Gentils et jolis. Débarrassés de leur vulgarité, les sex toys au camouflage coloré et infantilisant cartonnent: du canard de bain à la chenille verte ultradouce, en passant par la marguerite en porte-clés, les objets de plaisir rivalisent d’inventivité.
Cette déferlante de gadgets sonne-t-elle l’avènement du plaisir féminin décomplexé? Film-documentaire d’Anne Deluz (réalisatrice) et Béatrice Guelpa (journaliste), Sex Toys Stories met un bémol à cette supposée libération sexuelle. Les deux femmes avaient d’abord projeté de réaliser un long métrage. Mais la réalité a dépassé la fiction.
Les approches opposées de trois vendeurs de sex toys les ont convaincues d’opter pour le témoignage. «Volontairement, nous avons fait un documentaire antiesthétique, où l’image n’est pas trop travaillée. Nous ne voulions pas mettre le phénomène dans un bel emballage, comme le font les vendeurs», explique d’entrée Anne Deluz. Chut! Ne les effraie pas. Les trajectoires des trois personnages révèlent différentes attitudes, du tabou à la coolitude d’afficher son joujou. L’effet de mode est patent et n’indispose pas Adrien, jeune et branché vendeur sur internet. «Plus le sex toy est design et ludique, moins il sera destiné à un usage réel.» Etre coquine, c’est tendance. A l’autre extrême, Corinne, mère de famille séparée et initiatrice des soirées Fuckerware à Neuchâtel, illustre le blocage à parler sexualité. Un tabou qu’elle subit et perpétue, en intimant à une fraîche nouvelle vendeuse de taire les spécificités de chaque objet, de crainte de faire peur au client... Pour Anne Deluz, «Corinne est prise entre le désir de préserver la morale et d’assumer son métier».
Dans un thème où «rien n’est anodin», la caméra impose des limites. «L’approche était délicate, explique la réalisatrice. Surtout pour entrer dans les réunions Fuckerware.» Il leur faut flouter beaucoup de visages. Quant aux femmes qui témoignent, elles ont souvent un discours préconstruit et revendicatif. «Le sex toy peut être une forme d’écran, qui voile les problèmes profonds», remarque Béatrice Guelpa.
Aux soirées Fuckerware, des intrus détonnent: des mâles, une blague toujours prête à fuser. Anne Deluz observe que «les hommes sont très intéressés par le mystère du plaisir féminin. Ils veulent que leur femme en ait.» Les vendeurs affirment d’ailleurs que leur business ne tournerait pas sans la clientèle masculine. Un fantasme de mec, le sex toy? «C’est effectivement une masculinisation de la sexualité féminine», explique Béatrice Guelpa.
Droit universel au sexe? C’est Anita, une «guerrière» selon Anne Deluz, qui rend aux femmes ce qui est aux femmes. Depuis sept ans, cette Zurichoise se donne pour mission de les aider à connaître leur corps. Dans sa boutique ou en soirée, Anita recueille les expérience de ces innombrables insatisfaites, n’ayant parfois jamais connu l’orgasme.
Plaisir froid et désincarné? C’est le sempiternel reproche formulé aux sex toys. Le documentaire nuance cette certitude, avec le parcours d’une mère de deux enfants autistes de 20 ans. Elle achète des «canards», qu’elle leur passe ensuite sur la joue et dans le cou. Les deux handicapés s’apaisent instantanément et vont jusqu’à esquisser un sourire. «Le risque de cette scène était d’être voyeur, explique Béatrice Guelpa. Mais elle pose des questions: où commence la sexualité? Qui y a droit? Est-elle réservée aux gens jeunes, beaux et branchés?»
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À VOIR
Sex Toys Stories.
Je 13 novembre, 20 h 10, TSR. Temps présent. |
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