«La disparition de Giulia» met en scène avec humour et sagesse les âges de la vie et les affres du vieillissement.
Ce soir, Giulia fête son cinquantième anniversaire. Elle n’est pas pressée d’honorer ce rendez-vous. Elle traîne dans les rues, rencontre un homme qui lui rappelle que l’amour n’a pas d’âge. Au restaurant, en l’absence de Giulia, ses amis, un couple gay, un couple hétéro et un célibataire, tuent le temps. Arrivés à l’âge où une crampe musculaire interrompt une partie de jambes en l’air, où l’on sort ses lunettes pour lire le menu, ces quinquagénaires échangent vacheries et perfidies et s’interrogent sur le sens de la vie, l’élasticité de la prostate et la souplesse des artères.
Le romancier Martin Suter a signé le scénario de trois films de Daniel Schmid (Jenatsch, Zwischensaison, Beresina). Il lui réservait celui de La disparition de Giulia. Après la mort du cinéaste grison, c’est Christoph Schaub (Jeune homme) qui a repris ce projet évoquant forcément son dernier succès, Happy New Year, puisqu’il s’agit de nouveau d’un film choral. Une douzaine de destinées se croisent au hasard d’une nuit, qui n’est plus celle de la Saint-Sylvestre, mais celle du temps qui passe.
Gravitant autour du restaurant où Giulia se fait attendre, il y a deux adolescentes qui piquent une paire de baskets pour les 18 ans d’un copain. Et Léonie, vieille dame indigne, qui humilie sa fille et met le souk dans l’EMS le jour de ses 80 ans. Les âges de la vie se croisent et s’ignorent («Nous les vieux, nous sommes invisibles», dit une vieille dame dans le tram).
Consolation. La superficialité apparente des dialogues recouvre une inquiétude existentielle profonde, l’obnubilation du vieillissement relève moins de la caricature facile que de l’observation sociologique acérée. Le bréviaire des lieux communs est épluché: «J’aimerais bien avoir 20 ans en sachant ce que je sais», rabâchent les vieux, tandis que les adolescents postulent de mourir avant 30 ans. Comédie philosophique légère, grande favorite pour le prix du Cinéma suisse, La disparition de Giulia abonde en adages pleins de bons sens («Chaque anniversaire est un triomphe sur tous ceux qui n’ont pas atteint cet âge») et nous console un peu de l’avènement du froid.