Chaque vendredi soir, avant de rentrer à Herisau après sa semaine de labeur à Berne, Hans-Rudolf Merz se pose la même question. Faut-il prendre le train ou se faire conduire dans sa voiture de fonction? Faut-il redevenir le simple citoyen qu’il aurait aimé rester ou s’offrir un petit luxe lié à sa charge de conseiller fédéral?
L’anecdote dit combien cet ancien hockeyeur ne s’est jamais senti à l’aise dans ses habits de gouvernant, lui qui avait été élu à Berne aux Etats par hasard et qui avait rejoint en 2003 les sept Sages. Presque malgré lui. Sans aimer la politique.
En fait, ce que l’aimable, le poli et le finalement très gentleman Merz cherchait en reprenant les rênes des finances, ce n’était pas tant le pouvoir ou la gloire. Et encore moins la présidence du pays, un exercice dont il se serait bien passé et qui s’est transformé en bérézina au point de lui faire perdre la face dans l’affaire libyenne, même s’il avait su charmer Kadhafi et débloquer le dossier.
Non, ce qui le branchait, c’était de s’occuper des deniers publics, sa seule passion avec le jazz et la littérature. L’Appenzellois les gère d’ailleurs comme son propre portemonnaie: chaque dépense lui fait mal. Pour ce libéral sincère, l’Etat doit maigrir. Quitte à reporter les investissements indispensables dans les transports. Ou à torpiller dans l’éducation et la santé.
Reste que cette stratégie de comptable lui a permis, grâce au frein à l’endettement tout de même, de diminuer la dette fédérale de 20 milliards de francs en pleine crise financière. Sans péjorer la compétitivité de l’économie helvétique. Un exploit? Clairement, mais cela ne fait néanmoins pas de lui le meilleur ministre des Finances d’Europe, comme le clament hypocritement des radicaux qui réclamaient sa tête depuis des mois. Il lui aura manqué une vision à long terme: économiser ou faire des cadeaux fiscaux aux entreprises n’a jamais été un programme politique.
Mal entouré. Voilà pour la face A. La face B de la cassette Merz est, elle, pleine de fausses notes. Car derrière son désarmant regard bleu se cache un homme indécis, sans charisme, qui n’aime pas les autres et encore moins la foule. Il est souvent distant avec ses propres troupes dont il n’écoute pas les conseils. A raison probablement: il ne sait pas s’entourer. De peur que quelqu’un lui fasse de l’ombre, peut-être, ou tout simplement parce que les ressources humaines ne l’intéressent pas.
En fait Merz, qui n’a jamais enfilé le costard du patron, est un individualiste presque incontrôlable, qui n’a pas su communiquer ni taper du poing sur la table face aux coups bas de ses collègues du Conseil fédéral ou aux attaques fiscales de nos voisins. Et encore moins comprendre l’inanité de son projet de TVA à taux unique (qui ne devrait pas lui survivre).
Mais le cirque bernois que ce bon protestant, qui ne boit pas et qui ne fume pas, déteste tant ne sera bientôt pour lui plus qu’un mauvais souvenir. L’Appenzellois va quitter Berne comme il y est arrivé. Sur la pointe des pieds. Et il saura très vite se faire oublier.
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