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Le sens de la réforme. Ce qui fait bondir Stéphane Rossini (PS/VS): «Pour la droite, le mot “réforme” n’est synonyme que d’économies. Voici quelques années, j’avais proposé de répartir les douze assurances sociales en quatre catégories (famille, vieillesse, santé et intégration) par souci de coordination. Nous pourrions ainsi économiser une bonne dizaine de milliards de francs. Mais la droite s’oppose à toute vision nouvelle des choses.»
La genèse de cette crise politique remonte aux années 90, marquées par l’ascension de l’UDC de Christoph Blocher qui s’affirme comme le premier parti de Suisse. Celui-ci ne s’attaque pas qu’à des thèmes porteurs comme l’immigration, il impose aussi à tout le camp bourgeois une orthodoxie financière basée sur des programmes d’austérité et sur le frein à l’endettement. Elu dans la foulée de Christoph Blocher au Conseil fédéral en décembre 2003, le ministre PLR des Finances Hans-Rudolf Merz excellera dans ce genre d’exercice.
Le précédent de 2004. Mais ce que certains ont appelé la «révolution conservatrice» ne dure pas longtemps. Car de l’autre côté de l’échiquier politique, la gauche elle aussi radicalise son discours. En mai 2004, au terme d’une bataille de chiffres qui rappelle furieusement celle du week-end dernier, elle bloque un paquet fiscal déséquilibré et une onzième révision de l’AVS qui inclut même la suppression des rentes de veuve.
Depuis lors, à l’exception notoire de l’assainissement de l’assurance invalidité où la raison a fini laborieusement par l’emporter, les diverses forces politiques s’annihilent au Palais fédéral. Les partis bourgeois en sont largement responsables. Ce sont eux, qui représentent deux tiers de l’électorat, qui sont censés trouver des majorités. Or, l’UDC, le PLR et le PDC ne semblent pas prêts à tirer les leçons du 7 mars. Ils pourraient bien essuyer deux nouveaux échecs cinglants.
Sur l’AVS d’abord. Depuis six ans, le Parlement a réussi l’exploit de ne pas avancer d’un iota. Après l’échec de 2004, la commission du Conseil national a ainsi examiné plus de vingt modèles pour flexibiliser l’âge de la retraite, mais sans en retenir un seul!
Tout le monde est d’accord pour porter l’âge de la retraite des femmes à 65 ans - comme pour les hommes - ce qui constitue une économie d’environ 800 millions de francs. Mais la gauche exige plus d’un milliard de francs pour permettre à ceux qui pratiquent des métiers pénibles de partir en retraite plus tôt. Le PDC ne veut octroyer que 400 millions, tandis que le PLR et l’UDC ne veulent rien donner. La semaine dernière, le PS a obtenu une majorité de hasard pour sa solution, uniquement grâce à l’abstention tactique de l’UDC qui promet de tout faire couler en votation finale au Conseil national. «C’était du cirqueparlementaire qui décrédibilise la politique en fin de compte», déplore Stéphane Rossini.
Que s’est-il passé? Femme de compromis dans un canton qui a assaini ses finances publiques sans psychodrame grâce au dialogue, Thérèse Meyer (PDC/FR) souffre ces temps-ci. «Voici dix ou quinze ans, il était encore possible d’obtenir des compromis. Puis l’UDC s’est mise à politiser plus durement et les autres partis ont suivi, y compris la gauche qui crie au démantèlement social dès qu’on réexamine certaines prestations sociales», témoigne-t-elle. Au PLR, le député iconoclaste Otto Ineichen confirme: «Tous les partis ont radicalisé leur discours, mais c’est à l’UDC, dont la politique n’est guère constructive, que le phénomène est le plus marqué.»
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