’accélérateur supplémentaire pour gagner le centre postal voisin.
Bâton de pèlerin. A une quinzaine de kilomètres de Montsevelier, une autre commune jurassienne a vu son buraliste démissionner le 31 décembre 2008: Rossemaison, 600 habitants, à 3 kilomètres de la capitale Delémont. La Poste a proposé au village un service à domicile, la formule du bureau dans un magasin étant exclue... faute de magasin. «Nous n’avons pas voulu entrer en matière car nous contestons la fiabilité des chiffres de fréquentation de notre bureau de poste dont les heures d’ouvertures ont été réduites au minimum», déclare le maire Matteo Creti. Les élus vont donc prendre leur bâton de pèlerin pour informer les villageois et leur faire signer une pétition en vue de la journée syndicale du 28 avril. Ils tentent également de sensibiliser les autres communes concernées. Pour que le vent de révolte ne se transforme pas en bise printanière.

«Si l’on voulait trop démanteler ce qu’est aujourd’hui la Poste, on créerait énormément de soucis, de craintes. On ne peut pas raisonner qu’économiquement.» Le tout nouveau président de la Poste Claude Béglé s’exprimait ainsi le 6 avril sur les ondes de la Radio suisse romande. C’était le sincère cri du cœur d’un homme profondément attaché au service public.

Service public. «Les Suisses voient la Poste comme quelque chose qui leur appartient», poursuivait-il. En effet, de Bâle à Locarno, de Genève à Schaffhouse, les boîtes aux lettres jaunes réunissent ce que les langues séparent. La Poste participe à l’identité même du pays. Cependant, ajoutait Claude Béglé, «une bonne partie des tout petits bureaux de poste ont vu leur trafic chuter à peu près de 40% au cours des dix dernières années. Il faut vivre avec son temps et s’adapter». Du côté du Syndicat de la communication qui a publié une partie de la fameuse liste rédigée par la Poste, le ton est à la prudence. «J’attends pour voir», commente Bernard Faillettaz, son secrétaire romand. Il est vrai que Claude Béglé, aussi influent soit-il, n’est pas seul aux commandes.

Banque postale. Comme le hasard fait parfois bien les choses, l’annonce de la suppression fort probable de nombreux petits bureaux de poste intervient au moment précis où une commission du Conseil national a rejeté, mardi, une motion parlementaire qui entend donner une plus grande latitude à PostFinance. Il s’agit d’autoriser celle-ci à octroyer aux PME des crédits pouvant atteindre 200000 francs.

Au-delà de cette réforme ciblée, c’est le vieux débat d’une vraie banque postale universelle qui refait surface, ravivé par la crise économique. Le lien avec les bureaux de poste? Il est donné par Claude Béglé lui-même qui dit en substance: «Les bénéfices de la Poste vont tomber à 500 millions, limite inférieure pour couvrir les investissements. Comme les recettes traditionnelles s’étiolent, il faut en trouver de nouvelles. Or la principale marge de manœuvre se trouve chez PostFinance qui représente un peu plus de la moitié du bénéfice de la Poste.» Donc, plus la première est prospère, plus la seconde en profite.

Actuellement, pour octroyer des hypothèques et des crédits aux PME, PostFinance doit passer par une banque bavaroise et par l’UBS qui en assument les risques et touchent une commission. Pourtant, la Poste engrange quotidiennement 100 millions supplémentaires qui gonflent un pactole de quelque 60 milliards de francs, en partie placé à l’étranger. Une banque postale, même dans une version light, pourrait injecter ces fonds aux multiples PME suisses.

Epouvantail. Une telle perspective continue à faire bondir la droite parlementaire – qui commence toutefois à s’effriter – et les milieux bancaires. Après avoir agité le drapeau de la mainmise étatique et de la concurrence déloyale, les radicaux-libéraux (PLR) brandissent l’épouvantail de la catastrophe économique d’une banque postale qui offrirait des hypothèques et des crédits bon marché, à l’instar des banques américaines semi-étatiques Freddie Mac et Fannie Mae. «Il faut arrêter de nous faire croire que l’on fait de l’argent avec du crédit», souligne Fulvio Pelli, président du PLR. Autrement dit, la Poste et ses petits bureaux n’auraient rien à gagner d’une banque postale.

Au vrai, constate Martial Pasquier qui enseigne à l’Institut des hautes études en administration publique (IDHEAP), la droite ne veut tout simplement pas d’un acteur public dans le secteur financier. «C’est une opposition plus dogmatique que pragmatique». Il n’empêche que, ajoute le professeur, après avoir maîtrisé la logistique (avec notamment le trafic des paiements) et la vente de produits financiers, la Poste devrait maintenant apprendre un nouveau métier: l’analyse des risques dans l’octroi de crédits. Des compétences pointues à acquérir! De la réussite de cet apprentissage dépend la pérennité de l’institution nationale la plus profondément ancrée dans le pays.




Tags: Postes, fermetures, restructuration, villages,

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